Sortir de la caverne de Platon républicaine

Le 14 juillet est, pour un nationaliste authentique, plutôt un jour d’obsèques nationales que de fête nationale.

On attend d’une fête nationale célébrée annuellement qu’elle nous rappelle un événement national grandiose, fondateur, épique, natif ; or l’épisode révolutionnaire, s’il a sans doute été grisant à vivre et porteur d’espoirs sincères chez les esprits les plus naïfs ou les plus romantiques, n’en a pas moins semé les graines mortelles qui n’ont pas manqué de donner ensuite des récoltes empoisonnées qui jusqu’à aujourd’hui nous rongent et nous tuent à feu doux.

La Révolution a-t-elle été entièrement mauvaise ? Sans doute pas et il était urgent, nécessaire, moral même de rétablir certains équilibres, de rénover certaines dignités et d’en finir avec d’évidents abus. Mais l’école de pensée contre-révolutionnaire nous l’enseigne : la plupart de ces améliorations étaient possibles sans en passer pour autant par une révolution aussi furieusement iconoclaste, sanguinaire et nihiliste. Ce qu’a fait cette Révolution, c’est raser complètement la maison commune au prétexte qu’un robinet fuyait dans la salle de bain.

Dans mes jeunes années, les festivités du 14-juillet me faisaient plaisir car la profusion des drapeaux tricolores me donnait à croire qu’on fêtait réellement la France. La lecture, ensuite, de Maurras, de Bonald, de Le Play, de Bourget, de Montesquiou, m’a réveillé et arraché des griffes de ce doux rêve reposant mais trompeur.

Pour un Français ayant fréquenté l’école de la République dans les années 80 et 90, il est très difficile, pour ne pas dire quasiment impossible de s’extraire de cette caverne de Platon. En sortir tout de même, au prix d’un douloureux et pourtant nécessaire effort intellectuel, s’apparente à une deuxième naissance politique. Une renaissance qui, en vous rapprochant de la Vérité partagée par si peu de gens, vous éloigne de la masse des rêveurs, des endormis, des otages.

Je me console en me disant que la plupart de nos contemporains célèbrent le 14-juillet non pour ce qu’il est, à savoir un jour de deuil, mais pour ce qu’ils pensent qu’il est, en l’occurrence un jour de fête nationale. Ils se trompent mais d’une erreur de bonne foi. À nous de faire le travail nécessaire pour les sortir de la caverne républicaine mensongère, à nous de leur faire prendre conscience que ce qu’ils prennent pour un feu vivifiant est en réalité un incendie meurtrier.

Jonathan Sturel