Raffinement de la perversion

Cette façon de dire des choses aussi graves avec ce petit regard rieur, ce sourire en coin et cette voix de castrat, avec ce petit air de ne pas y toucher, en usant du même petit ton léger que s’il parlait de la météo du jour ou d’une recette de cuisine alors qu’il évoque la guerre potentielle entre des puissances nucléaires, me fait penser à ce mot redoutablement pertinent de Louis de Bonald :

« On peut être modéré avec des opinions extrêmes. C’est ce qu’affectent de ne pas croire ceux qui sont violents avec des opinions faibles et mitoyennes. (Pensées sur divers sujets,) »

Culturellement et même du point de vue de la chimie du cerveau, nous associons, en tant que gens normaux, les propos graves et terribles à une certaine façon elle-même grave et terrible de les énoncer ; de même que nous associons la légèreté de sujet à la légèreté de propos et la légèreté de ton. Dès que ces types différents se croisent et que l’on entend un homme dire des choses graves et terribles avec une légèreté de ton qui dénote, cela crée culturellement et même du point de vue de la chimie du cerveau une dissociation perturbante, un sentiment de «quelque chose qui ne va pas» qui dissone, qui dérange, qui trouble, comme si nous voyions un assassin commettre son crime barbare avec le sourire et en chantonnant du Charles Trenet.

On nous faisait déjà vivre dans l’inversion des normes, il faut maintenant composer avec le croisement des types grave/léger et nous habituer à entendre des gens annoncer, sourire en coin, yeux rieurs, que nous irons bientôt à la guerre nucléaire, le tout entre deux « jingles » festifs sur un plateau de télévision, le tout entre des futilités telles qu’un extrait du dernier album de telle chanteuse à la mode et une chronique sur les bienfaits du magnésium sur l’organisme.

Comment un fatras pareil pourrait ne pas fragiliser psychologiquement nos contemporains les moins préparés, voire carrément les rendre dingues ?