Mystérieuse Islande

L’Islande est à juste titre renommée comme le paradis, la terre du fantastique géologique, avec ses prestigieuses merveilles volcaniques (volcans, geysers), ses paysages insolites où s’opère le mariage tumultueux de l’eau et du feu… Mais la grande île présente aussi des énigmes d’ordre à la fois historique et occulte, et dont la fascination rejoint en vigueur celle de ses prestigieux paradoxes géologiques.

L’île de Thulé – tel est l’ancien nom de l’Islande – était peut-être déjà connue des Phéniciens et, en tout cas, très certainement visitée par les Grecs, puis les Romains. Poser ce problème dans l’Islande antique, c’est poser celui, plus général, des mystérieux Hyperboréens.

Des traditions indiennes, reprises par René Guénon, font état d’une origine hyperboréenne des grandes traditions ésotériques. Thulé, dans son acceptation la plus générale, désignait le premier centre spirituel du présent cycle de manifestation : à l’âge d’or, donc, existence d’une prestigieuse civilisation traditionnelle dans les régions arctiques, sans doute à l’époque de la grande vague géologique de glaciation ; au-delà des grands glaciers se trouvaient de vastes régions mystérieuses, dotées alors d’un climat sans doute plus clément qu’à l’époque classique. (Dans nombre de légendes traditionnelles, nous voyons le paradis terrestre placé dans les régions proches du pôle arctique).

La mystérieuse Hyperborée semble avoir formé un vaste ensemble, s’étendant de l’Alaska à la Sibérie orientale, en passant par le Groenland, l’île de Jan Mayen, l’Islande, le Spitzberg, etc., régions qui sont toutes à considérer comme les vestiges géologiques d’un immense continent où s’épanouissait une civilisation prodigieusement avancée : la civilisation de Thulé.

Un grand cataclysme géologique (consécutif au changement de l’axe polaire, peut-être), bouleversa cet ensemble, entraîna de grands mouvements de populations, et par là, l’expansion des mythes, des rites, des traditions : Bal Gangadhar Tilak, érudit Indien réformateur social et militant pour l’indépendance de l’Inde, a pu montrer que les védas ne peuvent être complètement expliqués que si l’on tient compte d’une origine nordique, hyperboréenne, de ces Livres sacrés des envahisseurs aryens de l’Inde. On touche là du doigt la pertinence de la démarche de recherche archéologique, historique, culturelle, de l’Allemagne sous le IIIe Reich, et son adoption du svastika indien, mais aussi universel présent dans la culture de nombreux peuples à travers le monde, dessin tiré du changement de position de la Grande ourse dans le ciel au gré des saisons.

L’antiquité classique n’a connu que des survivants de l’ancienne « Thulé » : Thulé au sens précis, c’est-à-dire l’Islande actuelle, était encore considérée comme un centre spirituel ésotérique important, bien qu’en voie d’occultation (selon une tradition, les fameux alignements mégalithiques de Stonehenge, en Angleterre, auraient été édifiés entre 3000 et 1100 av. J.-C. avec les pierres provenant de l’ancien sanctuaire de Saturne dans l’île de Thulé). L’Islande se trouve alors désignée sous les noms d’Île de Saturne, île des Quatre-Maîtres, et nous est donnée comme peuplée d’hommes se vouant au culte du dieu solaire, d’Apollon, ce culte solaire ayant peut-être remplacé un culte matriarcal, dominé par des prêtresses-magiciennes (l’Islande est peut-être l’île de Circé, et celle de Calypso, dans les poèmes homériques, dont la géographie n’est pas toujours fantaisiste : Homère connaît très bien, par exemple, l’été perpétuellement ensoleillé et la longue nuit qui alternent dans les régions polaires…). Pour les navigateurs grecs et romains, l’Islande exercera une grande fascination, étant regardée alors comme le point extrême d’un voyage vers le Nord, comme l’ultima Thulé. (On notera en passant que, dès l’époque de Sylla, l’itinéraire transocéanique par l’île du Soleil de minuit était connu de certains marins).

Les Vikings norvégiens découvrent l’Islande en 870 de l’ère chrétienne, s’y établissent et y créeront (avec quelques apports celtiques au cours des siècles) une civilisation originale. Chose curieuse, les « hommes du Nord » trouvèrent l’île absolument déserte, n’y trouvant çà et là, que les traces du séjour, au début IXe siècle, d’ermites venus d’Irlande et qui avaient eux-mêmes trouvé l’île totalement vide d’habitants. Que sont donc devenus, entre la fin de l’antiquité et la fin du moyen âge, les descendants des Hyperboréens avec lesquels entraient en rapport les marins grecs et romains ? L’hypothèse de leur disparition totale dans un vaste cataclysme tellurique (éruption de l’un des volcans islandais, ou de plusieurs à la fois) ; tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée) n’a rien d’incroyable ; les témoignages antiques s’accordent, en effet, à faire des Hyperboréens, tels que les connurent Pythéas (le navigateur grec, de Marseille, auquel est due la première découverte connue de l’Islande) et ses successeurs, une communauté en nombre fort réduit par rapport à l’assez nombreuse population celtique des îles britanniques. On peut aussi concevoir une émigration vers l’Europe septentrionale, ou vers le continent américain, ou ailleurs encore ; mais des annales historiques auraient sûrement révélé ces faits…

Il est une autre hypothèse, la plus fantastique de toutes : les derniers Hyperboréens se sont retirés dans les entrailles du globe, où ils forment dès lors un peuple souterrain, ayant développé une civilisation techniquement très avancée, et, surtout, dotée de la connaissance de puissants procédés magiques (grâce à l’usage d’une force mystérieuse, le vril). Cette idée semble folle à première vue, et pourtant !

On notera les traditions selon lesquelles c’est en Islande (dans le cratère éteint du Snaeffelsjökull, pour préciser) que se trouve une des entrées qui, selon les doctrines secrètes, mènent aux mondes souterrains, à la fois lieux d’initiation (puisqu’on y trouve les anciens centres spirituels disparus autrefois de la surface terrestre) et refuge d’une race humaine (mais distincte des hommes que nous connaissons) qui deviendra peut-être un jour la maîtresse du monde…

En écrivant son étrange roman, La Race qui nous exterminera, Edward Bulwer Lytton (1803 – 1873), initié rosicrucien, se souvenait expressément des traditions islandaises auxquelles il avait pu avoir accès, et que l’on retrouvera au XXe siècle dans les confréries allemandes d’une étrange société secrète initiatique : le « Groupe Thulé » ou « Société du Vril ».

Même Jules Verne succombera à l’attrait des traditions fantastiques de l’ancienne Thulé : au cours d’un voyage fait en Islande dans sa jeunesse, il connaître la tradition selon laquelle l’alchimiste islandais Arn Saknussen aurait jadis atteint le centre de la Terre…

On notera à ce propos le grand développement de l’alchimie en Islande au XVIe siècle et au début du siècle suivant, ce qui s’explique aisément, le champ magnétique terrestre étant incomparablement plus intense dans les régions hyperboréennes qu’aux latitudes européennes courantes (or, c’est l’utilisation directe du champ magnétique terrestre qui fournit l’énergie énorme nécessaire à la réalisation des transmutations alchimiques).

Chose étonnante, les Islandais actuels semblent peu disposés à bavarder de toutes ces traditions curieuses, y compris (et surtout) ce qui concerne l’alchimie en Islande : est-ce dédain des vieilles « superstitions » ? Est-ce, plutôt, désir de ne pas ternir ces grands mystères en les ébruitant à la curiosité étrangère ? Pour notre part, nous serions plutôt enclins à pencher pour la seconde hypothèse, révélatrice d’un souci particulièrement vif de sauvegarder en tous domaines ce qui fait l’originalité d’une terre vraiment exceptionnelle à tous points de vue.