Certains mythes ont la peau dure

Suite aux résultats de cette première journée de scrutin pour les élections municipales, on lit des indignés qui s’interrogent : « Après tant d’années de destruction, comment peut-on encore voter pour la gauche dans telle ou telle ville ? » Les exemples de Paris et de Bordeaux reviennent beaucoup. L’explication est pourtant d’une simplicité désarmante :

– la démocratie repose sur la promesse, pas sur le résultat de marché. Il suffit de vendre du rêve, de capter des clientèles, de surfer des vagues. Tout sera payé par le contribuable de toute façon. Et pas de panique ! Même si votre bilan est atroce, l’électeur moyen a la mémoire courte.

– beaucoup de gens individualistes et à la vue courte n’ont pas intérêt à ce que l’on change de système, le pays est déjà largement socialisé ; une part immense de la population reçoit directement ou indirectement des transferts étatiques (fonctionnaires, subventionnés, bénéficiaires d’aides, etc). Voter pour celui qui promet de maintenir voire d’étendre la perfusion est un calcul rationnel de court terme, même si cela ruine la ville à long terme.

– les gens ne font pas les médiations qui s’imposent. Ils peuvent subir une situation autant qu’on veut, ça ne dit rien de leur capacité à en comprendre les causes. Les gens voient ce qui est, mais jamais les pertes définitives. Ils sont aussi prisonniers du langage et donc des promesses dont on parlait plus haut. Ils pensent vraiment qu’ils s’enrichiront par la redistribution. « Justice sociale », cette expression sonne si bien !

Le naufrage en cours n’est qu’une conséquence du modèle politique qui nous est imposé. S’écharper sur le clivage gauche-droite est donc parfaitement illusoire, ce sont les deux ailes d’une même volaille. C’est se cantonner aux symboles sans jamais saisir le fond du problème. Tant que les gens croiront que l’État doit « faire des trucs », ils passeront à côté de l’essentiel. Faire à travers l’État, c’est accorder à un monopole de la violence légale la capacité de prélever des rentes pour les allouer selon l’agenda du moment. C’est entretenir une structure qui finit inévitablement par grossir et vous asservir. Mais tant que les gens ne seront pas prêts à renoncer à ce mythe, le fond de ce message restera inaudible.