Dans une connivence entre la gauche radicale et l’extrême-centre, c’est une redéfinition complète de la démocratie qui a cours, pour la vider de sa référence au peuple, parce que tout ce qui relève de la souveraineté populaire théorique (théorique car en réalité le peuple n’a jamais été souverain, voir sur ce sujet nos articles présentés sous le titre Ne plus être dupe sur la démocratie et la République) est pour ces faux démocrates, inquiétant. Ils lui préfèrent les autorités administratives, le gouvernement des juges (le « premier juge de France », Christophe Soulard vient de s’alarmer de la montée d’un « populisme anti-judiciaire » dans un entretien sur Mediapart). Mais quand on a perdu l’estime du peuple, il ne faut pas venir s’en plaindre. Ils arguent qu’il faut se méfier de ceux qui associent la démocratie à la figure du peuple, que les juges sont probablement davantage démocratiques que des représentants élus parce que les juges représentent le « contrat social » qu’ils placent au-dessus des « humeurs vagues de l’électorat ». Ces gens qui ont perdu leur pseudo-magistère moral et le monopole de la parole, qui n’acceptent la liberté de parole que pour leur propre expression, veulent reprendre le contrôle du débat public, face à ceux qu’ils estiment s’être emparés de la démocratie et de la notion de souveraineté populaire, qui auraient détourné ces concepts (alors qu’ils ne font que les comprendre et les vouloir dans leur forme véritable), et contre lesquels il faut donc instaurer une vigilance du langage et poursuivre sans relâche les « voleurs de mots » et les « trafiquants d’idées ». Cette aspiration pour une police des idées dans la vie publique n’est pas nouvelle, nous vivons sous son empire depuis cinquante ans.
