Elle n’échappe pas à la politique de forfaiture appliquée dans tous les domaines, la signature du Mercosur en étant à ce jour la plus récente illustration.
Trente millions d’hectares sont dédiés à la production agricole, 54 % du territoire est classé surface agricole utile, et pourtant la France importe la moitié de ce qu’elle mange.
Selon le syndicat agricole FNSEA, environ 60 % des fruits que mangent les Français viennent de l’étranger, 40 % des légumes, 35 % des volailles (13 % en 2000), 25 % du porc et du bœuf, 85 % des poissons, coquillages, crustacés. La France est déficitaire avec l’Union européenne depuis 2015. Et à l’exportation aussi c’est le grand déclin. La France est passée en vingt ans de 2ème à 6ème exportateur mondial. Sa part de marché était de 6,5 % il y a dix ans, elle est passée à 4,5 % aujourd’hui, ce qui constitue le plus fort recul mondial en l’espace de dix ans. La minoterie français exportait 2 millions de tonnes de blé par an en 1995, elle est tombée à 160 000 tonnes aujourd’hui, soit douze fois moins, ce qui oblige la France à importer 240 000 tonnes de blé par an. Un paquet de farine sur trois dans les grandes surfaces françaises vient d’Allemagne.
Les raisons de cette situation de deux-tiers de perte de marchés, de ce déficit de compétitivité ? :
Première cause, le coût du travail, les charges patronales, excessif en France. En maraîchage, l’IGAS, Inspection générale des affaires sociales, nous dit qu’en 2015 le coût horaire du travail en France était 1,7 fois plus élevé qu’en Espagne, 1,5 fois plus élevé qu’en Allemagne. Dans les abattoirs, il y a 10 centimes de coût salarial par kilo de porc en plus ici qu’en Allemagne, un porc faisant 90-100 kilos, il en résulte un surcoût de 10 euros par bête. A cela s’ajoutent les impôts de production, des exploitations qui sont en moyenne plus petites, la réglementation, avec la loi Egalim qui a interdit les ristournes faites par les fournisseurs d’alimentation animale, de produits phytosanitaires, aux agriculteurs français au motif de limiter l’usage des pesticides, contrainte qui ne pèse pas ailleurs. L’association 60 millions de consommateurs dit que la production d’un concombre en France est 75 % plus chère que dans la moyenne de l’Union européenne, 55 % plus chère pour les nectarines, 42 % pour les pommes. La France était historiquement un exportateur de pommes, ça n’est plus le cas. Depuis 1990, la production française de pommes a été divisée par 2, alors que la production mondiale de pommes a été multipliée par 2. Résultat, nous ne tenons pas la concurrence extérieure, nous arrachons des surfaces de vergers, des surfaces maraîchères, 15 % de moins quand les Allemands eux en ont 40 % de plus aujourd’hui qu’en 1997. Quant au lait, son prix est celui de la misère de nos producteurs, qui font 60 heures de travail hebdomadaire, n’arrivent pas à se dégager un salaire, qui se suicident quotidiennement.
Seconde cause, l’erreur stratégique fatale de la « montée en gamme », avoir dit aux agriculteurs que puisqu’ils n’étaient plus compétitifs sur la scène internationale, ils n’avaient qu’à monter leur production en qualité pour la vendre sur le marché intérieur français. Or, une agriculture qui se spécialise sur le « repas du dimanche » c’est bien joli mais le reste de la semaine il faut bien manger, ce qui oblige à se tourner vers des produits importés puisqu’ils sont beaucoup moins chers. Avec la montée en gamme, on a cru sauver les agriculteurs français du déclin, on n’a fait qu’aggraver ce dernier. Pour la tomate, il y a trente ans nos agriculteurs se faisaient concurrencer sur la sauce tomate par les Marocains avec un coût du travail dix-sept fois moins cher. On les a orientés vers la tomate cerise, sur laquelle sont également venus les Marocains qui les ont progressivement chassés. Aujourd’hui, les Français font de la tomate « ancienne », pour combien de temps ?
Au final, il y a une déconnexion totale entre ce que les Français mangent vraiment, ce qu’ils attendent de leur agriculture, et ce qu’on dit aux agriculteurs de faire. On entend partout que les Français sont prêts à payer plus cher pour manger de la qualité, il est vrai que nous aimerions tous manger de la qualité, mais en avons-nous les moyens ? une « fable » que les distributeurs ne constatent pas selon Michel Edouard Leclerc par exemple lors du passage en caisse. La faute aux industriels et aux corporations (toujours selon Leclerc qui exonère les distributeurs auxquels il appartient) qui parlent au nom du consommateur et imposent des choix qui sont déconnectés de la réalité, et qui sont en train de mettre l’agriculture française à terre.
