Le Coran tel qu’il est

Pour nous autres occidentaux l’islam est à la fois proche et lointain, familier et étranger. Nous côtoyons la société musulmane sans pour autant percevoir sa sociologie et sa culture autrement que de l’extérieur, essentiellement à travers ce qui s’écrit, ce que l’on en dit, et ce que l’on voit des conséquences de la présence musulmane sur le sol européen (exposition à nos yeux dans l’espace public des vêtements comme autant d’étendards symboles de l’installation conquérante du monde musulman, explosion du nombre de mosquées, attentats). Pourtant dans la diversité des textes consultables en islam (Sunna, Haddits, Sira, Fiqh) il existe un moyen simple (en apparence) d’avoir accès direct à cette connaissance souhaitée : s’adresser directement au Coran, livre si fondamental et si vénéré des musulmans que de lui découlent, non seulement leur attitude religieuse, mais aussi leur philosophie de la vie, leur éthique, leurs mœurs et leur droit civil et pénal. Au point que connaître le Coran, c’est connaître vraiment l’islam.

Or ce livre, guère plus volumineux qu’un gros roman, reste pourtant aussi peu pénétré que le monde musulman lui-même. Il y a quelque chose dans le livre qui s’oppose à la volonté de le découvrir et décourage la curiosité. La difficulté qu’oppose le livre tient en une phrase : par sa composition, ou plutôt sa non composition, le livre s’identifie à un puzzle désassemblé. Les 6235 versets s’étalent dans l’ouvrage comme les pièces d’un puzzle éparses sur une table en attente d’assemblage. Or, autant l’étal désordonné des pièces paraît incohérent, autant l’image obtenue après assemblage est cohérente, d’une cohérence aussi forte que celle que nous percevons dans la mentalité musulmane ; ce qui est l’évidence même, puisque celle-ci est commandée par celle-là.

En Occident on parle abondamment du Coran en l’ayant si peu lu. Ce n’est pas faute de bonne volonté, mais il est manifeste que le lecteur le plus motivé ne peut venir à bout de la seule sourate II sans que le livre ne lui tombe des mains. Ceux qui en ont fait l’expérience en témoignent. On a tout de suite l’impression d’un discours hermétique tant il paraît désordonné, paroxystique, à la limite délirant. Et quelques tests exploratoires plus avant dans le texte, ont vite fait de vous persuader que, s’il y a un message tant soit peu clair à percevoir dans le livre, il est de toute façon hors de portée d’un lecteur moyen. Celui qui tient contre vents et marées à savoir ce qu’il en est de ce message n’a plus qu’à se mettre en quête de ce qui s’écrit sur le sujet. Mais l’abondance, l’hétérogénéité et les contradictions de commentaires, les divergences d’interprétation et les querelles d’experts, contribuent à obscurcir ce que l’on souhaiterait obtenir, à savoir un énoncé exhaustif, clair et précis de ce que proclame ce livre, décidément nimbé d’une aura de mystère.

Qu’en disent nos spécialistes islamologues lisant l’arabe dans le texte ? Ce qui frappe d’emblée lorsque l’on réussit à faire une première lecture complète du texte, est une double impression de véhémence et de redondances. Le livre entier fait figure d’ardente entreprise de persuasion d’une doctrine que l’on ne saisit encore, en premières lectures, que de façon confuse, mais dont on perçoit par contre clairement l’argumentaire fait de condamnations et de menaces, dont les formules variées se répètent à longueur de sourates. Cette répétition de formules se double d’une répétition de thèmes ; ainsi le récit de la Geste biblique de Moïse, reparaît dans des dizaines de passages, presque à l’identique, selon des versions plus ou moins développées ; et de même pour d’autres thèmes également repérables.

Au rang des répétitions, ce sont manifestement les formules et qualifications diverses se rapportant à Dieu qui reviennent avec la plus grande fréquence dans le texte, dont on a d’ailleurs l’impression qu’elles se distribuent de façon équivalente, entre celles qui expriment une infinie bonté et celles qui traduisent une immense colère. L’image de Dieu dans la mentalité musulmane est évidemment au cœur du problème d’interprétation du Coran. Avec ce Dieu intransigeant, jaloux et colérique comme l’est son modèle d’inspiration, le Yahvé du judaïsme, qui punit un croyant soumis face contre terre, nous sommes très loin de la conception du paganisme européen où le païen est un homme debout face à des dieux amis. Aux formules exprimant la colère de Dieu s’ajoutent, souvent identiques, celles exprimant la colère des croyants à l’adresse des incroyants, d’où la fréquence des colères manifestées tout au long du texte, qui lui confère globalement un ton manifestement colérique.

On remarque d’emblée la fréquence des expressions vindicatives. Un premier recensement des occurrences lexicales montre que le texte est parsemé d’un bout à l’autre d’invectives et d’imprécations à l’adresse des « incroyants », divers mais appartenant tous à l’unique et universelle classe des non-musulmans. Les incroyants de toutes races et de toutes religions autres que l’islam ont pour lot commun d’être insultés, tourmentés, maudits, brûlés et tués par tous les moyens imaginables. Dans la seule sourate II (« la vache ») figurent plus de 40 versets imprécateurs d’incroyants, dont on repère facilement les multiples expressions violentes et intransigeantes. La quarantaine de versets de cette sorte que l’on recense au total dans cette sourate qui en contient 286, donne le ratio moyen de 14 % de versets colériques, soit 1,6 % par page. On voudrait croire que cette sourate n’est pas représentative de l’ensemble ? A la poursuite de la lecture, on a vite fait de se rendre compte que ce n’est pas la pire. Le livre entier est émaillé des mêmes menaces et la verve pour en exprimer l’âpreté ne cesse de s’amplifier.

Ce n’est plus seulement de la contrariété que l’on éprouve, au fur et à mesure que l’on progresse dans cet impressionnant inventaire, mais de la consternation. Le nombre de versets colériques repérable est au bas mot de 550 pour l’ensemble du livre, auxquels s’ajoutent une centaine d’autres versets moins outranciers, mais plutôt désobligeants pour ceux auxquels ils s’adressent. Ces quelques 650 versets plus ou moins colériques conduisent au ratio global de 10 % des 6235 versets du livre et de 1,8 en moyenne par page de texte (350 pages). Une telle fréquence confère au livre son caractère très particulier d’ouvrage d’intense et violente propagande. Comment peut-il se faire qu’un ouvrage à caractère religieux puisse revêtir une tonalité aussi colérique ? On s’attend en principe à ce qu’un tel ouvrage soit fondé sur la raison (du moins celle revendiquée par les « croyants »), la sensibilité ou les sentiments, non sur la condamnation, la menace et la contrainte. Mais ce livre a pour origine, selon les recherches les plus avancées, l’entreprise conçue par des judéo-nazaréens réfugiés en Syrie, et ayant voulu se servir de clans arabes (pour lesquels ils ont rédigé ce livre) dans leur idée de reconquérir Jérusalem. Une rédaction forcément de nature agressive et galvanisante pour leurs destinataires.

L’islam une religion d’amour, de tolérance et de paix ? A l’égard des autres musulmans uniquement. Une prescription communautaire, semblable à celle du judaïsme pour les Juifs dans le Lévitique (19, 18) source mimétique manifeste. Il faut aussi rappeler deux éléments fondamentaux : les paroles conciliantes que l’on trouve dans les textes de l’islam, instrumentalisées par les islamophiles pour tromper l’occidental béotien, datent de l’époque dite mecquoise de la vie de Mahomet, moment où il n’était pas en position de force, alors que tous les propos violents datent de la période dite médinoise, celle où il a pu s’imposer par la violence ; par ailleurs, la théorie dite de « l’abrogeant et de l’abrogé » stipule que ce sont les versets les plus récents chronologiquement (donc les plus violents) qui prennent le pas sur les plus anciens. Comment espérer des musulmans, fidèles à leur culte ou simplement élevés dans ce « bain culturel », une attitude amicale à notre égard, avec un tel corpus doctrinal !