Trésors de notre Antiquité – Le mécanisme d’Anticythère

Au printemps 1900, des pêcheurs d’éponges grecs, pris dans une tempête, cherchent un abri sur la petite île d’Anticythère. Profitant d’une accalmie, l’un d’entre eux, équipé d’un scaphandre, découvre par hasard une épave antique. Ce qu’il va alors remonter du fond des mers bouleversera à jamais nos connaissances sur la Grèce antique.

Lorsque Elias Lykopantis remonte, il explique à ses camarades qu’il a vu des hommes nus et des chevaux. Ce qu’il vient de découvrir par hasard est l’épave d’un navire marchand antique dont le chargement considérable – 300 tonnes – recèle, outre des centaines d’amphores, de la monnaie, des instruments chirurgicaux et de très nombreuses statuettes et statues, dont le superbe Éphèbe d’Anticythère.

À l’automne, les pêcheurs signalent leur découverte au gouvernement grec, qui s’empresse aussitôt d’y envoyer des navires de guerre et des archéologues. Les opérations de renflouement vont durer près d’un an.

Photo de l’exploration réalisée en 2024 par l’École suisse d’archéologie grecque

Ce n’est qu’en mai 1902 qu’un agglomérat étrange attire l’attention de l’archéologue Valérios Stàis. Il discerne, malgré la gangue marine, ce qui ressemble à un mécanisme complexe fait d’engrenages – 3 pièces principales et près d’une centaine de fragments – portant des inscriptions en grec ancien. Dès 1905, l’allemand Albert Rheim y voit un calculateur astronomique.

Le mécanisme dormira sur une étagère pendant un demi-siècle, avant d’être soigneusement étudié par l’américain Derek de Solla Price. Puisqu’il est impossible de dégager l’entièreté des fragments sans les détruire, l’objet est passé aux rayons gamma et à la radiographie. Dans son étude, l’Américain estime que le Mécanisme d’Anticythère est bien un calculateur astronomique complexe, avec sa vingtaine de roues dentées, ses axes, ses tambours, ses cadrans et ses aiguilles mobiles !

Dès lors, l’ingéniosité et la technologie du mécanisme d’Anticythère ne cesseront de passionner chercheurs et grand public. En 2005, un consortium scientifique international, le Antikythera Mechanism Research Project (AMRP) relance l’étude de l’objet au moyen d’outils de pointe. Tomographie à rayons X, photographie à éclairage contrôlé, scanne 3D haute résolution, le mécanisme d’Anticythère va enfin révéler ses secrets.

Le mécanisme d’Anticythère est une machine très complexe comportant à l’origine 37 engrenages et deux cadrans principaux dont l’organisation est la suivante : La face avant affichait un calendrier luni-solaire de 365 jours et les signes du zodiaque avec les positions de la Lune et du Soleil, ainsi que les phases de la Lune et son ellipticité grâce à un mécanisme différentiel. La face arrière comportait deux cadrans en spirale dont le premier indiquait le cycle de Méton synchronisant ses 235 lunaisons. Le second prévoyait toutes les éclipses de Soleil et de Lune selon le Cycle de Saros.

Très récemment, en 2022, deux chercheurs grecs ont calculé la mise en service du mécanisme avec une remarquable précision : le 23 décembre 178 avant J.-C. Mais le mécanisme – exposé au musée archéologique national d’Athènes – pourrait être antérieur, conçu soit à Syracuse dans l’école du célèbre Archimède ou même à Alexandrie, où le musée représentait depuis le début du IIIe siècle av. J.-C. un véritable centre de recherche scientifique et intellectuelle. Quoi qu’il en soit, le mécanisme d’Anticythère découvert par le hasard d’une tempête – ou par la volonté de Poséidon ? – est un extraordinaire exemple de l’avancée technique atteinte par les Grecs de la période hellénistique qui fascine encore aujourd’hui.