Le « Pourquoi ? » du communisme

Une utopie peut-elle être à l’origine du désir permanent de massacrer son semblable ? C’est là une question essentielle.

Le communisme est une utopie qui se heurte à la réalité, et dégénère dans son application au point de provoquer la Terreur. On l’a vu en France sous la Révolution, en Russie avec les bolcheviques, en Chine sous Mao, au Cambodge avec les khmers rouges, etc. L’inspiration profonde du marxisme n’est pas d’être une utopie noble, elle plonge au contraire ses racines dans ce que la nature humaine a de plus lamentable, l’envie, la jalousie, matrice de l’égalitarisme dont la République française s’est fait une obsession idéologique, et dont les plus enragés de l’extrême-gauche mélenchoniste réclament ouvertement l’héritage sanglant, tels le jeune et nouveau venu dans le paysage parlementaire Antoine Léaumont. Le communisme, c’est essentiellement la mise en forme, l’institutionnalisation d’une haine de l’homme, non seulement pour les classes, pour des races (qu’il faut donc faire disparaître en les métissant), mais aussi simplement pour son voisin, la délation sous la loi des suspects durant la Révolution française offrant un magnifique exemple de ce dernier point, outil idéal pour faire main basse sur les biens dudit voisin.

Raymond Aron, que nous citerons exceptionnellement pour la circonstance, osait dire qu’entre le national-socialisme de Hitler et le communisme de Staline, il y avait une différence fondamentale, à savoir que le communisme était bon dans ses intentions même s’il était mauvais dans ses résultats, que c’était donc une utopie généreuse. La vérité, c’est que le national-socialisme de Hitler, comme le fascisme de Mussolini, comme le franquisme espagnol, ont été très bons pour leurs peuples respectifs et pour ceux qui s’y sont ralliés. En bonne logique, ils n’ont été préjudiciables qu’à ceux qui ont voulu s’y opposer. On a servi indéfiniment cet argument de l’intention généreuse des communistes, ce qui s’avère totalement faux si l’on en juge par le travail d’analyse de Stéphane Courtois, immense spécialiste du sujet.

Le libéralisme économique n’est pas en soi une mauvaise chose. Ses dérives capitalistes inhumaines en revanche le sont ! Et ce sont elles qui fournissent l’aliment au communisme, qui nourrit ce dernier parce que précisément l’échange qui est l’activité de base, le comportement de base dans une économie libérale, cet échange constitue une relation dont chacun profite. Mais il est bien difficile de ne pas penser en même temps que l’une des parties profite davantage que l’autre, de sorte que finalement il n’y a aucune difficulté à faire apparaître le libéralisme comme étant essentiellement injuste, essentiellement inique, essentiellement sauvage, toutes formules qui sont en partie fausses mais aussi en partie vraies, et qui fonctionnent très bien dans la mentalité et l’imaginaire des publics.

Il y a une matrice commune entre le libéralisme et le socialisme, c’est l’économie, c’est une analyse de la société sous l’angle essentiellement économique, c’est de toute manière une analyse réductrice de l’homme. Il y a un matérialisme commun au libéralisme et au socialisme. Cela ne veut pas dire que ce soient les mêmes choses, mais il y a fondamentalement une anthropologie commune à la base. Cela dit, il est vrai que libéralisme est un mot très compliqué, c’est un mot-piège parce que derrière ce mot on peut mettre le libéralisme politique de Tocqueville, on peut mettre un libéralisme philosophique, on peut mettre un libéralisme purement économique. Toutes ces écoles ne se recoupent pas totalement mais elles ont des passerelles et des points communs.

Quant aux origines de la haine, le pourquoi de la haine, la haine est une passion humaine éternelle. Le problème paraît être de savoir pourquoi cette haine a pris une dimension quasiment institutionnelle au début du XXe siècle. La haine a existé de toujours, mais le communisme tel que nous l’avons connu est un phénomène contemporain. Par conséquent se pose une question fondamentale qui est de savoir pourquoi ce phénomène dans l’excès qu’on lui connait ne s’est produit que maintenant, qu’au cours du XXe siècle. Certains auteurs ont tendance à penser, même si cela n’est pas très populaire, que les origines d’un phénomène moderne sont dans la modernité, et que c’est par conséquent la modernité qu’il faut mettre en cause. Pourtant, ce phénomène n’a pas un caractère exclusivement contemporain. Il faut tempérer cette opinion et ne pas oublier qu’il y a eu avant le communisme du XXe siècle beaucoup d’expériences, plus limitées dans le temps certes, mais qui furent de nature totalitaire. Cependant, aucune n’a atteint le degré de masse du communisme. Selon Stéphane Courtois, avec le communisme de 1917, phénomène moderne, Lénine va d’un seul coup concentrer trois grandes choses : l’utopie, le processus révolutionnaire, et le scientisme marxiste. Or, ces éléments existaient mais ils étaient épars, ils avaient leur autonomie. Mais voilà un homme qui prend tout ça et qui y ajoute deux choses qui font la modernité du totalitarisme : une idéologie, et un modèle d’organisation qui est tout à fait nouveau c’est-à-dire un parti de professionnels de la révolution.

Le totalitarisme communiste moderne porte les germes du génocide. L’étude de ses textes fondateurs non expurgés révèle que le « génocide » est une théorie propre à cette idéologie. Engels, en 1849, appelait à l’extermination des Hongrois. Il donna à la revue dirigée par son ami Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung un article retentissant dont Staline recommandera la lecture en 1924 dans ses Fondements du léninisme. Engels y conseillait de faire disparaître, outre les Hongrois, également les Serbes et autres peuples slaves, puis les Basques, les Bretons et les Écossais. Dans Révolution et contre-révolution, Marx lui-même se demandait comment on va se débarrasser de « ces peuplades, les Bohémiens, Carinthiens, Dalmates, etc. ». Textes non expurgés nous le répétons.

Quand on lit attentivement Marx, on comprend par ailleurs que la dictature du prolétariat n’est pas la dictature des masses laborieuses sur les autres composantes sociales, mais est en fait la dictature d’une élite révolutionnaire sur le prolétariat. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le mot communisme n’apparaît qu’en 1797 sous Restif de la Bretonne, dans une définition très vague qui est la « communauté des biens ». Le terme va disparaître pendant des dizaines d’années jusqu’à ce que Marx le reprenne et lance son fameux Manifeste du parti communiste, début 1848. C’est alors que l’on retrouve directement la notion de haine, car le manifeste commence ainsi : « l’histoire des sociétés jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes… oppresseurs et opprimés en opposition constante ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société toute entière, soit par la destruction des deux classes en lutte ». Le dernier mot du Manifeste est exactement du même acabit : « les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs buts, ils proclament hautement que ces buts ne pourront être atteints sans le renversement violent de tout ordre social actuel ». Entre les quatre lignes d’introduction et les deux lignes de conclusion, on est dans la guerre, dans la violence, dans la haine, la haine des classes qui va être instaurée et qui est une des bases du communisme.

Le communisme est la domination de la mauvaise partie de la nature humaine sur la bonne. Mais pourquoi est-ce la mauvaise partie qui l’emporte ? Parce qu’il y a selon les partisans d’une mise en cause de la modernité, des facteurs d’accélération du triomphe de la mauvaise partie sur la bonne, et la modernité est l’un de ces facteurs accélérants.

A la base de tout, il y a l’idée de création d’un Homme nouveau, facteur essentiel du communisme, liée à une espèce de sanctification d’une partie de la population : le prolétaire, qui est le nouveau « saint », l’homme sans péché par opposition au christianisme, par conséquent, tout ce qui n’est pas « prolétaire » est nécessairement mauvais. Avant Lénine il y a eu Marx, et avant Marx il y a eu Rousseau : « le mal qu’il y a dans le monde ne vient pas de l’homme lui-même, mais de la société qui est mal conçue ». L’idéologie et l’utopie révolutionnaire s’appuient sur la thèse Rousseauiste que l’homme est naturellement bon, pour condamner la société. Si l’homme est naturellement bon et qu’il y a du mal dans la société, pour retrouver le Paradis sur terre, il faut éradiquer les racines du mal en faisant table rase de cette société et de ses traditions, pour repartir sur de nouvelles bases. Le principe révolutionnaire est là, et c’est en cela qu’il y a un lien étroit entre l’affirmation Rousseauiste de la bonté naturelle de l’homme, et les conséquences communistes. Il y a un lien étroit entre Rousseau, Marx et Lénine. Rousseau a alimenté la pensée des jacobins (la théorie de la volonté générale). La première expérience moderne totalitaire a été celle du jacobinisme.

Il faut insister sur la dimension scientiste, planifiée, du marxisme édictant en substance : je connais les lois de l’histoire, je connais les lois de la société, et à partir de là nous allons construire une société parfaite. Lénine croit pleinement en cela. En 1897, la dernière famine de l’Empire Tsariste due à de mauvaises récoltes fait 200.000 morts. Mais toute la société se mobilise pour aider les paysans qui meurent de faim. Dans sa ville, le seul homme de « gauche », révolutionnaire, qui refuse d’aider les gens qui meurent de faim, c’est Lénine. Il explique pourquoi, en substance : plus il y a de gens qui meurent de faim, plus cela va faire rapidement tomber le régime et plus on va accélérer l’arrivée du capitalisme qui lui-même nous amènera au socialisme. Cette pensée scientiste est donc fondamentale.

Selon Karl Marx, « ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience ». On est là au cœur de l’anthropologie marxiste, au cœur de sa conception de l’homme : l’homme n’est rien que ce que la société fait qu’il est. Ce qui rejoint l’idée de création d’un Homme nouveau. A vingt ans, Marx écrit : « je veux me venger de celui qui règne au dessus de nous ». Phrase énigmatique que certains interprètent comme une référence à Dieu. Marx a créé la première internationale, dont Bakounine, le grand leader russe anarchiste était l’un des principaux piliers. Or, au moment de la commune de Paris, Bakounine a écrit des textes où il revendiquait la commune de Paris comme la manifestation de Satan. Il se voyait lui-même en représentation de Satan : « je suis Satan » dit-il. Il faut également citer les poèmes sataniques écrits par Marx. Et Staline cultivait des pratiques sataniques. Stéphane Courtois est très renseigné sur ce sujet. Enfin, Lénine a été enveloppé à sa mort dans un étendard aux symboles de la franc-maçonnerie.

Avec la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale, on assiste aujourd’hui à la pénétration des méthodes de gouvernement communiste dans le monde libre, au développement d’une espèce de monstre qui combine le pire des méthodes de gouvernance communiste au service des pires conséquences d’une économie capitaliste sans limites ni scrupules. Un contrôle de plus en plus rigoureux et Orwellien se met peu à peu en place sur une opinion publique abîmée dans un abrutissement consumériste béat qui rappelle Aldous Huxley. La vie politique est si embrumée que l’on en arrive à une sorte d’interchangeabilité insipide des candidats, à une « candidature unique », reflet de la pensée unique qui est l’expression d’un multipartisme de façade.

« Puisque le communisme est le résumé, la conclusion, l’expression la plus complète des utopies socialistes, c’est à le combattre que doivent s’attacher les hommes dévoués aux principes d’ordre et de liberté. » – Alfred Sudre