L’État contre la nation

Les observateurs se sont souvent demandé, dans la grande crise politique que nous traversons, sur quoi l’État en France allait-il trébucher. Sur l’immigration ? L’insécurité ? Non, c’est sur son fonctionnement ordinaire que l’État est en train de se décomposer aujourd’hui.

Le modèle de l’État Léviathan, c’est-à-dire l’État protecteur à qui le citoyen en abandonnant beaucoup de sa liberté confie en échange la tâche de le protéger, s’effondre sous nos yeux. Un État qui n’est plus capable, comme c’est le cas actuellement en France, d’assurer la sécurité des personnes et des biens, est un État qui rompt le pacte fondamental qui fait en sorte que nous lui obéissons. 

L’État social, l’État providence fait faillite lui aussi. Et c’est une faillite considérable, parce qu’il prend votre argent, il en prend encore, il vient fouiller dans vos poches pour voir s’il ne reste pas quelques piécettes, et au final cet argent il ne vous le rend plus à la hauteur attendue en services comme il le prétend, il le gaspille dans des dépenses indues à l’étranger, il l’utilise pour alimenter une bureaucratie métastatique qui ne fait que s’étendre, une bureaucratie qui aujourd’hui est en fait au cœur d’une nouvelle lutte des classes, qui n’est plus la lutte des bourgeois contre les prolétaires mais celle de la classe bureaucratique contre tous ceux qui l’alimentent.

Pour cet État, rien de ce qui est humain ne lui est étranger. Il voit quelque chose, il veut un règlement, une norme, une taxe, un impôt. Il considère que si ce n’est pas réglementé c’est imparfait, il considère que tout ce qui n’est pas étatisé est en manque de sa présence.

Et nous sommes par ailleurs devant un État destructeur, qui s’est emparé de toutes les fonctions sociales, la société civile, l’école, la famille, avec le message qu’il va s’en occuper. Mais fonctions sociales qu’il a détruites, il ne reste que l’individu citoyen dans sa solitude bureaucratique, ce qui en l’occurrence n’est pas nouveau puisque théorisé dès l’époque des Lumières (voir notre article Philosophie des Lumières, Acte III : Des citoyens isolés et inorganisés répertorié dans la thématique Philosophie politique fondamentale), un individu qui est aujourd’hui impuissant devant tout cela.

S’il fallait consentir à l’idée d’être beaucoup plus pauvres et beaucoup plus taxés encore que nous le sommes avec en contrepartie l’assurance de demeurer maîtres chez nous et ne pas devenir minoritaires un prochain jour, on serait tentés de dire pourquoi pas. Le problème c’est que cela ne fonctionne pas comme ça. L’État en France n’est pas simplement aujourd’hui un mauvais gestionnaire, il s’est retourné contre la nation. En France, le mot est prononcé avec un mélange de poésie et de révérence, c’est l’incarnation souveraine et verticale d’une puissance quasi phallique capable de dresser la nation vers le haut. Sauf que dans les faits l’État ce n’est plus ça aujourd’hui en France. C’est une technostructure immense, relativement incontrôlable, que seul un pouvoir déterminé – ce qui n’est pas le cas de la classe politique française – pourrait réorienter, et qui pilote généralement la « rééducation » des Français. 

Qu’est-ce que cet État ? Ce sont des juges, des hautes autorités, qui ont chacun leur propre politique, ce sont des assemblées qui votent des lois sans les avoir discutées puisqu’elles ont été décidées à Bruxelles auparavant, ce sont des groupes de pression qui sont capables d’imposer leurs commandes au gouvernement. Et plus largement c’est donc un État qui neutralise la nation historique, avec l’ingénierie sociale, en déconstruisant son identité, qui l’empêche de se défendre en mettant en place un mécanisme répressif contre les défenseurs de l’identité en les accusant de racisme devant les tribunaux, qui pille les ressources des natifs pour financer la submersion migratoire extra-européenne, qui refuse par l’adhésion à l’espace Schengen de défendre les frontières, qui ramollit le corps social en favorisant l’assistanat, qui détruit jusqu’à l’existence des deux sexes, et en créant les conditions sociales d’une interruption à grande échelle de la natalité, de la culture, de la transmission de la civilisation, avec l’argent d’un peuple qui finance ainsi sa propre extinction.