Chacun en France et en Europe occidentale, est à même de constater le « bain culturel » particulier existant au sommet et dans certaines sphères idéologiques et militantes, en faveur de l’islam. Une islamophilie que rien ne peut entamer, malgré les siècles d’hostilité et de guerre menée contre nous par les Mahométans, et quoi qu’il puisse se passer sur notre sol qui soit en lien avec ce système politico-théologique totalitaire et les populations qui en sont porteuses. C’est qu’en Occident les « élites » et les intellectuels, surtout à gauche évidemment, sont moulés dans un goût de la subversion et un ethnomasochisme ayant généré cette attitude de complaisance qui trouve ses racines au XVIème siècle.
Le radicalisme politique consistant non seulement à désigner les maux dont nous souffrons mais aussi et surtout à remonter à leurs racines pour pleinement comprendre, il faut donc examiner les raisons de cette attitude complaisante, de ce travers de la pensée, et comment ont été forgés les mythes de supériorité, de plus grande tolérance, de plus grand rationalisme, qui habitent certaines cervelles hélas trop nombreuses et embrumées.
Et il faut commencer par des considérations générales dans le comportement humain : il y a chez certaines personnes, prédisposées à œuvrer en renégats, un désir et un besoin de considérer une culture étrangère comme forcément supérieure. Chez ces cervelles frelatées, l’intimité avec leur propre culture engendre du dédain pour elle. Les fruits qui sont toujours meilleurs dans le jardin du voisin, les enfants qui trouvent que la maison des amis et plus belle que la leur, en sont des exemples bien connus.

En conséquence, ces gens auront toujours tendance à détourner leurs yeux des aspects embarrassants pouvant exister dans la culture qu’ils admirent. Qui visite une terre étrangère ne verra, pour des raisons émotionnelles ou théoriques, que ce qu’il veut bien voir. Chez tous les porteurs du marxisme culturel, réside une forme curieuse d’admiration pour les groupes auxquels ils n’appartiennent pas et une croyance dans la vertu supérieure des « opprimés » (au cours de l’entreprise coloniale). S’agissant de l’islam, ils perçoivent donc toute critique à son sujet ou des pays islamiques comme une attaque raciste. Ils reproduisent avec l’islam la répugnance des intellectuels de gauche entre les années 1920 et 1950 à critiquer aussi bien la théorie que la pratique du communisme.
Dans ce cadre idéologique, il est un mythe qui a la peau dure, celui de la tolérance islamique dont ceux qui la gobent n’ont pas compris qu’elle s’entend entre musulmans respectueux de la société islamique et de ses lois, au sein de la Oumma, et non de façon universelle, les siècles de guerre encore une fois de l’islam contre l’Europe sont pourtant là pour en attester.
La crédulité et l’indulgence qui entourent cependant l’islam et la genèse de ce mythe doivent être analysées dans le contexte plus général de la découverte des civilisations non européennes et plus particulièrement au XVIème siècle, quand Montaigne, puis les Encyclopédistes, développèrent la théorie du bon sauvage. Mais c’est à partir du XVIIème siècle que l’on verra des auteurs occidentaux se permettre de gloser sur l’islam sans en avoir de connaissance fiable et sérieuse, et les premiers récits véritablement favorables à l’islam, dont les plus influents d’entre eux, ceux de Jurieu et ceux de Bayle. Pierre Jurieu était un pasteur huguenot exilé en Hollande après la révocation de l’Edit de Nantes. La tolérance qu’il attribue aux musulmans lui fournit un prétexte instrumentalisé pour critiquer le catholicisme. Il préfère arguer de la douceur des sarrasins tant que cela permet de mettre en relief la violence des catholiques comme ce fut le cas lors de la Saint-Barthélemy. Vanter un ennemi séculaire extérieur à sa propre civilisation pour discréditer un ennemi beaucoup plus proche à tous points de vue, voilà qui relève d’une pensée de renégat à son propre sang. Pierre Bayle fut grandement influencé par Jurieu et il perpétua le mythe de la tolérance islamique qui plane encore de nos jours dans le microcosme du monde politique. Ces deux auteurs sont en réalité dans la plus totale ignorance des atrocités commises par les musulmans. Ces deux auteurs Français semblent même ignorer les massacres lors de la chute de Constantinople en 1453, quand des ruisseaux de sang coulaient dans les rues. Ils ne font pas non plus allusion au système inhumain du devshirme qui était alors en vigueur. C’était donc pure malhonnêteté et spéculations de la part de Jurieu et de Bayle que de parler de la tolérance musulmane sur la base de leurs si maigres connaissances de l’islam et de son histoire. Mais le mal était fait, et allait prospérer dans la pensée occidentale.
Par la suite, les Lettres Ecrites par un Espion Turc entamées par le Génois Giovanni Paolo Marana inaugurèrent la mode des pseudo « lettres étrangères », telles que les Lettres Persanes de Montesquieu. Ainsi, au XVIIIème siècle, le bon sauvage est tout simplement devenu un alibi pour commenter et critiquer les folies de ses semblables.
Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi le XVIIIème siècle adopta de si bonne grâce le mythe d’un Mahomet législateur sage et tolérant, tel que le présente le comte Henri de Boulainvilliers (1658-1722). Boulainvilliers contrairement à nos islamologues actuels ne parlait pas l’arabe, il ne s’est fondé que sur une connaissance superficielle de l’islam et des témoignages indirects. Son travail contient de nombreuses erreurs. Malgré cela, il utilisa Mahomet et les origines de l’islam pour véhiculer ses propres préjugés théologiques, et comme une arme contre le christianisme en général et le clergé en particulier. Jurieu et Boulainvilliers, même démarche de félons à leur sang.
Voltaire, qui avait d’abord été très critique à l’encontre de l’islam, revient ensuite à de meilleurs sentiments envers ce dernier, au détriment du christianisme, et plus particulièrement du catholicisme. Comme Boulainvilliers, Voltaire trouve finalement profit à utiliser l’islam comme un subterfuge pour attaquer le christianisme.
En tant que païens, nous ne nous plaindrons pas des critiques et attaques formées contre le christianisme. Mais de là à instrumentaliser pour ce faire la louange à l’égard de ce que l’histoire a produit de plus agressif envers nous, on ne saurait approuver…
L’historien britannique Edward Gibbon fut grandement influencé par Boulainvilliers. Lorsque Gibbon entreprend son Histoire (premier volume 1776), il y avait un « vide pour un mythe oriental ». A bien des égards, l’islam faisait l’affaire. Gibbon, comme Voltaire, décrivit l’islam sous un jour aussi favorable que possible, avec la volonté d’accentuer sa « supériorité » sur le christianisme. La représentation de l’islam faite par Gibbon, celle d’une religion rationnelle, exempte de clergé (du moins chez les sunnites), avec Mahomet comme législateur sage et tolérant (quand on sait ce qu’ont été son action et sa vie !), allait influencer durablement et profondément le regard des intellectuels Européens. Cette représentation allait créer des mythes qui sont encore acceptés et crus aujourd’hui avec la plus totale candeur, aussi bien par les clercs que par les laïcs.
La description de Mahomet dans Heroes and Hero Worship de Thomas Carlyle (1841) est souvent considérée comme le premier portrait véritablement favorable au Prophète qui ait été dressé par un intellectuel occidental. Or, tout comme ses prédécesseurs, Carlyle n’avait qu’une connaissance superficielle de l’islam. Et il y a eu des gens pour prendre au sérieux ses balivernes. Et des musulmans qui n’ont pas manqué de colporter, ce qui est de bonne guerre, ses absurdités comme une sorte de sceau d’approbation, pour montrer qu’un Européen prenait leur Prophète au sérieux. Carlyle retirera ultérieurement tout ce qu’il avait écrit de positif sur Mahomet et sur le Coran. Mais encore une fois, le mal était fait, toute rectification étant insuffisante à rétablir la vérité puisque l’opinion publique est ainsi faite qu’en toute matière, elle ne retient que la présentation initiale.
Aux XIXème et XXème siècles, la plupart des apologistes européens avaient au contraire une connaissance beaucoup plus étendue de l’islam. Ils réalisèrent que c’était une religion lourdement influencée par l’idéologie judéo-chrétienne et que par conséquent le christianisme et l’islam tiendraient ou tomberaient ensemble. Ils savaient que s’ils commençaient à critiquer les dogmes de l’islam, leur propre Eglise, elle-même commencerait à se fissurer et qu’elle finirait par s’écrouler autour d’eux. C’est pour préserver leur propre « boutique », par connivence d’intérêt, que les apologistes européens des deux derniers siècles ont adopté une posture laxiste et bienveillante envers l’islam. La démarche sera la même lors de l’affaire Rushdie avec les propos du principal rabbin d’Israël, Avraham Shapira : « Tel jour, cette religion est attaquée, et le jour suivant ce sera cette autre » (la sienne dans son esprit manifestement).
La liste des compagnons de route et des boucliers de l’islam érigés en références intellectuelles est encore longue, Sir Hamilton Gibb, William Watt, Norman Daniel, Louis Massignon, le cardinal John O’Connor, le cardinal Decourtray, George Carey baron de Clifton et archevêque de Cantorbéry chef spirituel de la Communion anglicane de 1991 à 2002, Michel Foucault, Roger Garaudy… pour n’en citer que quelques uns.
Ainsi s’explique donc cette bienveillance toujours vivace des élites occidentales et d’une trop grande partie de l’opinion ignorante, à l’égard de l’islam.
