A la faveur de la guerre illégitime engagée par le pouvoir atlantiste à travers son pion ukrainien contre la Russie et Vladimir Poutine, il n’est pas inutile de rappeler ces treize recettes indémodables et éprouvées pour venir à bout d’un adversaire s’opposant à l’hégémonie impérialiste du Système occidental.
1) D’abord conduire une campagne médiatique de longue durée destinée à le dénigrer systématiquement, lui et son action. Ne diffuser par exemple dans les médias occidentaux que ses propos ou ses initiatives les plus provocants du point de vue de l’idéologie dominante, mais passer sous silence leur contexte et d’une façon générale tous ses autres arguments ou déclarations.
2) Présenter systématiquement le dirigeant visé sous les traits d’un extrémiste, d’un antisémite ou d’un tyran psychopathe.
3) Passer sous silence les réalisations du gouvernement en cause et ne médiatiser que les « violations des droits de l’homme » ; passer sous silence que des gouvernements alliés de l’Occident, dans la région, font la même chose ou pire.
4) Demander à des universitaires, des intellectuels ou des « philosophes » d’illustrer par des démonstrations érudites – qui seront médiatisées – que cette personne incarne les plus mauvaises traditions de son peuple (ou de sa religion) et que ce pays a toujours eu des penchants pour le fanatisme.
5) Accuser le gouvernement visé de disposer de la plus grande armée du monde ou d’armes de destruction massives et de vouloir les utiliser contre les occidentaux et leurs alliés.
6) Refuser de reconnaître qu’il est élu démocratiquement, laisser entendre qu’il a fraudé ou intimidé les électeurs dans les élections et les référendums où il remporte la majorité (on peut aussi désigner des « observateurs » dont la mission consistera soit de se faire refouler à la frontière – preuve que le régime a des choses à cacher – soit de rapporter en les grossissant certaines anomalies inévitables).
7) Lui trouver un adversaire politique qui incarnera les vraies valeurs « occidentales », aider financièrement cet adversaire et médiatiser au maximum son action, surtout s’il est inconnu dans son pays (c’est en général le cas). Présenter « l’opposition » au régime comme une force montante. Donner une tribune à des opposants autoproclamés en exil qui pourront déverser sur le dirigeant visé les accusations que ne pourraient normalement reprendre à leur compte les gouvernements occidentaux ; veiller à ce que leurs propos soient généreusement diffusés dans le pays visé (via une radio libre ou via internet).
8) Fomenter des troubles, des grèves et des attentats (les services de renseignement occidentaux savent faire cela très bien) pour donner à penser que la population est entrée en dissidence contre le gouvernement et si possible radicaliser l’action du gouvernement (il est possible d’organiser une mutinerie de l’armée ou des forces de sécurité, du meilleur effet, surtout si elle est vigoureusement réprimée) ; médiatiser largement ces troubles, surtout lorsqu’ils ne concernent qu’une infime partie de la population.
9) Donner une image systématiquement répressive de l’action des forces de l’ordre du pays en cause ; affirmer que la répression est féroce et qu’un génocide se prépare (utiliser pour cela les déclarations de n’importe quelle ONG ; l’assassinat d’un « journaliste » occidental ou pro-occidental est aussi très utile).
10) Faire condamner le gouvernement visé par des instances internationales et lui infliger des sanctions économiques (embargo, blocus, restriction du crédit, refus de visas) ; il importe que les sanctions soient prononcées par des instances les plus internationales possibles pour suggérer l’isolement du pays en cause.
11) Déclencher une « intervention » militaire, toujours internationale (au nom par exemple de l’ONU, de l’OTAN, de l’Union Européenne ou de toute organisation régionale), au prétexte d’éviter une « catastrophe humanitaire » ou de « libérer » un peuple de son tyran. Donner un nom de code emblématique à ces opérations militaires et éviter autant que possible le mot « guerre » . Bombarder massivement les infrastructures du pays en cause en déclarant que l’on conduit des « frappes chirurgicales » et que l’on vise non pas le peuple victime mais uniquement son dirigeant ; médiatiser les images de populations en liesses accueillant leurs « libérateurs » (mais éviter celles des ruines et des destructions).
12) Installer un nouveau gouvernement « ami » des occidentaux, qui jugera et condamnera si possible à mort l’ancien dirigeant et ses « complices » : il en portera donc seul la responsabilité.
13) S’approprier par des traités ou des marchés inégaux les richesses naturelles du pays visé ; obliger à l’ouverture des frontières commerciales. Installer des bases militaires occidentales permanentes en application d’un traité d’amitié et d’assistance. Rééduquer la population dans le sens de l’idéologie occidentale.
Ce mode d’emploi a été préconisé et appliqué depuis 1945 à l’entière satisfaction de ses utilisateurs, jusqu’à présent. Mais aujourd’hui, l’adversaire est d’une autre taille.
