L’Écologie a toujours été dans notre camp

Il n’y aurait pas besoin, dit Alexis Carrel, d’un groupe dissident très nombreux pour changer profondément la société moderne. Une minorité ascétique et mystique acquerrait rapidement un pouvoir irrésistible sur la majorité jouisseuse et veule. Elle serait capable, par la persuasion ou peut-être par la force, de lui imposer d’autres formes de vie. Aucun des dogmes de la société moderne n’est inébranlable. Ni les usines gigantesques, ni les offices buildings qui montent jusqu’au ciel, ni les grandes villes meurtrières, ni la morale industrielle, ni la mystique de la production ne sont nécessaires à notre progrès. D’autres modes d’existence et de civilisation sont possibles. La culture sans le confort, la beauté sans le luxe, la machine sans la servitude de l’usine, la science sans le culte de la matière permettraient aux hommes de se développer indéfiniment, en gardant leur intelligence, leur sens moral et leur virilité.

Le souci pour la planète a toujours été païen, bien avant que l’écologie soit phagocytée et instrumentalisée depuis les années 1980 par la mouvance gauchiste en programme politique dictatorial et punitif. Le Paganisme a toujours été écologiste, et le premier écologiste de l’histoire, parce que le païen vit en communion avec la Nature et à son rythme, parce qu’il ressent le divin, outre ses divers panthéons, dans la Création même, dans l’arbre, les sources, l’aigle et le vent, et non dans un dieu unique d’essence sémite qui se proclame extérieur au monde, extérieur au temps et extérieur aux hommes. Le chasseur qui en geste de respect et d’hommage à l’animal abattu place une dernière branche feuillue, comme un ultime repas symbolique, dans la gueule du chevreuil qu’il vient d’abattre, est profondément écologiste. Les païens identitaires sont donc naturellement sensibles à l’écologie. Ils n’ont pas attendu qu’elle devienne l’une des nouvelles religions de remplacement de l’utopie communiste au XXIe siècle. Ils savent, avec Pierre Vial, que « la civilisation du béton est une civilisation de mort. Sans mot d’ordre, sans déclaration tonitruante, beaucoup d’entre eux ont choisi de vivre dans un cadre approprié à leur vision du monde. Tout bonnement, un cadre de vie où ils se sentent bien, loin des mégalopoles fourmilières. Ce qui implique une nécessaire distanciation par rapport à la société dans laquelle nous sommes, dominée et contrôlée par des gens qui sont les ennemis mortels du Paganisme, compte tenu de ce qu’ils sont eux-mêmes ». L’action militante peut donc consister à rompre avec ce modèle mortifère du béton et de l’industrie irrespectueuse de la planète, dans le cadre de la défense de notre identité, en se tournant vers les préceptes du survivalisme et de la Base autonome durable décrite par Piero San Giorgio dans Survivre à l’effondrement économique. Développons le constat avant de répéter quelques indications auxquelles nous adhérons.

Principale cause de l’extermination de masse du vivant, l’artificialisation des terres – entendez les surfaces bâties et revêtues, donc rendues stériles – progresse à un rythme effréné partout dans le monde. En France, plus de 65 000 hectares sont artificialisés chaque année pour l’habitat et le réseau routier (donnée officielle du Commissariat général au développement durable), soit l’équivalent d’un département tous les huit ans. Cette dynamique absurde ne changera pas tant que des entreprises privées et publiques recouvriront impunément la terre nourricière de béton et d’asphalte. Les gigantesques infrastructures au fondement de la société moderne nécessitent un extractivisme acharné dans certaines zones de la planète et une artificialisation extrême de nos milieux de vie. Pour qu’une coexistence redevienne possible avec d’autres espèces, il faut réduire le système techno-industriel et restaurer d’autres manières d’habiter la terre. Il sera ainsi possible de laisser – et aider à – se régénérer les populations d’espèces sauvages, les prairies, forêts anciennes, zones humides, torrents, rivières, fleuves, tourbières, mangroves, etc.

Les développements technologiques en cours (5G, industrie numérique, biotechnologies, intelligence artificielle ou encore géo-ingénierie) provoquent une hausse constante de la consommation de matières et d’énergie du système technologique. D’après le Monde Diplomatique, l’économie numérique n’est ni « immatérielle » ni « verte » elle « carbure » au charbon ! Pour ne rien arranger, le système technologique nous dépossède de la maîtrise de nos conditions matérielles d’existence. La réduction ou la suppression de cette dépendance passe par l’adoption de technologies « douces », ou « low-tech » (solaire et/ou éolien artisanal à petite échelle, moulin à eau, four solaire, chauffer les corps plutôt que les espaces, et ainsi de suite), voie qu’appliquent déjà les connaisseurs des techniques survivalistes. Ce processus de réappropriation permettra à terme aux communautés locales de vivre dignement à partir des ressources présentes localement, dans un périmètre géographique limité.

Au travers de sa boulimie régulationniste et de son racket systématique, l’État asphyxie le peuple et le plonge dans une dépendance avilissante. Une réglementation écolo-gauchiste plus contraignante accompagnée de nouvelles taxes n’infléchira pas le désastre en cours, bien au contraire. Cette idée provient d’une mauvaise compréhension de la relation symbiotique entre l’État et la sphère marchande, caractéristique essentielle du capitalisme industriel. L’étude des sociétés démocratiques écologiquement soutenables montre que la plupart d’entre elles sont des sociétés « sans État », entendez des sociétés dans lesquelles l’intervention de l’État est minimale. En instaurant toutes sortes de règles uniformes peu importe la spécificité des populations et des territoires, l’État a favorisé le développement du système industriel. Idéalement, il faut programmer la destitution, ou du moins la réduction de l’appareil d’État pour en finir avec l’industrie. Reconstruire des systèmes d’entraide permettra de gagner en autonomie politique et matérielle, de retrouver du sens, et par là même de construire des solutions écologiquement soutenables adaptées aux besoins de chaque communauté locale.

Face à l’actuel système politique dit « représentatif », qui entretient une aristocratie technocratique monopolisant le pouvoir, des parasites achetant leur légitimé par une mascarade électorale aux frais du contribuable, il faut plutôt réunir les conditions nécessaires à l’avènement d’une véritable démocratie. Cela nécessitera l’organisation d’assemblées ouvertes décisionnaires au niveau local, afin que chacun puisse participer aux décisions politiques de son territoire (agriculture, construction, vie collective… et même autodéfense !). Ainsi sera rendue son autonomie politique au seul échelon capable de faire exister concrètement la démocratie directe : le village.

Aujourd’hui, l’immense majorité des terres sont possédées par un nombre très restreint de personnes (mégafermes technologiques, propriétés industrielles, gros domaines privés, etc.). Si l’on en croit Science & Avenir, dans le monde, 1 % des exploitations agricoles sont propriétaires de 70 % des terres cultivables, ce qui révèle une accélération sans précédent des inégalités foncières. En Europe, moins de 3 % des fermes possèdent plus de la moitié des terres agricoles du continent.

Pour la France, l’association Terre de liens (nous la citons malgré son orientation politique peu soucieuse de l’identité) donne en 2022 des chiffres édifiants sur la situation catastrophique du monde agricole :

· Chaque année, une surface équivalente à la capacité de nourrir une ville comme le Havre disparaît sous le béton ;

· De nos jours, les deux tiers des terres libérées par les agriculteurs qui partent en retraite vont à l’agrandissement de fermes voisines, une dynamique inquiétante qui va s’accélérer avec le départ en retraite d’un nombre important d’agriculteurs et d’agricultrices dans la prochaine décennie ;

· Un surface de la taille d’un terrain de foot est artificialisée en France toutes les sept minutes ;

· Dès les années 1960, les politiques de l’Union européenne et de l’État français ont organisé une concentration des terres permettant à l’agriculture industrielle et à une production de masse de se développer ;

· En 20 ans, 320 000 emplois agricoles ont été détruits ;

· Aujourd’hui, la moitié des fruits et légumes consommés en France est importée alors que nous disposons de la surface suffisante pour nourrir l’ensemble de la population ;

· Entre 2010 et 2020, la France a perdu plus de 100 000 fermes.

Ce modèle agro-industriel mortifère n’est pas convenable. C’est pourquoi il faut répartir mieux l’accès au foncier afin de pouvoir développer l’agriculture paysanne, le pastoralisme, la permaculture, les forêts-jardins, et dans les zones adéquates, simplement laisser se régénérer les forêts naturelles. En diversifiant l’usage des terres et les modes de subsistance qui en découlent, les populations seront à même d’assurer leur sécurité alimentaire en toute autonomie. C’est aussi l’occasion d’encourager une reconnexion à la nature, notamment à travers l’apprentissage des plantes sauvages comestibles, ou encore la redécouverte des techniques de chasse et de pêche traditionnelles low-tech (piégeage, chasse à l’arc, pêche à la ligne, etc.).

Pour remédier aux emplois de merde et vides de sens enfermant nombre de nos contemporains dans une routine abrutissante, pour mettre fin à l’exploitation outrancière des ressources et à l’esclavage industriel à la base du mode de vie moderne, la réappropriation de nos conditions matérielles d’existence est préférable : se nourrir, se loger, se vêtir, se chauffer, se déplacer, avoir des outils pour travailler, etc. Tout ce qui peut être fait avec un usage restreint de l’industrie, ce qui correspond à des besoins humains et sociétaux réels (la subsistance), devra être développé et réorganisé au niveau local. Régénérer l’artisanat et la paysannerie au sein des communes devrait ainsi permettre de relocaliser et démocratiser la production, l’autonomie et l’entraide de remplacer l’actuelle dépendance au système technologique. La réappropriation par les populations du Nord de leurs conditions de vie devrait par ailleurs faciliter la libération des populations du Sud de l’exploitation impérialiste technologique.

Plusieurs millions d’habitants concentrés dans des geôles urbaines épuiseront rapidement les ressources locales et ne pourront jamais atteindre l’autonomie alimentaire. Les grandes zones urbanisées doivent tout importer, provoquant l’épuisement rapide de leur périphérie. L’habitat urbain est donc écocidaire par essence. De plus, la démocratie directe n’est viable qu’à une échelle réduite nécessaire aux membres de la communauté pour échanger et délibérer en face à face. Difficile de cautionner cette façon d’habiter la terre et de laisser entendre, comme nombre d’utopistes, qu’on pourrait réformer la ville et la transformer. Il n’y a rien d’enviable à vivre entassés dans un univers artificialisé à l’extrême, pensé et construit pour une seule espèce – Homo industrialis. Nous invitons par conséquent nos semblables à déserter dès maintenant les « métropoles barbares ». La place ne manque pas hors du béton urbain : reprendre collectivement les structures vacantes, restaurer les fermes à l’abandon, redévelopper l’habitat rural traditionnel, s’inspirer de l’esprit de nos camarades Italiens de Casapound, les solutions de relogement sont nombreuses. Ajoutons à cela un chiffre : d’après l’INSEE, la superficie agricole utilisée – principalement par de gros exploitants pratiquant une agriculture industrielle et commerciale – représente 45 % de la superficie de la France. Ce n’est pas l’espace qui manque. Il suffit que chacun, ou pour le moins ceux qui le peuvent, s’installe dans un habitat écologique sur un lopin de terre à régénérer pour que l’impact positif des humains sur le vivant devienne vite réalité : de la monoculture désertique au luxuriant jardin permacole, il n’y a qu’un paysan. Mais le temps presse désormais dans la réappropriation du territoire rural, Emmanuel Macron, aux capacités de destruction inégalées sous la Ve République, étant en train de généraliser sa « transition démographique » en répartissant la submersion migratoire extra-européennes dans tous les villages de France.

Burn-out, dépression, obésité, diabètes, cancers, myopie, asthme, allergies, démence, maladies cardiovasculaires ainsi que d’autres maladies de civilisation sont en hausse constante. Homo industrialis est malade. Malade de sa séparation de la nature, malade de la malbouffe industrielle, malade de l’abus des écrans, des ondes, des pesticides, malade enfin de l’atomisation sociale et de l’exploitation salariée au sein d’emplois dépourvus de sens. Démanteler le système technologique, c’est entamer une transformation radicale qui ne peut alors qu’être bénéfique au vivant dans son ensemble. C’est stimuler l’adoption de modes de vie favorisant une bonne santé physique (marche, effort physique quotidien, travail en extérieur) et mentale (fin de la publicité, du parasitage technologique des relations humaines et de l’abrutissement numérique). Plus encore, c’est abolir les monopoles industriels sur l’alimentation et la santé. À la place, nous pourrions développer de nouvelles formes de médecines autonomes, renouer avec les savoirs ancestraux et les traditions de soins écologiquement et socialement pertinentes, et surtout nous assurer de l’accessibilité d’une alimentation saine, biologique et nutritive pour tous. Contrairement au discours de la religion du Progrès, le développement du système technologique a depuis le départ fait face à d’importantes résistances populaires. En Europe, la mécanisation a souvent été accueillie avec méfiance par les ouvriers, les artisans, et même les petits capitalistes (voir l’historien François Jarrige). Historiquement, l’idéal d’un mode de vie centré sur le confort, c’est-à-dire débarrassé de toute forme de contrainte, de fatigue ou d’effort, est un idéal aristocratique/bourgeois – donc un idéal de parasite – qui n’a rien à voir avec les aspirations du monde ouvrier et paysan. Comme le pouvoir impose toujours un récit servant ses propres intérêts, cette histoire populaire a été effacée du discours dominant. Ailleurs dans le monde, de nombreuses sociétés traditionnelles refusent la technologie et le confort modernes pour des raisons morales, ou tout simplement parce que leur culture suffit à les combler. La réappropriation et l’enseignement de cette histoire populaire et paysanne méconnue, ainsi que la mise en avant de sociétés moins dépendantes de la technologie et bien plus démocratiques, constituent les piliers d’une culture de résistance digne de ce nom. D’innombrables activités peuvent contribuer à l’alimenter : apprendre la vie en pleine nature pour faire émerger de nouvelles cultures humaines libérées de la dépendance au système technologique ; enseigner aux enfants des choses concrètes, stimulantes pour les sens et utiles pour leur avenir (entretenir un potager, préparer la nourriture, reconnaître des plantes, construire une cabane, fabriquer des objets, etc.) dans des milieux épanouissants (plein air, forêt, jardin permacole, etc.). Lancez-vous !