Mon général, j’ai écouté avec effarement votre intervention au 107e congrès des maires de France. En entendant vos propos j’ai ressenti quelque chose que je n’aurais jamais imaginé éprouver un jour envers un chef militaire français : du dégoût et de la honte.
Honte de vous voir vous fourvoyer à ce point, vous qui représentez la totalité des armées. Honte de vous entendre demander aux élus d’accepter de perdre nos enfants. Honte de constater qu’un chef d’état-major puisse tenir un discours qui n’a ni place ni légitimité ni justification devant une assemblée civile. J’ai porté l’uniforme pendant vingt-deux ans et jamais, Ô grand jamais, je n’aurais imaginé qu’un jour un haut gradé avec la fonction qui est la vôtre puisse se permettre un tel dérapage.
Mon général, une question simple avant tout : que faisiez-vous au congrès des maires pour y tenir un discours de mobilisation guerrière ? Qui vous a demandé d’appeler les Français à accepter de perdre leurs enfants dans une guerre dont personne n’a expliqué ni le sens ni la légitimité, ni même la nécessité.
Et au passage venir expliquer que les Français manqueraient de force d’âme est non seulement indigne mais profondément déplacé. Parce que la force d’âme, mon général nous l’avons, mais pour protéger nos enfants, pas pour les offrir. Nous l’avons pour défendre notre pays, pas pour servir des agendas obscurs. Depuis quand un chef d’état-major qui devrait être au service exclusif de la sécurité du territoire national se permet-t-il d’exhorter les élus locaux à préparer psychologiquement la population à des sacrifices humains ? Au nom de quoi ? Pour quel agenda ? Pour quelles opérations extérieures ? Dans quel intérêt stratégique et au bénéfice de qui ? Parce qu’appeler à la mort sans expliquer la mission c’est une faute. Et culpabiliser les Français sur leur prétendu manque de courage c’est une double faute.
Mon général, personne n’a oublié que ce n’est pas à l’armée de préparer l’opinion, ce n’est pas à l’armée d’inventer une menace, et encore moins de normaliser l’idée que nos enfants pourraient être envoyés mourir dans des conflits qui ne sont pas les leurs. Votre rôle c’est la défense du territoire, pas la construction d’un consentement émotionnel pour des choix politiques opaques, ni la culpabilisation des citoyens dont vous êtes censé assurer la sécurité.
La force d’âme ce n’est pas mourir sans raison, la véritable force d’âme mon général c’est refuser l’inacceptable. Et permettez-moi d’ajouter une chose, avant de parler de force d’âme regardons la réalité que vous connaissez parfaitement d’ailleurs : nos armées sont exsangues, les régiments manquent d’effectifs, de matériels, de pièces détachées, les stocks stratégiques sont si bas qu’on parle dans vos propres cercles de quelques jours de munitions en cas de conflit de haute intensité, des véhicules cannibalisés, de flottes aériennes en disponibilité minimale, et d’une logistique cœur de toute capacité militaire à flux tendu. Alors comment osez-vous parler de sacrifice ? Comment osez-vous préparer psychologiquement la nation à une guerre alors que vous n’avez même pas les moyens matériels de la mener ? On ne demande pas au pays un effort sacrificiel quand l’État a laissé son propre outil de défense partir en lambeaux.
La première force d’âme mon général aurait été déjà d’avoir le courage de dire la vérité au peuple : nous ne sommes pas prêts, ni matériellement, ni stratégiquement, ni politiquement. Je vous le dis tout net, nous ne donnerons JAMAIS nos enfants, ni pour une stratégie dictée depuis Bruxelles, ni pour les intérêts d’alliances qui nous dépassent, ni pour protéger les erreurs, l’irresponsabilité ou les provocations diplomatiques de dirigeants qui ont perdu tout contact avec la réalité française. Les Français n’accepteront pas une guerre qui ne les concerne pas, dont ils ne veulent pas, et qui serait menée contre leurs intérêts vitaux. Et ce refus mon général c’est précisément ça la force d’âme.
La souveraineté nationale appartient au peuple, pas aux états-majors. La constitution est claire, c’est la nation qui décide, et elle ne vous a rien demandé. Alors avant de venir nous expliquer que nos enfants devraient être prêts à mourir commencez par répondre à cette seule question : pourquoi, pour qui, et dans quel but devrions-nous nous sacrifier ?
À ce que je sache, la Russie n’a jamais menacé de faire la guerre à la France, jamais. Ce narratif n’est qu’un écran de fumée. Vous nous pensez suffisamment idiots pour croire que la Russie veut nous annexer, alors que nous savons qu’une guerre avec la Russie serait le prétexte idéal pour votre chef et son amie l’impératrice proclamée Von der Leyen d’effacer leurs exactions et penser éviter de rendre des comptes devant leurs peuples ? N’en croyez rien, parce qu’aujourd’hui au risque de vous l’apprendre, la seule guerre que voient les Français c’est celle qu’on mène contre eux, contre leur pouvoir d’achat, leur liberté d’expression, leurs services publics, leur sécurité et leur avenir, par ceux mêmes qui vous ont envoyé faire le sale boulot.
Nous n’avons pas de comptes à rendre à des stratèges improvisés, nous n’en avons à rendre qu’à nos enfants, et eux nous ne les sacrifierons ni pour un mythe ni pour un agenda étranger ni pour sauver des institutions qui s’effondrent de l’intérieur. La force d’âme mon général c’est de tenir debout quand tout vacille. Et aujourd’hui tenir debout c’est refuser de mourir pour des causes qui ne sont pas les nôtres.
Et permettez-moi mon général de conclure sur une vérité que beaucoup voient, même si personne ne le dit ouvertement : au vu de l’état réel de nos armées affaiblies, sous-équipées et sous-dotées, incapables de tenir plus de quelques jours dans un conflit de haute intensité, un discours comme celui que vous avez prononcé ne peut pas être un discours opérationnel, ce n’est pas possible, il ne peut pas être l’annonce d’une réalité militaire, parce que la réalité militaire vous la connaissez mieux qui quiconque, nous ne sommes pas prêts comme je le disais précédemment.
Alors que reste-t-il ? Une seule chose : la propagande. Ce que vous avez tenu au congrès des maires ce n’était pas un briefing militaire, c’était un discours psychologique, un discours conçu pour agir sur les émotions, pour installer de la tension, pour préparer les esprits ou pour justifier des décisions que personne n’ose présenter frontalement aux Français.
Mais voilà le problème mon général : la France ne supporte plus ce mode de communication. Depuis des années, on maintient nos concitoyens dans un climat de peur permanente, peur sanitaire, peur énergétique, peur économique, peur sécuritaire, et maintenant peur militaire. Et ce que vous n’avez pas compris c’est que le ressort est cassé. Au lieu de mobiliser, votre discours exacerbe une colère déjà immense, au lieu d’unir il fracture davantage, au lieu d’inspirer il devient un symbole de morgue, de mépris, et de déconnexion totale envers un peuple qui souffre déjà assez.
Alors oui mon général, les Français ont de la force d’âme, mais pas celle que vous appelez. Ils ont la force d’âme de refuser qu’on joue avec leur peur, ils ont la force d’âme de refuser qu’on manipule leurs émotions, ils ont la force d’âme de protéger leurs enfants, leur pays, leur souveraineté. Et cette force d’âme là, vous ne l’étoufferez plus, parce que la France ne veut plus de discours qui menacent, qui culpabilisent ou qui terrorisent, les Français veulent des responsables qui respectent leur souveraineté et qui servent la nation au lieu de la sermonner.
Pour terminer, s’il vous reste un gramme d’honneur militaire vous devriez faire ce qui s’impose aux yeux de beaucoup d’entre nous, démissionner. Et faites preuve à votre tour de force d’âme. La France mérite des chefs, pas des illusions.
— Marc-Jean Clairval, ancien militaire de carrière
