Gauche, Droite, politique unique

La gauche et la droite furent les notions politiques fondamentales de la France, puis de l’Europe, puis de l’Occident, ces deux derniers siècles. Elles sont définitivement épuisées aujourd’hui. Le clivage clairement identifié désormais, sépare deux pôles. Celui des mondialistes droit-de-l’hommistes libéraux-libertaires des « social-démocraties », acquis au cosmopolitisme, au nomadisme, à la nation idéelle, la nation contrat, à l’homme unique déraciné consommateur producteur interchangeable dans un grand melting-pot dissolvant et métissant. Celui des souverainistes, enracinés, patriotes, attachés à leur identité, à leurs frontières, à leur culture, à la nation charnelle, adversaires de la gouvernance mondiale.

Les factions jadis adverses, gauche et droite, confondent leurs idéologies. On a parfaitement vu depuis cinquante ans comment l’une et l’autre alternativement, avec de simples différences marginales d’action sur le plan intérieur, ont conduit sur les grandes lignes la France dans la même direction : aucune remise en cause de ce qui est en place et dans le fonctionnement du pays depuis 1945. La vraie gauche et la fausse droite sont d’accord sur l’orientation et la transformation sociétale à donner au pays, le qualificatif « Français » n’est qu’une étiquette administrative pouvant être apposée sur n’importe quel individu d’où qu’il vienne et quelle que soit sa culture, l’essentiel étant qu’il ne remette pas en cause le régime, qu’il soit une force de travail docile, un consommateur, et un votant manipulé pour maintenir l’oligarchie en place. Gauche et droite ont même fusionné, pour une partie de leurs personnels transfuges, avec les centristes dans la création du parti bricolé quelques mois avant l’élection présidentielle de 2017 pour porter au pouvoir Emmanuel Macron, et l’on voit la clique parlementaire de tout cet ensemble, RN compris, bien installée dans ses fauteuils, ne jamais rien entreprendre pour rompre radicalment avec cet état de fait général. La complicité est totale.

Nous baignons jusqu’aux yeux dans l’inversion. On traite de « populiste » la droite nationale alors que cet adjectif à présent lancé comme une injure eut été la fierté de la gauche historique. Et les membres de la gauche se font traiter d’« élite arrogante et conservatrice » par une droite vulgarisée. Cette schizophrénie politique droite-gauche est devenue absurde à mesure que la division politique réalisait la mise en abîme de la confusion idéologique. L’étanchéité des deux familles, en France, appartient aux souvenirs historiques. Car enfin, que signifie se positionner à gauche ou à droite aujourd’hui, alors que des pans idéologiques entiers passent allègrement d’un jour à l’autre d’un bord à l’autre ? Jusque dans les années 1950, l’écologie et la décentralisation ressortaient de la droite nationale d’inspiration monarchique. Jusqu’à la Guerre de 1914-1918, le nationalisme était l’oriflamme de la gauche, au nom de la démocratie, du peuple ; ce à l’instar de la conquête coloniale « portant les Lumières et la civilisation aux peuples sauvages ainsi délivrés du joug moral et politique de l’obscurantisme », colonialisme à présent implicite, sans modification idéologique, dans l’immigrationnisme obsessionnel du droit-de-l’hommisme, tandis que la droite rêve encore des Afriques Occidentale et Orientale Françaises à la conquête de laquelle ses ancêtres refusèrent les crédits à la République ! Le populisme, jusque dans les années 1980, avait des relents communards, et en voici coiffés les partis dits antisystème depuis l’an 2000. Le développement industriel outrancier était prôné par l’ensemble des forces « progressistes » voici à peine une génération, et maintenant elles en accusent le Capitalisme international confondu avec le nom de « droite ». On a surpris ensuite la pseudo-droite, « libérale », c’est-à-dire les héritiers des faiseurs de 1789, celle de la bourgeoisie d’argent, à se galvauder d’autoritarisme pénaliste pendant que la gauche, jadis autoproclamée « voix du Peuple », encourageait l’individualisme incivique de délinquants immigrés. Ce qui n’empêchait pas la gauche de proposer paradoxalement dans son « programme électoral » le développement effréné de la bureaucratie, pendant que la droite affirmait encourager l’initiative personnelle par la création d’un impôt frappant les entrepreneurs individuels les plus modestes au nom de la « solidarité citoyenne ». Sommes-nous dans un asile d’aliénés schizophrènes, ou bien sommes-nous confrontés aux plus cyniques escrocs de la caste politique occidentale ? La patrie est à l’évidence aux mains de petits escrocs, d’une classe dirigeante qui ne croit plus à rien, si ce n’est à son aisance personnelle, sa carrière, sa gamelle, son train de vie, sur le dos du peuple. La France est parvenue au stade historique du nihilisme absolu et passif des fins de civilisation, prophétisé par les esprits nietzschéens depuis un siècle et demi.

Il a résulté de la catastrophe civilisationnelle du cycle historique débuté en 1789, en comparaison des précédents, une situation bancale : un coup à gauche un coup à droite, jusqu’aux années 1970. Situation chaque jour plus confuse à mesure que les racines idéologiques s’épuisaient, jusqu’à révéler soudain, à travers l’évidence de leur artificialité, non plus même leur agonie, mais leur complète vacuité. Seuls la pensée gauchiste, le marxisme culturel, infusent partout dans les actes de petites mains militantes, pour les « migrants », contre les « fachos », et triomphent encore dans des millions de cervelles lavées et incapables de voir ce qui est en train de se jouer, d’en comprendre les conséquences apocalyptiques pour notre identité et notre prospérité. C’est ce qui explique cette bouffonnerie inouïe, cette escroquerie éhontée : gauche et droite ne sont plus considérées comme des absolus, mais comme les deux ailes d’un même ordre socio-politique appelé « bipartisme ». Elles ont fini par se rejoindre. La gauche française actuelle, ralliée à l’opportunisme social-démocrate, est devenue l’aile « progressiste » du capitalisme libéral. Ceux qui ont pris acte de ce résultat, et décidé d’en tirer profit au vu des opportunités offertes (plus besoin de courage désormais ni de convictions pour rejoindre l’une de ces branches semblables) se nomment eux-mêmes « modérés ». Aussi passent-ils allègrement d’une étiquette à l’autre (ainsi des ministres « socialistes » dans des gouvernements « droitistes » ; ainsi des lois immigrationnistes de quinquennats de la fausse droite qui rejoignent dans leurs résultats celles des gouvernements socialistes. La Lettre se modifie pour la galerie, non l’Esprit. Ceux qui refusent la reconnaissance de cette confusion sont dénoncés « extrémistes ».

Gauche et droite ne sont plus que deux ailes, celles de ces volailles qui ne s’envolent pas, mais gigotent dans les basses-cours.