Le dernier carré de fidèles

C’est désormais bien établi par la recherche historique. Avec l’objectif de contrecarrer la position de la Russie tsariste sur le continent européen et faire tomber le régime impérial russe, l’Allemagne de Guillaume II instrumentalisa l’activisme communiste, en la personne de Lénine, qu’elle financera pour l’introduire en Russie comme on introduit le bacille de la peste. On peut dire que le franc succès de l’opération a dépassé toutes les espérances de l’état-major allemand. Mais ce jeu a rapidement montré ses dangers. Il n’y a ni télévision ni Internet à l’époque, Soljenitsyne n’a pas encore écrit, mais les informations n’en circulent pas moins en Europe, et ailleurs, sur l’entreprise bolchevique et le totalitarisme qu’elle met en œuvre en Russie, le massacre du Tsar et de sa famille, les arrestations, les exécutions, l’instauration du goulag, ce slogan que l’on voit sur les murs de Moscou, « D’une main de fer, acculons l’humanité au bonheur ! »… Nombreux sont les gens, et non seulement dans les représentations diplomatiques, qui par relations, par le voyage, savent et voient le danger d’une propagation du communisme au reste du monde. Evguéni Zamiatine publie en 1921 (bien avant Huxley et Orwell donc) son roman Nous Autres, dystopie décrivant un futur totalitaire particulièrement sinistre ; il n’aurait pas pu l’imaginer s’il avait pas été un contemporain de la révolution de 1917 et de ses conséquences dans son pays.

Après 1917, les informations sur les horreurs perpétrées en Russie par les bolcheviques affolent durablement l’Allemagne, qui se rend manifestement compte du danger communiste pour elle-même (avec l’activisme des Spartakistes, de bourgeois juifs révolutionnaires tels que Rosa Luxemburg), et pour l’ensemble de l’Europe. L’Allemagne et ses nouveaux dirigeants, avec l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler, savent de quel foyer est née l’idéologie révolutionnaire rouge qui est à l’œuvre à l’Est. Ce foyer qui a trouvé en les États-Unis un protecteur, qui est allié de l’Angleterre depuis Elizabeth Ier et Cromwell. L’Allemagne réalise quel « monstre de Frankenstein » a imprudemment nourri le précédent pouvoir allemand (même s’il faudra momentanément figer la menace à l’Est par le pacte Molotov/Ribbentrop). Cette propagation du bolchevisme et son foyer-racine, il va falloir s’y opposer et les stopper. C’est la clé de voûte de toute la politique qui sera mise en œuvre par l’Allemagne au service des peuples d’Europe jusqu’à la défaite de 1945. Bien sûr, tous ne le comprennent pas, le communisme a déjà essaimé hors d’URSS par l’action du Komintern, il a ses partisans dans les Balkans avec Tito, et ailleurs avec d’autres leaders. Mais d’autres voient bien le danger que représente le bolchevisme, et l’Allemagne pourra compter sur des combattants volontaires venant de nombreux pays d’Europe. Et parmi eux, la 33e division SS de grenadiers volontaires Charlemagne dite Division Charlemagne, l’une des 38 divisions de la Waffen-SS qui sert durant la Deuxième Guerre mondiale. Elle est constituée de Français volontairement engagés sous l’uniforme Waffen-SS pour combattre le bolchevisme. Elle sera le dernier carré d’une Europe qui va mourir.

Au printemps 1945, quelques centaines de ces français, rescapés du piège de Poméranie où leurs camarades ont disparu dans des combats extrêmement durs, se voient offrir la possibilité d’abandonner le combat pour rejoindre un bataillon de travailleurs. Nombreux sont ceux qui décident de poursuivre la lutte jusqu’à la fin et prêtent à nouveau le serment de servir « avec fidélité et bravoure jusqu’à la mort ». 

Sur un ordre de la Chancellerie, trois cents d’entre eux seront dirigés sur Berlin et parviendront à rejoindre la capitale du Reich, au moment même où les forces soviétiques referment leurs tenailles sur la ville que les volontaires français traversent en chantant au milieu d’une population stupéfaite.

Les hommes du bataillon d’assaut Charlemagne parviennent à reprendre quelques pâtés de maisons, mais doivent se replier pour n’être pas encerclés. Ils sont alors organisés en commandos d’intervention contre les chars pour défendre les grandes artères qui mènent à la porte de Brandebourg et au Bunker de la Chancellerie où Adolf Hitler vit ses dernières heures. 

Dans une ville en ruines qui n’est plus défendue que par des vieillards et des enfants du Volkssturm et de la Hitlerjugend, il ne reste que quelques unités allemandes démantelées. Pendant une terrible semaine d’héroïsme, de bruit et de fureur, du 24 avril au 2 mai, la poussée des forces bolcheviques vers le centre de la capitale sera enrayée par les volontaires européens de la Waffen SS, notamment les Baltes, les Hollandais, les Britanniques, les Norvégiens et les Danois de la division Nordland, ainsi que les Français du bataillon Charlemagne qui ont, à leur tête, un Haupsturmfürher de 26 ans, Henri-Joseph Fenet.

Après avoir mis plus de soixante chars russes hors de combat, ils seront les derniers à se battre encore au matin du 2 mai 1945, lors de la capitulation des forces allemandes. Sur les trois cents Français, partis « mourir à Berlin » le 24 avril, il n’en reste plus qu’une trentaine qui voient s’écrouler l’univers national-socialiste dans le décor même du crépuscule des dieux.

L’histoire confirmera partout dans le monde le fléau qu’a constitué le communisme au XXe siècle (100 millions de morts), le rôle néfaste des Occidentaux alliés dans le soutien qu’ils lui ont apporté contre l’Allemagne, et la juste cause de tous ceux qui se sont dressés face à lui.

Écusson de la Division Charlemagne

« Nous n’allons pas chercher en Orient nos racines comme le font les chrétiens qui ainsi trahissent leurs ancêtres et leur sang. La Foi du Nord, c’est d’abord la fidélité à notre sang. Nos ancêtres n’étaient pas des bergers sémites, mais des guerriers indo-européens, descendants eux-mêmes des grands chasseurs de la plus lointaine préhistoire de l’Europe. Nous n’allons pas chercher au-delà des étoiles des raisons de croire et d’espérer ; c’est sur ce monde que nous portons notre attention et notre dévotion. La Foi du Nord, c’est aussi la fidélité à la terre. » – Henri-Joseph Fenet (Croix de Fer 2è et 1ère classe, Insigne des blessés, Croix de Guerre, Croix du Combattant, Croix de Chevalier de la Croix de Fer, condamné après la défaite à 25 ans de travaux forcés par les Alliés).