Le Rassemblement national s’est perdu en chemin en confondant le moyen et l’objectif. La dédiabolisation devait être le moyen, pas l’objectif. Cela devait servir à faire tomber quelques obstacles et rassurer les Français pour ensuite faire avancer des points de doctrine de la droite nationale. Au lieu de cela, maintenant qu’il est dédiabolisé, le RN ne cherche absolument pas à faire avancer des points de doctrine alors qu’il a désormais l’assise et l’exposition médiatique pour le faire. Pis, il rejoint ceux de ses adversaires historiques, se plaçant ainsi éternellement dans une posture de suiveur et de rallié de la dernière heure au lieu de s’imposer comme une force d’initiative et de bousculement, ce qu’il pourrait tout-à-fait être maintenant, ce qu’il devait être. Il est dédiabolisé, et cela lui suffit. Or si nous avons accepté de jouer le jeu c’est contre la promesse que cette dédiabolisation serait un moyen, pas un objectif. Hélas les cadres du parti ont pris goût à leur nouvelle condition de dédiabolisés. Maintenant qu’on les invite partout pour donner leurs avis sur tout, ils se sentent appartenir à une sorte d’aristocratie médiatique et ne veulent surtout rien faire qui pourrait les en faire exclure. Ils se disent que pour en arriver là ils ont dû beaucoup ramper devant l’adversaire et que ce serait dommage que tous ces efforts aient servi à rien. Alors au lieu d’ouvrir la trappe du cheval de Troie pour s’emparer de l’ennemi, ils préfèrent la laisser fermée et rester à l’intérieur de la structure pour conserver leur droit d’être invités à la fête. La dédiabolisation du RN est un cas probablement unique dans l’histoire où une vaste opération d’entrisme a parfaitement réussi… pour n’être finalement jamais exploitée par les concernés.
Jonathan Sturel
