Place Vauban, 6 avril 2025

Comme prévu, la manifestation du RN est un flop. Environ 6 000 personnes se sont déplacées, alors que le temps était idéal et que des cars étaient affrétés depuis les régions. Le RN a laissé le peuple se détruire seul devant sa télévision, et ce depuis des décennies. Depuis quinze ans, Marine Le Pen l’a incité à se taire quand on l’enfermait, le spoliait ou le brutalisait, se rangeant souvent du côté du manche, de l’ordre et des bonnes manières. Elle a cherché à canaliser cette colère vers un seul exutoire : les élections. Cette stratégie a fait du RN le réceptacle d’une colère respectabilisée par les urnes, mais aussi, et surtout, l’acteur central du dressage de la population par les forces qui nous détruisent depuis des décennies.

Maintenant qu’elle est mise hors jeu, Marine Le Pen ne peut même plus compter sur la peur que le peuple inspire aux pouvoirs qui la relèguent au rancart et se préparent à la remplacer. Les Français encore capables de réactions sont aussi ceux qui ont appris à se défendre, à se mobiliser ou à se révolter malgré Marine Le Pen et son parti, et ce depuis des années. Les concessions faites par ce parti pour duper la médiacratie et éviter d’offrir une résistance à l’air fétide qui souffle des lieux de pouvoir, ainsi que la perspective de voir un pur opportuniste incompétent, sans expérience porté à sa tête pour l’exécutif, ne l’empêchent pas de caracoler en tête des sondages. Pourtant, j’ai la conviction que ce n’est qu’un sac de papier gonflé d’air, que des puissances pourraient faire éclater d’un simple coup de main.

Il reste néanmoins porteur d’un espoir, non pas pour ce que la plupart de ses dirigeants en font, mais pour la puissance des attentes – même déçues – qu’il a suscitées. Le RN conserve le potentiel de devenir ce qu’il est sous la croûte de ses dirigeants depuis longtemps : un mouvement de libération populaire. S’il y parvenait enfin, il verrait revenir vers lui, en quelques mois, les millions de Français qui lui font défaut aujourd’hui. On ne pourrait plus le débrancher, et le peuple se ferait à nouveau craindre. Mais il ne le fera pas. Jusqu’à la fin, il trahira les espoirs de notre peuple pour tenter de ruser avec des pouvoirs pour lesquels il demeure transparent. À moins que je ne me trompe. Qui sait ?

Laurent Ozon