Sur le chemin des contes de fées

Il y a deux cents ans, deux frères sillonnèrent les campagnes allemandes afin d’en recueillir les légendes populaires : Les frères Grimm.

La « Deutsche Märchenstraße », route allemande des contes de fées est une attraction touristique créée à l’origine en 1975. D’une longueur de 600 kilomètres, la route s’étend de Hanau, dans le centre de l’Allemagne, à Brême, dans le nord. Elle fête ses cinquante ans !

Originaire d’Allemagne, Luc-Olivier d’Algange, se penche sur le monde légendaire, cet univers supra-sensible qui fascine les petits et les grands et nous délivrent quelques clés de compréhension. Propos recueillis par Frédéric Andreu :

Q : Cher Monsieur, selon vous pourquoi les légendes et autres contes de fée fascinent-ils tout autant les petits et les grands ?

R : La réalité, celle des « réalistes », n’est pas le Réel, qui est toujours plus vaste, plus profond, plus imprévisible. Le monde féerique n’est pas un monde irréel mais un monde qui n’est séparé de nous que par notre manque d’attention. Il n’est pas seulement un gisement dans notre inconscient mais, par une formule d’apparence paradoxale, un « supra-sensible concret » avec lequel, en certaines circonstances heureuses, il nous est possible d’entrer en contact. L’inconscient, fût-il « collectif », ne suffit pas à expliquer la persistance de ce monde qui, certes, se reflète en nous mais n’en possède pas moins sa vérité qui est hors de nous. Henry Corbin parlait d’une imaginatio vera, d’une « imagination vraie », c’est à dire d’un monde imaginal, qui existe bel et bien entre le sensible et l’intelligible. L’accès de ce monde, nous dit la Tradition, est réservé aux Nobles Voyageurs qui laissent derrière eux « l’hypnose du progrès » et le rationalisme sans raison d’être. Retrouver le Réel, c’est retrouver le Merveilleux, se défaire des abstractions où notre époque voudrait nous contraindre à vivre, laisser venir à nous le bruissement des feuillages, les scintillements des cours d’eau, la profondeur mythologique des forêts, – et comprendre que le visible est l’empreinte de l’invisible

Q : Il existe au cœur de l’Allemagne une route des contes de fée. Que vous inspire cette initiative qui fête cette année ses cinquante ans ?

R : Ce trajet, dont vous remarquez qu’il passe par ma ville natale, me fait signe. Il n’y a rien de plus vain que de croire au hasard. C’est lorsque nous répondons aux sollicitations des fées, que nos pas, avec sûreté, nous conduisent là où nous devons être pour quelque rendez-vous dont nous ignorons encore le lieu et l’heure. Sans entrer dans la fameuse dispute janséniste, et sans en conclure théologiquement, je gage que, d’une certaine façon, tout est écrit, – même si, dans notre aventure humaine, nous croyons l’écrire au fur et à mesure. Notre libre-arbitre demeure, dans le présent, sans altérer la certitude que, si nous écrivons notre destin, enfin – à la fin des temps qui nous sont impartis – il sera écrit, et l’est déjà dans cette dimension du temps qui, pour lors, nous échappe encore. Il me semble ainsi que l’Allemagne occultée, l’Allemagne « fantastique », celle qu’évoquait Marcel Brion, est en attente. Alors, faisons des Romantiques allemands – Hölderlin, Novalis, Hoffmann, Chamisso, Jean-Paul Richter et les autres – nos guides et une chance nous sera offerte d’être « tels qu’en nous-mêmes l’éternité nous change », le plus simplement du monde, sur le chemin, dès l’aube. Les mots tant galvaudés, redeviendront dans le silence du matin, ces runes magiques, accordés à la mémoire des pierres. Les villes situées sur le parcours organisent jusqu’en août 2025 des spectacles et animations festives.

Les Musiciens de Brême, place de l’Hôtel de Ville

Q :  Quelle est la légende de Grimm, ou le thème, qui vous parle le plus ?

R : Il me revient ce conte, moins connu, « Les Musiciens de Brême », qui se trouve d’actualité par ces temps euthanasiques, – Le conte nous dit la revanche cocasse et coruscante de ceux dont on ne veut plus, qu’ils soient âne, chien ou chat : autrement dit : les poètes.