Emmanuel Macron annonce vouloir contrôler le contenu des réseaux sociaux. Nous écrivons, les gens écrivent sur l’Internet. Seuls les dirigeants les plus stupides peuvent être capables de ne pas comprendre l’utilité pour eux d’une soupape de décompression laissée au peuple. L’esclave véritable n’est pas celui que l’on croit. L’esclave véritable est celui à qui l’on interdit d’exprimer sa pensée. Certains dirigeants occidentaux qui ont une haine de la liberté parce qu’elle menace le monopole malsain du pouvoir qu’ils ne veulent pas perdre, ont donc fait de l’expression un jeu dangereux.
Cependant, écrire, c’est la seule noblesse de l’écrivain, sa seule manière de participer aux luttes de la vie, et à la lutte contre la société insupportable à laquelle ces gens veulent nous soumettre. Il n’existe pas d’écrivain qui puisse se taire. S’il se tait, c’est que ce n’est pas un vrai écrivain. Et si un vrai écrivain se tait, il meurt. Et puis, si ce n’est pas pour aller « trop loin », quel intérêt y a-t-il à la liberté d’expression ?
Dans une société normale, la liberté d’expression signifie protéger l’expression de toutes les opinions, et pas seulement les opinions qui ont la faveur du pouvoir ou de tout le monde. Dire quelque chose qui plaît à tout le monde, c’est facile. La véritable liberté d’expression, c’est à l’inverse de pouvoir formuler des opinions qui heurten l’État ou une partie de la population. C’est ça la liberté d‘expression, c’est de pouvoir exprimer ce qui dérange. N’avoir le droit de dire que ce qui plaît, ou ce avec quoi la majorité est d’accord, ce n’est pas de la liberté. À l’évidence et en conséquence logique, de toutes les opinions existantes, celle qui doit être par-dessus tout protégée dans son expression c’est précisément l’opinion minoritaire, ou celle qui choque, soit le parfait opposé de la situation actuelle puisque nous vivons dans l’inversion des normes. Sans cette protection, on bascule de fait dans la dictature de la pensée.
