
Le régime, la classe politique, détachés du pays, vivent aujourd’hui dans un monde parallèle. Il y a trois raisons à cela.
Une raison politique : l’oligarchie est à ce point enfermée dans un univers autoréférentiel qu’elle ne connaît plus le pays, elle n’en connaît que les remontées administratives, elle confond le système bureaucratique d’encadrement de la société avec la société dans ses profondeurs, elle n’a plus l’intuition du pays réel, elle réduit la démocratie à une stricte technique parlementaire. Le consentement populaire, la légitimité deviennent des catégories secondaires parce que les politiques se sont convaincus d’une définition de la démocratie qui leur donne tous les droits.
Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, soutien de la Macronie, est emblématique à ce sujet : « La démocratie, c’est l’état de droit. L’état de droit c’est notamment le respect de la constitution. L’usage des procédures parlementaires qui respectent la constitution, sa lettre et son esprit, sont démocratiques ». Finalement, le 49.3 est le point d’aboutissement d’un esprit démocratique construit et raffiné. La démocratie, c’est l’état de droit, ce n’est plus le peuple. L’état de droit c’est notamment le respect de la constitution. La constitution en elle-même devient un texte qui se substitue à l’idée même de volonté populaire. Et les procédures parlementaires se substituent finalement au rejet populaire massif de certains projets de loi.
Des raisons sociologiques : une bonne partie de l’oligarchie politico-médiatique vit dans un monde coupé, dans des quartiers protégés, sécurisés, qui ne sont pas touchés par les conséquences des politiques qui sont promues ou adoptées ; pour elle, le « sentiment d’insécurité » n’existe que dans la tête de ces bouseux de la France périphérique qui ont le culot de ne pas voir le monde avec les yeux enthousiasmés des élites urbaines. Comme le dit la formule, le Vivre-ensemble est la seule religion dont les fidèles forcent les non-croyants à pratiquer à leur place.
Des raisons idéologiques : les mots ne veulent plus rien dire, les mots ne réfèrent plus à la réalité des choses. On ne sait plus ce qu’est un « Français », à moins de le réduire à sa définition strictement administrative, le mot Français ne veut plus rien dire. On ne sait plus ce qu’est une « Femme ». Il y a une manipulation de la définition du racisme (le racisme anti-blancs est une pure imagination) ; une manipulation de la définition de la laïcité (qui est devenue la reconnaissance multiculturelle) ; une manipulation sur l’immigration (il ne peut y avoir de submersion migratoire du peuple historique français puisque ce peuple historique français n’existe pas) ; une manipulation des statistiques (sur les reconduites à la frontière, sur la composition de la délinquance, sur la population des prisons ; manipulation du langage sur la violence (les milices d’ultra-gauche et les quartiers de l’immigration exercent cette violence, mais non, tout ce qui doit nous inquiéter ce sont apparemment les violences fachistes des groupuscules d’ultra-droite), liste non exhaustive.
Et trois conséquences à tout cela :
Un scepticisme généralisé : nous ne croyons plus, et à juste titre, à la parole politique. L’impuissance publique : le pouvoir n’a plus d’emprise sur la société, il n’a d’emprise que sur des règlements ou des lois, qu’il peut voter à répétition. Le pouvoir s’étend bureaucratiquement tel un obèse morbide. Mais lorsque vient le temps d’agir, il a la paralysie physique de l’obèse morbide.
Enfin la recherche par l’opinion d’une autre classe politique (ce que l’on nomme aujourd’hui les « extrêmes ») quand la classe politique qui réclame la légitimité pour elle seule est disqualifiée.
Le réel cependant nous rattrape toujours. En matière d’insécurité par exemple, on a beau nous dire que ça n’existe pas, les gens se barricadent quand même, les femmes prennent des cours d’autodéfense, pourquoi prennent-elles des cours d’autodéfense et pourquoi ne le faisaient-elles pas il y a quinze ans ? Que s’est-il passé ?!
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Image d’illustration : Jusqu’au bout du tragi-comique. Quelle image aurait pu mieux représenter cette fin de règne ? Pour cette fin d’année 2025, l’enfulte – ou l’adulescent selon votre préférence – fait mumuse avec une collection d’images qui lui a été préparée en casque de virtualité par ses petits servants de la cellule communication du palais, la version actualisée numérique du village Potemkine. Pendant ce temps, dehors, la racaille s’en donne à coeur joie et les paysans crèvent…
