La propagande n’a pas disparu. Elle a seulement changé de costume. George Orwell dans 1984 a décrit trois techniques de manipulation que nous subissons encore aujourd’hui.
Vous l’avez certainement déjà ressenti, ces discours politiques qui paraissent tourner en rond, ces slogans publicitaires, ces informations répétées en boucle jusqu’à devenir des évidences… Et pourtant, une petite voix en vous murmure « il y a quelque chose qui cloche ».
Et si la première clé de cette manipulation c’était d’apprendre à croire à des « vérités » impossibles, comme celle qu’un homme peut être « enceint ». Dans 1884 Winston Smith est contraint par la torture de la cage au rat, à affirmer que 2 + 2 = 5. Si la première clé était d’apprendre à croire à deux « vérités » opposées en même temps ?
La Doublepensée
Chez Orwell, le parti impose des slogans absurdes : « La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force. » Derrière ces phrases contradictoires se cache une idée redoutable : la doublepensée.
Le principe est simple, mais terrifiant : accepter deux vérités totalement opposées sans jamais questionner leur absurdité. Pourquoi est-ce si puissant ? Parce que votre esprit s’habitue à vivre dans la contradiction. Le « en même temps » d’Emmanuel Macron est la pratique actuelle en France de cette technique. Vous savez qu’il y a un mensonge, mais vous devez continuer à y croire. Seuls des esprits pervers peuvent concevoir et utiliser de pareilles méthodes. C’est une fracture mentale, un conditionnement psychologique. Et une fois que vous acceptez ça, vous pouvez accepter absolument tout.
Maintenant regardez autour de vous. La doublepensée n’est pas seulement un concept littéraire, elle est partout dans notre société moderne. Une entreprise pétrolière qui se présente comme « verte » en diffusant des publicités pleines de paysages luxuriants, des gouvernements qui parlent de « mesures de paix » alors qu’ils annoncent des bombardements, des lois qualifiées de « libératrices » alors même qu’elles restreignent vos droits. Vous l’avez compris, le langage devient une arme. Les mots ne décrivent plus la réalité, ils la déforment, la maquillent jusqu’à la transformer en son contraire. Et plus ces contradictions sont répétées, plus elles paraissent normales aux esprits les plus fragiles, les moins armés intellectuellement pour résister à cette entreprise. Jusqu’au jour où ils finissent par les intégrer sans même s’en rendre compte.
Et voici la question dérangeante : combien de ces contradictions les gens acceptent-ils chaque jour ?
Mais la doublepensée n’est qu’une première étape. Pour que la propagande fonctionne vraiment, il faut plus qu’un langage tordu. Il faut une cible, un visage sur lequel concentrer toute la colère de l’opinion. Et un arc : les médias mainstream. Orwell l’avait parfaitement compris, et ce que nous voyons aujourd’hui ressemble étrangement à ce qu’il décrit.
L’ennemi commun
Dans 1984, Orwell décrit une scène glaçante : « les deux minutes de la haine ». Chaque jour, les citoyens sont rassemblés pour hurler contre un personnage, Emmanuel Golstein, l’ennemi officiel du parti unique. On projette son visage sur un écran, on diffuse des discours fabriqués. Et la foule explose de rage. Certains tremblent de haine, d’autres lancent des objets. Tous finissent par crier en chœur. Résultat : un peuple divisé sur tout le reste, mais uni dans sa colère contre un ennemi commun. Le Goldstein contemporain, c’est chacun en son temps Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, Muammar Kadhafi, Bachar al Assad, Vladimir Poutine, Marine Le Pen… Ce mécanisme est simple et terriblement efficace : concentrer les frustrations sur une seule cible. Pendant que les gens déversent leur énergie contre cet ennemi fictif, ils oublient de remettre en question ceux qui contrôlent réellement le Système. Regardez notre époque, les médias désignent régulièrement des figures à haïr. Tantôt un dirigeant étranger présenté comme une menace absolue. Tantôt une personnalité politique diabolisée en continu. Tantôt un pays entier accusé de tous les maux. Ces figures deviennent des exutoires collectifs. Vous n’avez plus besoin d’analyser, de réfléchir, c’est la « pensée pré-mâchée » servie directement par les médias à travers le narratif officiel. On vous dit qui est le méchant du scénario. Et il ne vous reste plus qu’à canaliser vos émotions. Et ça marche. La peur et la colère soudent une société plus vite que n’importe quel discours rationnel. L’ennemi commun devient une boussole émotionnelle. Il divise le monde en deux camps : le « nous », les bons citoyens, et le « eux », ceux qu’il faut abattre. Et plus cette haine est entretenue, plus le pouvoir en place se renforce.
Alors posez-vous cette question : Qui décide aujourd’hui de vos ennemis ?
Mais désigner un ennemi ne suffit pas. Pour que la propagande s’ancre durablement, il faut plus qu’une émotion passagère. La haine doit être entretenue, nourrie, renforcée jour après jour, jusqu’à devenir une « vérité » indiscutable. Et c’est là qu’intervient l’arme la plus simple mais aussi la plus redoutable : la répétition.
La répétition comme vérité
Orwell sait que la répétition forge la croyance. Un slogan répété devient une certitude. Un mot martelé finit par remplacer la réalité. Dans 1984, « Big Brother vous regarde » n’est pas qu’une phrase. C’est un rituel. On l’entend partout. On l’entend tout le temps. Et l’angoisse devient normale. La répétition transforme l’information en habitude. Plus vous entendez une idée, moins vous la questionnez. Votre cerveau finit par la ranger dans la case « évident ». C’est mécanique. C’est psychologique. Et c’est redoutablement efficace.
Aujourd’hui, la répétition prend des formes modernes. Les mêmes expressions reviennent dans tous les journaux télévisés et dans la presse mainstream. Vladimir Volkoff, grand connaisseur des méthodes de désinformation et de manipulation de l’opinion disait que le premier symptôme de la désinformation c’est quand tout le monde dit la même chose. Les mêmes éléments de langage circulent sur les réseaux : « plan de rigueur », « transition énergétique », « quoi qu’il en coûte »… Ces formules simples traversent les plateaux, les titres et les fils d’actualité. Elles deviennent le rythme de votre journée. Elles finissent par structurer votre manière de penser.
La répétition ne doit pas obligatoirement mentir frontalement. Parfois, elle banalise. Elle rend acceptable ce qui devait paraître choquant. Elle rend anodin ce qui était grave. Répétez assez longtemps une petite concession aux libertés, et vous aurez accepté une grande perte. Répétez assez longtemps une version édulcorée d’un conflit, et vous aurez oublié les vraies conséquences.
Sur les réseaux, la répétition se fait virale. Un message répété par des centaines d’influenceurs devient vérité sociale. Un « mème » partagé des milliers de fois pèse plus qu’un dossier complet. L’émotion remplace l’enquête. Le rythme efface le sens. Et puis il y a la répétition orchestrée. Quand plusieurs médias reprennent le même mot-clé au même moment, ce n’est plus une coïncidence, c’est une mise en scène. En ce moment, c’est la « taxe Zucman » qui est sur tout l’audiovisuel public, sans que son porteur Gabriel Zucman ne rencontre jamais un contraditeur sur ces plateaux médias. L’effet est puissant. Vous avez l’impression que toute l’information converge vers la même idée. Vous pensez alors que cette idée doit être vraie, puisqu’elle est partout… (Vladimir Volkoff bis repetita). Posez-vous cette question : combien de « vérités » avez-vous intégrées parce qu’on vous les a servies en boucle ? Combien d’opinions avez-vous adoptées sans les vérifier, simplement parce qu’elles revenaient sans cesse ?
En réalité, Orwell n’a pas seulement écrit une œuvre de science-fiction dystopique, il a rédigé une grille de lecture du pouvoir. Un manuel de manipulation qui, près de 80 ans plus tard, continue d’expliquer avec une précision troublante les mécanismes de la propagande moderne. Alors, selon vous, laquelle de ces trois techniques est la plus dangereuse aujourd’hui, la doublepensée, l’ennemi commun, ou la répétition ?
Souvenez-vous de ceci, la propagande la plus puissante n’est pas celle qu’on vous impose… C’est celle que vous finissez par répéter vous-même, sans même vous en rendre compte.
Le plus grand triomphe de la propagande est d’empêcher les gens de comprendre qu’ils sont manipulés. Vous croyez vivre à l’ère de l’information ? Détrompez-vous. Nous sommes à l’ère de la confusion. Trop de nouvelles, trop de peur, trop de distractions. Et au milieu de ce vacarme, la vérité devient un simple bruit de fond.
George Orwell l’avait décrit dans ses romans, il avait compris comment une société pouvait être manipulée, non pas par le silence, mais par le trop-plein.
La saturation de l’information
Dans 1984, le « Ministère de la Vérité » produit en continu des rapports, des chiffres, des communiqués de guerre. Chaque jour, les données d’hier sont corrigées, réécrites, remplacées. L’objectif : noyer la population sous un flot d’information contradictoires. Résultat : plus personne ne sait ce qui est vrai. Et quand tout devient flou, le seul repère qui reste, c’est la voix du pouvoir.
Aujourd’hui, la méthode a changé, mais pas le principe. Nous vivons dans un brouhaha permanent. Les chaînes d’info en continu commentent les mêmes images pendant des heures, avec de nouveaux « experts » toutes les dix minutes pour dire la même chose autrement. Chaque jour, un nouveau scandale efface le précédent, une indignation chasse celle de la veille. On passe d’une crise géopolitique à une polémique « people » en un seul coup d’œil. Résultat : l’attention s’éparpille, l’esprit sature, et la vérité se dilue. Pendant la « pandémie Covid-19 » on l’a clairement vu : chiffres, courbes, experts contre experts, tout le monde parlait, plus personne n’écoutait. Aujourd’hui c’est pareil, crise après crise, drame après drame, les faits se superposent, se contredisent, se neutralisent. Et dans ce vacarme, la confusion devient une arme. Parce qu’un peuple noyé sous l’information finit par ne plus rien remettre en question.
Orwell l’avait compris : il n’est pas toujours nécessaire de censurer totalement la vérité, il suffit de la noyer sous le bruit. Et ce bruit, il est constant, continu, séduisant. Il donne l’illusion du savoir tout en empêchant la compréhension. Alors, dans ce déluge d’actualité, qu’est-ce qui vous semble le plus difficile aujourd’hui : distinguer le vrai du faux… ou bien simplement trouver le temps d’y réfléchir ?
La peur comme outil de contrôle
Dans 1984, la peur est partout. L’ennemi change sans cesse. Un jour, c’est l’Eurasia. Le lendemain, Estasia. Peu importe le nom, l’important c’est qu’il existe. Le peuple doit haïr quelqu’un, craindre quelque chose. C’est cette peur permanente qui justifie la guerre, la surveillance la répression. Et le parti le sait : tant que les citoyens tremblent, ils obéissent. Aujourd’hui, la logique est la même : la peur s’infiltre dans les écrans, les discours, les chiffres. L’actualité est faite de terrorisme, de crise économique, de pandémie. Chaque jour un nouveau danger. Chaque soir, une nouvelle alerte. Le vocabulaire change, la stratégie reste : entretenir l’inquiétude pour obtenir la docilité.
Les gouvernements l’ont compris, les médias aussi. La peur capte l’attention mieux que n’importe quelle vérité. Elle fait cliquer. Elle fait voter. Elle fait taire. Dans ce climat d’urgence permanente, tout devient justifiable. Une surveillance renforcée, des lois « exceptionnelles », des restrictions « temporaires ». Et, bien souvent, ces mesures présentées comme provisoires finissent par s’installer pour de bon. Le plus redoutable, c’est que la peur finit par devenir normale. Elle ne choque plus, elle rassure. On s’habitue à vivre dans l’angoisse, comme on s’habitue au bruit d’un moteur. Elle devient le fond sonore de la société. Et quand la peur devient une habitude, la liberté devient un souvenir. Orwell l’avait compris, la peur est le carburant du pouvoir. Elle divise, elle affaiblit. Elle soude autour d’un ennemi commun. Elle transforme les citoyens en spectateurs, et les spectateurs en croyants. Alors posez-vous cette question : de quoi avez-vous peur aujourd’hui ? Et surtout, qui a intérêt à ce que vous restiez dans la peur ?
Le divertissement comme arme de distraction
On imagine souvent la propagande comme une machine grise, autoritaire, sérieuse. Orwell, lui, avait compris qu’elle pouvait aussi être joyeuse. Dans 1984, les prolétaires sont abreuvés de loteries truquées, de chansons populaires, et de romans sans âme produits à la chaîne par le Ministère de la Vérité. Ces distractions leur donnent l’illusion du choix, de la liberté, du plaisir. Mais pendant qu’ils s’amusent, ils ne pensent plus.
Dans La Ferme des Animaux, autre livre de George Orwell, c’est la même mécanique. La chanson « Bête d’Angleterre » unit les animaux, canalise leurs émotions, leur donne une cause commune. Mais elle finit par devenir un outil de contrôle, elle apaise, elle endort, elle détourne de la révolte.
Aujourd’hui, la méthode est plus raffinée. Nous n’avons plus besoin qu’on nous impose la distraction, nous la réclamons. Des flux infinis de vidéos, de séries, de jeux et de débats divertissants. Les plateformes ont compris que l’attention est la ressource la plus précieuse du monde. Et que pour la capter il suffit de la fragmenter. Quelques secondes de dopamine, un défilement sans fin, et votre esprit s’évade. Vous croyez vous détendre, mais c’est votre concentration qu’on désactive. Pendant que vous regardez, que vous scrollez, que vous riez, le monde continue de tourner sans vous. L’essentiel devient invisible. Et l’urgent remplace l’important.
Le plus ironique, c’est que ce système ne repose plus sur la contrainte. Il repose sur le plaisir. Nous sommes devenus volontaires dans notre propre distraction. Une servitude douce, une cage lumineuse. Et c’est peut-être la plus grande victoire du pouvoir moderne : ne plus avoir besoin d’imposer le silence quand tout le monde choisit de s’endormir.
Orwell ne parlait pas seulement d’un futur totalitaire. Il décrivait un système psychologique qui s’installe lentement, sans violence apparente. Une société où l’on ne censure plus les idées, mais où on les noie sous le bruit. Où la peur remplace la réflexion, et où le divertissement devient une arme douce qui endort les consciences. Ces mécanismes sont toujours là. Ils ont simplement changé de forme. L’infobésité brouille la vérité, la peur façonne les comportements, et la distraction vide le temps et l’esprit. Trois forces invisibles qui, ensemble, créent une illusion de liberté, alors que tout est sous contrôle.
Alors, selon vous, laquelle de ces trois armes est la plus présente aujourd’hui ? Quelle est celle qui vous touche le plus ?
Le plus grand danger n’est pas qu’on vous mente, c’est que vous finissiez par ne plus chercher la vérité.
