
Le journalisme aujourd’hui est un art militant. La « Charte de Marseille » par exemple, qui invite à traiter l’immigration dans les médias à partir d’un certain angle idéologique plutôt qu’un autre, ce sont des journalistes qui en appellent à faire cela. Avec le « Pacte de Marrakech » qui plaide pour le financement des médias favorables à l’immigration massive et le définancement de ceux accusés de pratiquer, dans leur esprit, la xénophobie, on comprend que le contrôle de l’information est au programme.
Ceux qui ont lu George Orwell ont compris ce qui se passe actuellement en France. Retour sur le projet « Labellisation » de l’Élysée confiant à des journalistes choisis par le pouvoir l’autorité de décréter ce qui dans le débat public est une vérité ou non.
Il y a chez Orwell des concepts qui éclairent la présente actualité. Par exemple, le concept de « Miniver », le ministère de la vérité. Que fait ce ministère dans 1984 ? Il fixe, en fonction des intérêts idéologiques du Parti, ce qu’est la vérité du jour. Celle-ci peut changer par ailleurs, elle peut être « A », et la vérité du lendemain peut être « non-A ». Mais le ministère de la Vérité fixe l’espace mental dans lequel les gens doivent évoluer.
Autre concept de Orwell, dont la mise en pratique est dénoncée depuis plusieurs décennies par les résistants à l’oligarchie en place : la Novlangue et son invention d’un vocabulaire spécifique, avec l’idée qu’il faut restreindre l’espace mental en réduisant le nombre de mots, pour que l’être humain ayant de moins en moins de mots à l’esprit, et donc de moins en moins de liberté à l’esprit, soit obligé de penser dans les catégories du régime. Un appauvrissement du vocabulaire voulu pour à terme empêcher la possibilité d’exprimer toute contestation. Quand on voit un système médiatique qui matraque sans arrêt certains mots du lexique gauchiste, intolérance, vivre-ensemble, phobie, extrême-droite, on comprend qu’à travers cela on restreint le périmètre de la pensée, on oblige les gens à fonctionner avec toujours les mêmes cent mots, et on appelle ça du journalisme objectif, il y a une Novlangue journalistique aujourd’hui.

Quelques exemples du lexique officiel
Troisième concept, la fabrique de l’oubli. Dans 1984, il faut toujours s’assurer que le passé soit en accord avec les exigences du présent. C’est le travail du fonctionnaire Winston Smith de modifier/réécrire sans cesse les archives à cet effet. Dans notre actualité cette fois, toute référence passée, la conception de la nation du général De Gaulle par exemple, qui ne colle pas à ce qui est porté par les figures actuelles, est balayée, mise sous silence. Le passé qui contredit les exigences du présent, ne doit plus être mentionné. C’est un travail perpétuel sur le mode Lavrenti Beria* d’effacement du passé.
Quatrième concept : les deux minutes de la haine. Dans 1984, chaque jour les gens sont rassemblés contre l’ennemi du moment, Goldstein, dont l’image est projetée sur écran, et tous doivent ensemble le détester, avec les mêmes gestes physiques, poings fermés, poignets croisés au-dessus de la tête, pendant deux minutes. Et celui qui ne le fait pas assez fort (comme celui qui était le premier à cesser d’applaudir dans les congrès du Parti communiste en URSS) se dévoile immédiatement comme un possible dissident. Vous n’êtes pas d’accord avec l’Élysée qui veut lutter contre la désinformation ? C’est que vous êtes vous-même un désinformateur ! Plus largement, ce qu’ils appellent l’extrême-droite, c’est le méchant du jour dont la diabolisation permet de souder la communauté conte le bouc émissaire nécessaire.

Dans La pensée captive (publication en 1953), le dissident polonais Czesław Miłosz aborde la question de savoir comment fonctionne la liberté intellectuelle dans un système où il y a une vérité officielle ? La diversité est une richesse, il n’y a qu’un sentiment d’insécurité, etc. martèle le régime. Mais vous savez que c’est faux. Donc comment négociez-vous mentalement entre la vérité que vous savez et la vérité officielle ? Vous devez faire des contorsions mentales, toujours plus complexes, pour être capable de dire ce que vous voulez dire sans provoquer la colère des censeurs, et bien évidemment vous devenez un peu fou, parce que quand vous êtes en permanence en dissociation mentale vous êtes condamnés, oui, à la folie.
Le système médiatique n’est plus celui qu’on a connu. Il y a des faits qui hier n’auraient pas eu accès aux médias et qui l’ont aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux. Et grâce aux réseaux sociaux il y a des publications qui hier étaient contenues dans les marges et qui sont largement visibles aujourd’hui. Et ça fait paniquer le Système parce que tout son pouvoir reposait sur la capacité de décréter ce qui était vrai et ce qui était faux. Mais pour le journalisme officiel labellisé tel que le pouvoir le propose aujourd’hui, le vrai et le faux ne sont pas en fonction du réel, est vrai ce qui est conforme à l’idéologie dominante, est faux ce qui contredit l’idéologie dominante. Est vrai ce qui permet de se faire applaudir par le régime, est faux ce qui déstabilise les élites. En matière de « fake news », depuis une cinquantaine d’années l’essentiel du travail des médias a consisté à ne pas nous raconter ce qui arrivait. Par idéologie, le réel a été occulté par ceux qui auraient dû le mettre en lumière. Depuis quarante ans on nous a expliqué que l’immigration massive, que l’insécurité, que l’application de la théorie du genre, que la révolution woke, la séquence Covid sur vaccin et transmission étaient des fake news, et maintenant on nous explique que la censure que l’on voudrait nous appliquer est aussi une fake news Et l’on nous demande encore de leur faire confiance ?
*Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage, Lavrenti Pavlovitch Beria, figure clé du pouvoir politique stalinien.
