
Probablement né en l’an -4, la dernière année du règne d’Hérode, le rabbin Yeshua ben Yossef (alias Jésus Christ) prêche vers l’an 30 des idées nouvelles : croyance en la résurrection et promesse d’une vie éternelle. Il est condamné et exécuté par le gouverneur Ponce Pilate ; au moment où il se produit, l’évènement reste inaperçu à Rome. C’est seulement vers l’an 64 que les chrétiens apparaissent aux yeux des Romains comme une communauté distincte. La diffusion du christianisme est alors lente – l’Occident n’est atteint qu’au IIe siècle de cette ère basée sur le personnage du rabbin Yeshua ben Yossef – et se limite aux villes. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle cette nouvelle foi aurait d’abord gagné les plus humbles, les historiens s’accordent à penser aujourd’hui que ce sont les catégories moyennes, les soldats et quelques aristocraties qui furent séduits les premiers par ces fables de masochistes prônant de tendre l’autre joue et d’aimer son ennemi. Ceci avant que ce soient les femmes qui s’y montrent sensibles sur le sol européen après que ces fables sémites y aient été indûment importées.
A l’époque de la dynastie des Sévères – à partir de la fin du IIe siècle – les communautés chrétiennes sont nombreuses en Orient, dans la partie hellénophone de l’Empire. Il existe au moins une église dans chaque cité. En Occident latinophone cependant, les églises restent encore rares. Il en existe d’importantes à Rome et Carthage. Sous Marc-Aurèle, l’église de Lyon en Gaule, qui est de langue grecque, réunit surtout les Orientaux installés dans la capitale des Gaules. Lutèce est touchée au milieu du IIIe siècle à travers l’action d’un missionnaire oriental, Dionysos, qui est l’envoyé de l’évêque de Rome. Le sort est cruel, il aura fallu que ce porteur de poison ait pour nom celui d’un grand dieu du polythéisme grec, qui passera à la langue française en tant que Saint Denis. Jusqu’au IVe siècle, en Gaule et plus généralement en Occident, les chrétiens restent désignés du nom de Syriens ; les gens sont donc parfaitement informés de la nature exogène orientale, sémite, de ce culte importé. Quelle sera l’opinion des auteurs romains qui ont assisté à la propagation du christianisme dans l’Empire ? Pline le Jeune parle de « superstition déraisonnable et sans mesure » (superstitionem pravam, immodicam) qu’il compare à une maladie contagieuse. Pour Tacite, c’est une « exécrable superstition » (exitiabilis superstitio) en provenance de Judée. Pour Suétone, c’est une « superstition nouvelle et maléfique » (superstitionis novae ac maleficae). Tacite et Suétone soulignent la nature étrangère du christianisme, et précisent clairement son origine géographique : la Judée. Tous décrivent les chrétiens comme des fanatiques. Tacite les accuse de « haine contre le genre humain » (odio humani generis). Les Romains font d’ailleurs le même reproche aux Juifs. Tacite intègre le christianisme parmi les nombreuses sectes orientales qui déferlent à Rome à cette époque. Il reproche à la capitale de l’empire d’accueillir « tout ce qu’il y a d’affreux ou de honteux dans le monde ». Enfin, Celse, dans son « discours véritable » met les Juifs et les Chrétiens sur le même pied d’égalité, et affirme que leur querelle au sujet de Jésus Christ est stérile et n’a aucun sens.
Jusque-là moitié du IIIe siècle, les chrétiens sont persécutés (ils persécuteront à leur tour les païens et polythéistes dans les siècles qui suivront). L’empereur Gallien, à partir de l’an 260, abolit l’édit de persécution qui les frappe et édicte des mesures de tolérance. Livres, édifices, cimetières sont restitués aux chrétiens. C’est la « petite paix de l’Eglise » de 260 à 302. La politique de tolérance de Rome est sans doute l’ultime tentative menée pour garder l’Orient, sous forte influence chrétienne, dans le camp de l’Empire. Les empereurs mesurent avec inquiétude le poids croissant du christianisme en Orient. Au début du IVe siècle, Rome comprend que la petite paix de l’Eglise a permis aux communautés chrétiennes de se renforcer, de pénétrer tous les milieux et surtout de progresser en Occident. L’empereur Dioclétien décide d’endiguer la progression en reprenant la persécution. En vain. La religion de Yeshua ben Yossef ne cesse de progresser se répandant avec une célérité toujours plus forte.
L’empereur Constantin change de stratégie. Il décide de légaliser le christianisme dans l’Empire, de le récupérer même afin de raffermir son propre régime. Il y parvient dans une certaine mesure, puisqu’au Moyen-Âge il sera vénéré comme un saint et qu’aujourd’hui encore il est considéré comme le premier empereur véritablement chrétien – mais Marcus Julius Philippus, empereur plus communément connu sous son surnom Philippe l’Arabe ne l’a-t-il pas été avant lui ? Il est probable que, politique avant tout, Constantin ait joué un double jeu religieux, restant d’une part très proche de ses troupes encore largement acquises au paganisme et au culte de Sol Invictus, et se faisant passer en même temps pour le protecteur de la religion nouvelle. Constantin réunit le concile de Nicée en 325, premier concile œcuménique mondial destiné à trancher la querelle de l’arianisme et à donner un credo officiel à l’ensemble des chrétiens. En effet, dès l’an 318, Arius prêtre d’Alexandrie s’était mis à prêcher une doctrine qui dissociait le Fils du Père le Père étant le seul véritable Dieu incréé. Cette nouvelle doctrine entrait en contradiction avec le dogme de la Trinité selon lequel trois personnes coexistent en un dieu unique. Le concile de Nicée fixe le dogme orthodoxe : le Fils est Dieu, né de Dieu lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu engendré et non pas créé de même nature que le Père (nous renvoyons à nos autres articles Monothéisme, le totalitarisme premier, et L’intolérance des monothéismes, répertoriés dans la thématique Monothéisme). Pour autant, l’arianisme ne désarme pas.
A la mort de Constantin le Grand, Constantin II (337-360) impose l’arianisme comme religion obligatoire. Une dernière réaction romaine surgir après Constantin II, celle de l’empereur Julien dit l’Apostat (360-363) qui s’efforce de restaurer le paganisme et de ressourcer Rome dans la Tradition primordiale. Il veut refonder une religion d’Etat, l’hellénisme, tout en s’inspirant de l’organisation mondiale des chrétiens. Mais l’Orient définitivement infecté par le christianisme refuse avec violence la tentative de retour au paganisme. Des émeutes éclatent partout contre les nouveaux prêtres païens auxiliaires de l’Empire. Celui-ci est menacé d’une véritable guerre de religion, phénomène sans précédent dans toute l’Antiquité et qui, sans doute, annonce déjà l’exclusivisme religieux du Moyen-Âge puis de la Renaissance. La réaction de Julien n’est hélas qu’un ultime soubresaut, qu’une éphémère tentative de retour à l’Empire originel. Ce ne sont pas les « Barbares », Germains, Gaulois ou Ibères qui ont tué l’Empire romain, mais les religions orientales, les cultes orientaux d’abord, puis le christianisme.
La première grande défaite de l’Europe contre l’Orient sémite est celle du paganisme romain contre le christianisme. C’est déjà une guerre de religion, sourde mais déterminante. Rome a négligé des idées folles, ce qu’il ne faut jamais faire parce qu’elles finissent par prospérer. Notre continent vit depuis sous la domination d’une pensée étrangère. Vingt siècles plus tard, l’Europe n’en a toujours pas tiré la leçon, qui installe, nourrit, et laisse grossir l’islam en son sein.
