Président des océans

Nous sommes dans une société qui est complètement détraquée…

Suite au meurtre de Mélanie, la réponse du gouvernement est pathétique. C’est la mise en scène de son impuissance. Le « certains préfèrent brainwasher… » d’Emmanuel Macron est une tache indélébile. Et il faut bien comprendre la mécanique. Il a utilisé cette expression révélatrice avec un anglicisme édifiant, en désignant ceux qui cherchent à brainwasher, donc à opérer un lavage de cerveau. En fait, il veut nous dire par-là qu’il parle « global ». Il truffe ses expressions de mots appartenant à la sphère globish, attestant ainsi qu’il appartient à ce petit milieu des quadras business-analystes. Il est dans sa bulle sémantique. Il est dans son monde. Il est dans un autre monde que le nôtre. Il est dans un monde sans frontières qui est celui de Davos. Il sera jusqu’au bout le « young global leader », un « startuper » dit-il. Et en fait il veut faire de la France une nation startup expérimentale, océanique, à sa manière. Il préfère Manhattan à Rocamadour, il préfère Davos ou Bruxelles à Vesoul. En fait il appartient à une patrie cosmique des « global shephers », les façonneurs mondiaux. Et il aspire à la parousie d’un océan sans plastique, c’est son dessein, il l’a dit sur France 2 devant Madame Salamé, avec une image de la mer en fond d’écran. Il a dit avec le plus grand sérieux du monde, les yeux dans les yeux avec cette présentatrice, « je veux un océan sans plastique ». Il préfère un océan sans plastique qu’une France avec des Français de souche. Il est aussi dans sa bulle sociologique, parce qu’il parle comme l’hyperclasse mondialisée. Elle parle comme ça, elle jette son bilinguisme méprisant, arrogant, aux « Bodin’s » qui sont dans leur jardin à soigner leur carré de poireaux, donc quand ils entendent « brainwasher » c’est le choc, là il y a la distance entre les « élites » et le peuple. Cette hyperclasse mondialisée qui se moque des fins de mois, s’intéresse à la fin du monde. Elle est « climatophile ». Elle ne veut pas de frontières, elle veut un marché planétaire de masse, et il y a un lien entre les deux. Un ami qui est dans la macronie m’a dit un jour « tu ne comprends pas Emmanuel, il est disruptif ». C’est le président qui veut disrupter la France. Il s’intéresse aux hauts fonds plutôt qu’aux bas-fonds où croupissent les petits blancs, les gwers comme certains disent. Il veut disrupter c’est-à-dire qu’en fait il est davantage intéressé par la ressource halieutique que par les Français de souche. Je ne sais pas si vous l’avez entendu, il l’a dit, que demain on risque de ne plus avoir de requins et de maquereaux. Ce qui pour un président de la République française est très embêtant ! Beaucoup plus que s’il avait dit que demain il n’y aura peut-être plus de Français. Parce qu’on est submergés, mais il ne veut pas entendre parler de ça puisqu’ils parle d’invasion du plastique. Et enfin il est dans sa bulle idéologique. Et ça c’est le plus important pour moi. Il est dans une hiérarchie inversée. Il n’a pas été élu pour sauver les poissons et les océans, il a été élu pour s’occuper des Français et nettoyer les quartiers. Donc là il y a une erreur de casting majeure, qu’on n’avait pas vu arriver, il est temps de s’en apercevoir. Et cette hiérarchie inversée, en fait, convient parfaitement à la gauche. En fait la pensée de Macron sur les océans, c’est la pensée de l’extrême-gauche. Et il y a ce lien entre l’anti-France et la post-France qui pensent la même chose. Ils pensent que le climat vaut d’en finir avec la croissance, c’est le Pacte Vert, ils sont tous d’accord là-dessus. Ensuite ils pensent que la question migratoire et la question sécuritaire sont des questions secondaires, fantasmatiques agitées par les populistes. Et ils ne voient pas la nappe de sang qui s’étend. En fait, ils pensent à l’océan des larmes de sel mais ils ne pensent pas à l’océan des larmes de sang. C’est-à-dire qu’ils sont hors de la France. Macron avec son histoire d’océans, il a quitté la France. Qu’a fait Emmanuel Macron ? Il a fait la morale aux Français, en leur disant vous pensez de travers, vos priorités ne sont pas les bonnes. Et il a ajouté moi ma priorité, la question centrale de mon mandat finissant, c’est le climat. Là on peut se dire qu’il est déconnecté. Il n’est plus dans le réel. Il n’est plus dans le même océan, plus dans les mêmes eaux. il n’entend pas le cri d’appel, le cri de détresse qui monte de tout le pays. Il ne voit pas le long cortège des âmes suppliantes qui lui disent Monsieur le président protégez-nous, faites en sorte que la peur change de camp, on n’est plus chez nous, on veut retourner chez nous, rendez-nous la France… Pas de réponse. Silence. La main en visière, parce qu’il y a des mouettes qui meurent en mer. Il s’en fout. Quand je vois qu’Emmanuel Macron insulte les Français qui souffrent, qu’il qualifie les drames récents de « faits divers », c’est insupportable, c’est monstrueux. S’il n’essuie pas les pleurs des familles de victimes, c’est qu’il n’est plus à sa place, qui est en principe celle du souverain magistrat. Dans l’histoire de France, y compris l’histoire récente, quand un président sent que le pays lui échappe et qu’il y a une distorsion entre lui et son peuple, il s’en va. Alors moi je m’adresse au président de la République en lui disant ceci, Monsieur le président, vous voyez bien l’état du pays, il n’y a plus d’obéissance d’assentiment, vous souffrez de ce qu’on appelait à Rome l’odium plebis, la haine du peuple, vous n’avez plus la main, alors il faut partir. L’océan vous attend. En fait vous n’êtes plus dans la fonction. J’ai vu ça le jour où vous avez nommé votre meilleur ami à la tête du Conseil constitutionnel et j’ai pensé à l’empereur Caligula qui avait nommé son cheval consul. C’est la fin, il faut partir. En fait il faut que vous donniez à vos rêves d’altitude océanique leur plein essor, pour que votre « intelligence du monde » soit à sa juste place. Quand vous êtes arrivé, on vous a confié la souveraineté nationale, vous avez voulu en faire une souveraineté européenne, et maintenant vous n’avez plus de pensée que pour les océans, vous voulez passer de la souveraineté européenne à la souveraineté océane. Moi j’ai une place pour vous, Monsieur le président, une place à créer : président des océans. »

Philippe de Villiers