Comment ne pas être fasciste !…

L’affirmation ne sera une provocation que pour les ignorants, les manipulés et les déconnectés de la réalité contemporaine. Comment ne pas l’être en effet si l’on est doté de bon sens et d’un minimum d’intelligence ?

Dans une édition de l’émission radiophonique satirique Le Tribunal des Flagrant Délires restée célèbre, « La journée d’un fasciste », l’excellent humoriste Luis Rego, militant gauchiste qui pour ces raisons avait dû fuir son Portugal natal mais qui pour autant n’était pas dénué de lucidité sur notre époque, dans le rôle d’avocat de la défense de Jean-Marie Le Pen présent dans le box des accusés, disait dans son intervention à propos de son client et de la société actuelle : « Mais je suis sûr que vous vous demandez comment un nazi peut vivre heureux au milieu de cette pagaille ? ». Très difficilement, tant l’état de putrescence dans lequel les vainqueurs de 1945 ont placé notre société, est contraire à ses aspirations. D’où son désir ardent de rétablir les choses dans la normalité, de nettoyer les écuries d’Augias.

Nous allons citer Maurice Bardèche dans Qu’est-ce que le fascisme ? (1961), et nous y ajouterons quelques commentaires personnels mis entre parenthèses. Chacun pourra reconnaître dans ses description critiques de la démocratie l’horrible situation dans laquelle nous vivons soixante ans après la rédaction de son essai. Dans un pays normal et homogène, cet essai devrait figurer au programme de tous les écoliers et offert à chaque famille par le gouvernement. Mais nous ne sommes pas dans un pays normal.

Maurice Bardèche explique qu’une conduite autoritaire de la nation et une discipline, quel que soit le personnel politique qui se trouve alors en place (il donne en exemple la limitation des libertés par les Romains, par la Convention révolutionnaire à l’époque de « la patrie en danger ») est nécessaire en période de crise. Cette conduite autoritaire de la nation que les peuples acceptent et qu’ils réclament même parfois dans des périodes de crise peut-elle devenir une méthode habituelle de gouvernement, une fois que le danger est passé ? Le fascisme consiste à répondre affirmativement à cette question. Les partis fascistes pensent que c’est l’abus habituel de la liberté qui prépare les périodes dangereuses pendant lesquelles l’indépendance et la vie de la nation sont en péril. Comment leur donner tort quand on voit l’avancée dans nos sociétés de l’africanisation et de l’islam conquérant, ouvrant sur un avenir dangereux pour notre identité et notre civilisation, parce que des gouvernants inconscients, naïfs, ignares, indifférents, malveillants, on ne sait lequel de ces moteurs les anime, peut-être une combinaison d’entre eux, ont laissé faire cette progression. Les fascistes pensent qu’il faut prévenir le retour de ces périodes de crise en acceptant normalement une certaine discipline nationale. Ils pensent aussi que les conditions actuelles de notre vie politique mettent tous les pays en état de péril permanent et que les mesures propres à assure leur indépendance et leur salut doivent être prises dès maintenant, si l’on ne veut pas être désarmé au moment où surgira le danger.

Le fascisme est, d’abord, une médecine empirique qui naît de la crise elle-même ou de la menace de la crise. C’est ainsi qu’il a surgi dans tous les pays du monde et c’est pourquoi il a des visages si divers. Les trois fascismes du XXe siècle, Italien, Allemand, Espagnol, seront une réaction contre la menace de l’extension bolchevique sur leurs pays et sur l’Europe. Cette réaction de défense emprunte sa forme et son inspiration à l’image que les hommes les plus conscients et les plus vigoureux de chaque pays se font de leur passé et du génie de leur race. Tout fascisme est réaction par rapport au présent et toute réaction fasciste est résurrection nous dit Bardèche. Le fascisme est donc, par son essence, nationaliste, ses aspirations profondes sont souvent intraduisibles pour les étrangers, il est parfois inexportable.

Ici le général de la Wehrmacht Philipp Kleffel saluant des volontaires espagnols de la División Azul combattant sur le front de l’Est contre Staline. Ces hommes lucides et sensés avaient compris l’importance de l’opposition à l’avancée du bolchevisme sur l’Europe. Aujourd’hui, le communisme faisant partie des vainqueurs de 1945, les dictionnaires, très malhonnêtement, occultent ce point fondamental et salvateur de l’Europe, pour ne faire du fascisme qu’une présentation qui le diabolise en le qualifiant uniquement de régime autoritaire (Larousse : Qui impose une autorité arbitraire, dictatoriale et violente à son entourage. Abréviation populaire : facho)

Le fascisme oppose à l’image de l’homme que se fait la démocratie une autre image, à la conception de la liberté que revendique la démocratie une autre conception. Les démocraties ne mettent pas d’autre limite à la liberté que l’interdiction de nuire à autrui. Elles ont mis peu de temps à découvrir que, sans nuire à autrui, on pouvait nuire au gouvernement : et leurs codes fourmillent de délits politiques. Mais elles n’ont jamais consenti à reconnaître que, sans nuire à autrui individuellement, on pouvait nuire à la nation toute entière par l’abus de la liberté. Le fascisme oppose à cette conception anarchique de la liberté une conception sociale de la liberté. Il ne permet pas ce qui nuit à la nation. Il permet tout le reste. Il est faux de croire qu’il est dans l’esprit du fascisme de limiter la liberté individuelle ou la liberté de pensée. Rien n’est changé à la vie de chaque jour quand un pays devient fasciste : contrairement à la phrase fameuse, quand on sonne à sept heures, c’est le coup de sonnette du laitier. Mais le fascisme ne permet pas à quelques-uns de se tailler des empires en s’emparant de l’esprit des niais. Le public n’est pas un étang où l’on peut pêcher toute l’année et où ses flibustiers bien équipés ont le droit de ramener des fortunes dans leur nasse. Chacun peut penser ce qu’il veut et le dire. Mais le détournement des volontés doit être dans un pays bien policé puni au même titre que les vols d’électricité. Il n’est pas raisonnable que les lois protègent nos lapins et ne protègent pas nos cervelles.

La liberté anarchique de la démocratie n’a pas seulement permis le détournement de la volonté populaire et son exploitation au profit d’intérêts privés, elle a eu un résultat plus grave encore. Elle nous fait une vie ouverte de toutes parts à toutes les inondations, à tous les miasmes, à tous les vents fétides, sans digue contre la décadence, l’expropriation et surtout la médiocrité. Elle nous fait vivre dans une steppe que tout peut envahir. Il n’y a qu’un mot d’ordre purement négatif : défendre la liberté. Mais cette liberté est comme une drogue qu’on boit d’un seul coup, elle est un chrême qu’on reçoit et ensuite l’homme est abandonné dans cette steppe sans défense. Les monstres font leur nid dans cette steppe, les rats, les crapauds, les serpents la transforment en cloaque. Ce pullulement a le droit de croître, comme toutes autres orties et chiendents. La liberté, c’est l’importation de n’importe quoi. Toute la pouillerie dont les autres peuples veulent se débarrasser (on pensera en la matière à ces hordes d’étrangers sous OQTF, ou emprisonnés, que leurs pays d’origine refusent de reprendre), elle aussi a le droit de s’installer sur la steppe sans détour, d’y parler haut, d’y faire la loi et aussi de mêler à notre sang des rêves négroïdes, des relents de sorcellerie, des cauchemars de cannibales qui tapisseront comme des fleurs monstrueuses des cervelles étrangères que nous ne reconnaîtrons plus : l’apparition d’une race adultère dans une nation est le véritable génocide moderne et les démocraties le favorisent systématiquement. Quant à la médiocrité, elle monte comme un empoisonnement insidieux dans ces peuples qu’on gave d’instruction sans jamais leur donner un but et un idéal. Elle est la lèpre des âmes de notre temps. Personne ne croit à rien, tout le monde a peur d’être dupe. L’État démocratique ne distribue de tâche à personne, il ne donne qu’une noix creuse, une liberté sans contenu, sans visage, qu’on dilapide en jouissances miteuses (on a le dernier iPhone !). Chacun est enfermé dans son égoïsme. Et chacun voit avec dégout chez son voisin sa propre image et l’image de son triste bonheur. Et ils regardent avec haine ces miroirs de leur misère.

Le fascisme peut-il être une foi ? C’est un bien grand mot. Aucune image de la cité ne peut remplacer les dieux. Mais le destin des hommes peut encore être une raison de vivre. Si nos vies sont condamnées à la nuit, la joie de construire, la joie de se dévouer, la joie d’aimer, et aussi le sentiment d’avoir fait loyalement notre métier d’homme, sont encore l’ancre à laquelle nous pouvons nous attacher. Ces avenues qu’on se trace pour soi, c’est elles qui ont sauvé les hommes de notre temps qui ne se résignaient pas à la médiocrité et au dégoût. Ces routes de la joie, le rêve fasciste veut les ouvrir à tous les hommes. Il n’y a pas de fascisme véritable sans une idée qui montre à tous les perspectives d’une œuvre grandiose. Et le fascisme véritable consiste précisément à associer toute la nation à cette œuvre, à la mobiliser toute entière pour elle, à faire de chacun de ceux qui travaillent un pionnier et un soldat de cette tâche et à lui donner ainsi cette fierté d’avoir combattu à son rang. L’esprit du fascisme consiste avant tout à pénétrer chacun de la grandeur de la tâche accomplie par tous et à donner ainsi à chacun une joie intérieure, une occupation profonde, un objectif vital qui éclairera transformera sa propre existence. Il est faux de penser que cette idée doit s’exprimer par une politique de conquêtes. C’est la forme facile et vulgaire des grandes entreprises et elle n’appartient plus à notre temps. L’équipement d’un pays, la réalisation d’un ordre social juste et d’un peuple sain, la transformation de nos conditions de vie en fonction du monde moderne, le rayonnement de notre influence et de notre exemple sont des tâches difficiles et belles auxquelles chacun peut contribuer à sa place. Tout est aventure lorsqu’on y met l’esprit d’aventure. Transformer la Corrèze, cela peut être aussi passionnant que d’organiser l’Aéropostale, mais il faut injecter l’idée que c’est une entreprise passionnante. On reconnaît le fascisme à cette mystique de la réalisation que rien ne remplace. C’est un signe d’abâtardissement lorsque le culte d’un homme est substitué à la tâche à accomplir et lorsque la nation n’est plus nourrie que de paroles, d’autorité sans programme, de portraits en guise de principe : elle n’est plus alors qu’un âne qu’un gendarme traine derrière lui.

Le fascisme aboutit ainsi à une autre morale sociale que celle de la démocratie et il cherche à développer un type humain que les démocraties ignorent et combattent.

Le but de l’État fasciste est donc de former des hommes selon un certain modèle (ce en quoi les démocrates ne se sont pas comportés autrement, les Lumières ont revendiqué, sans que cela soit dit aux Français, de créer leur type parfait de citoyen, voir nos articles Philosophie des Lumières, Acte I, Acte II, Acte III). Contrairement aux États démocratiques, les États fascistes n’hésitent pas à enseigner une morale. La volonté et l’énergie dont dispose la nation leur paraissent son capital le plus précieux, ils mettent au premier rang et ils cultivent de préférence les qualités collectives qui forgent l’énergie nationale et la garantissent. Ils cherchent donc à développer comme qualités nationales la discipline, le goût de l’ordre, l’amour du travail, le sentiment du devoir et de l’honneur. Dans la pratique des tâches quotidiennes, ces principes de la morale nationale s’expriment par le sens des responsabilités, le sens de la solidarité, la conscience des devoirs du commandement, le sentiment d’être à sa place dans un ordre accepté et dans une tâche importante. Ces sentiments ne s’enseignent pas dans les écoles par des phrases inscrites au tableau noir. Si l’éducation doit les faire naître chez l’enfant, c’est le régime lui-même qui doit les développer chez l’homme par la justice dans la répartition du revenu national, par l’exemple qu’il donne, par les tâches qu’il propose. La discipline ne naît pas dans l’action par un coup de baguette magique ni en réponse à quelque appel grandiloquent : elle est une marque d’estime que le peuple donne à ceux qui le dirigent, et un régime doit la mériter chaque jour par le sérieux de son action et la sincérité de son amour du pays. La discipline d’une nation est une arme qui se forge comme la discipline d’une armée, c’est entendu, c’est un trésor qu’on doit protéger, mais c’est aussi et c’est surtout la récompense des hommes qui se donnent tout entiers à leur tâche et qui sont eux-mêmes l’exemple du courage, du désintéressement et de l’honnêteté.

Cette cohésion de la volonté nationale n’est possible, d’ailleurs, que dans un pays propre (c’est-à-dire débarrassé des corrompus, des camés, et surtout cette participation de tous n’est possible qu’avec un peuple homogène, pas avec la contradiction d’intérêts du patchwork multiculturel, multiracial, où les blancs sont désarmés par la consommation de drogues, de futilités et de virtualité, et c’est bien pourquoi la démocratie maçonnique – pléonasme – travaille à contrarier l’avènement d’une société fasciste en entretenant son modèle fallacieux du « vivre-ensemble). Aucun régime ne doit être plus soucieux de l’honneur, de l’honnêteté, de la santé morale qu’un régime autoritaire, et il doit être d’abord implacable à l’égard de ses propres dignitaires. C’est ce qu’on n’a pas toujours vu dans le passé. Mais il y a bien d’autres choses encore qu’on n’a pas toujours vu dans le passé. C’est cette exigence vis-à-vis de soi-même qui seule légitime la discipline qu’on demande aux autres d’accepter. Mais la politique de propreté, ce n’est pas seulement cela. C’est aussi l’élimination systématique de tout ce qui décourage, salit et dégoute. Je ne pense pas ici aux publications pornographiques par la suppression desquelles les chaisières et les moralistes croient sauver les nations, mais essentiellement aux fortunes ramassées sans travail, aux réussites injustifiées, aux faisons et aux gredins triomphants dont le spectacle est infiniment plus démoralisant et nocif que celui des fesses des cover-girls. Je ne tiens pas au règne de la Vertu et encore moins à celui de l’ordre moral. Mais je regarde comme une évidence qu’on ne peut demander à un peuple d’aimer son travail et de le faire avec sérieux et avec exactitude que si l’on retire du circuit social tous ceux qui insultent à son travail et à sa conscience par leur manière de s’enrichir.

Ce n’est pas seulement une autre image de la nation, c’est une autre image de l’homme que le fascisme propose. Parmi les qualités de l’homme, il y en a que l’esprit fasciste met au-dessus de toutes les autres, parce qu’elles lui paraissent les qualités mêmes sur lesquelles reposent la force et la durée des États et aussi celles qui permettent à l’homme de donner un sens à sa vie. Ces qualités sont celles qu’on a exigées de tous temps des hommes qui participent à des entreprises difficiles ou dangereuses, le courage, la discipline, l’esprit de sacrifice, l’énergie, vertus qu’on exige des soldats au combat, des pionniers, des équipages en péril. Ce sont des qualités proprement militaires et pour ainsi dire, animales : elles nous rappellent que la première tâche de l’homme est de protéger et de dompter, vocation que la vie grégaire et pacifique des cités nous fait oublier, mais que le danger réveille et toute œuvre difficile où l’homme retrouve ses adversaires naturels : les tempêtes, les catastrophes, les déserts. Ces qualités animales de l’homme en ont engendré d’autres qui en sont inséparables, car elles appartiennent au code de l’honneur qui s’est établi dans le danger : ce sont la loyauté, la fidélité, la solidarité, le désintéressement. Sur ces qualités se sont établis de tous temps les rapports des hommes entre eux aux mêmes heures d’incertitude et d’abandon. Elles constituent un système d’engagements mutuels sur lesquels tous les groupes d’hommes peuvent vivre : le reste de la morale n’est qu’une série d’applications, qui a varié et qui variera toujours selon les temps et les lieux. Mais ces qualités mêmes qui sont fonctionnelles, pour ainsi dire, et que le rêve fasciste tient pour essentielles, elles en développent d’autres à leur tour qui ne sont que le raffinement de ces qualités d’application, qui a varié et qui variera tou-primordiales et qui deviennent essentielles à leur tour, à mesure que l’animal humain est plus conscient de ce qu’il est et de ce qu’il vaut. Ces qualités sont un luxe que les sociétés militaires se donnent dès qu’elles ont pris leur forme et constitué leur hiérarchie. Elles comprennent la fierté, l’exactitude de la parole donnée, la générosité, le respect de l’adversaire courageux, la protection de ceux qui sont faibles et désarmés, le mépris pour ceux qui mentent et au contraire l’estime pour ceux qui s’opposent loyalement. Ces qualités civiques que nous sentons encore palpiter obscurément dans nos cités décadentes ont été l’honneur de ceux qui ont fait, dans le passé, métier de se battre et d’être pleinement des hommes. On les retrouve aussi bien dans les Ordres militaires et religieux que chez les princes sarrazins et les samouraïs. Elles constituent, au fond, le seul code que les sociétés militaires aient reconnu conforme à leur vocation, elles sont l’essentiel de l’honneur du soldat.

Pour une lecture complète, Qu’est-ce que le fascisme ? est aujourd’hui réédité par les Editions Kontre Kultur.