On ne mesure pas à quel point il était vicieux de panthéoniser Robert Badinter, c’est-à-dire de le glorifier, de l’imposer comme démiurge du nouvel ordre moral compatissant et humaniste… quelques jours seulement avant l’ouverture du procès de Dahbia Benkired, la sorcière algérienne qui a massacré notre Lola, en sachant qu’inévitablement l’ouverture de ce procès ferait remonter ce souvenir atroce, que la presse dévoilerait des détails sordides devant lesquels la seule réaction possible, normale, humaine, est de souhaiter ardemment que l’on place le démon sous le couperet de la guillotine.
Rien n’est plus humain que de réclamer, pour le pire des crimes, la pire des sanctions. C’est quasiment un besoin d’ordre mécanique et logique, imparable.
Nous imposer Badinter juste avant de nous faire subir Benkired, c’était comme une provocation pour dire au peuple de ce pays qu’il pourra bien avoir toutes les attentes qu’il veut concernant le démon Benkired, l’ombre de Badinter, le sauveur des tueurs d’enfants, sera toujours là pour lui rappeler qu’il n’en sera rien et que les deniers publics, réunis en puisant dans nos bourses à chacun, seront bel et bien utilisés pour entretenir, nourrir et loger cette bête que l’on voudrait tous savoir au fond d’une fosse.
Robert Badinter et Dahbia Benkired dans l’actualité à quelques jours d’écart seulement, lorsqu’on y pense rétrospectivement, on se dit que seul un système maléfique pouvait y songer.
Jonathan Sturel
