D’aucuns sont tentés de penser que le drame de la petite Lola illustre avant tout le paradoxe d’un pays capable de contrôler jusqu’au moindre cabanon dans votre jardin, mais qui laisse entrer sur son territoire, sans véritable vérification, des dizaines de milliers d’individus potentiellement dangereux, issus de pays dépourvus de système psychiatrique fonctionnel et livrés à eux-mêmes dans nos rues. Aucun principe de précaution. Rien.
En réalité, cela n’a rien de paradoxal, non. C’est caractéristique d’un État couard et félon. On surveille ceux qui respectent les règles, parce qu’ils sont faciles à atteindre, dociles, prévisibles. On contrôle le pavillon, la haie, la déclaration d’impôts du type qui paie tout au centime, pendant qu’on ferme les yeux sur ceux qu’on ne saurait ni tracer ni contraindre. L’autorité se montre seulement là où elle ne risque rien. Les forts, les violents, les véritables dangers, eux, profitent du vide moral et administratif d’un pouvoir qui n’ose plus se confronter à la brutalité réelle. On préfère humilier les disciplinés que d’affronter les sauvages. Et à force de traquer le citoyen modèle, on finit par le plonger dans la dépression, ou bien, résultat hétérotélique, le forger dans la révolte salutaire.
