L’Hyperborée et l’origine nordique de nos traditions

Bien souvent, allusion a été faite à l’origine des traditions et de la civilisation qui en provient en la situant dans cette région du sud-ouest de la France, où l’on a découvert les vestiges de l’homo sapiens, dit de Cro-Magnon et d’Aurignac, en raison des localités où eurent lieu ces découvertes. C’est aussi la région où l’on trouve de nombreuses grottes à peinture protohistoriques indiquant l’existence de pratiques magico-religieuses. 

L’homme de Cro-Magnon est venu, il y a quelque 20.000 ans, du centre de dispersion de la famille humaine, tenant entre ses mains le flambeau de la tradition primitive. Le lieu d’origine de cette Tradition devrait donc être recherché ailleurs. Bien entendu, on pourrait le situer dans cette Atlantide dont les Aurignaciens seraient les survivants de ce côté de l’océan, mais l’Atlantide elle-même, d’où lui seraient venues ses traditions ?

L’aiguille aimantée, branchée sur le courant magnétique, est comme un doigt tremblant qui, depuis des siècles, semble indiquer inlassablement et silencieusement aux hommes l’emplacement de cette origine. Ceci confirmerait, d’ailleurs, la croyance répandue dans l’Antiquité d’après laquelle l’origine des civilisations serait nord-occidentale et polaire.

Toutefois, ce n’est pas du pôle géographique qu’il s’agirait, mais du pôle magnétique. Cette localisation traditionnelle est approximative. En effet, pour rappel, le pôle magnétique est un point errant sur le globe. Dans les années 1980, le pôle magnétique (environ 73° de latitude nord et 70° de longitude ouest, entre la terre de Baffin et le Groenland) était éloigné de plus de 2.500 kilomètres du pôle géographique. Mesuré en 2007, le pôle magnétique était passé à 83° N et 121° O (à 673 km du pôle géographique). En 2022, le pôle magnétique était passé à 86° N et 151° E. En France métropolitaine, en septembre 2019 et pour la première fois depuis les années 1650, le pôle magnétique (direction donnée par la boussole), a coïncidé avec le pôle géographique.

Les anciens ont donné à cette contrée située à l’extrême nord du monde connu, le nom d’Hyperborée, terre des Hyperboréens qui vénéraient le dieu solaire Apollon. Hyperborée pour signifier que cette contrée était située au-delà (hyper) de Borée, le dieu du vent glacial du Nord dans la mythologie grecque. L’Hyperborée a été célébrée par les conteurs, chantée par les poètes et les musiciens ; c’est le royaume de Thulé, l’Ultima Thulé.

Borée, dieu du vent glacial du Nord, fils du Titan Astréos et d’Eos, la déesse de l’aube, frère de Zéphyr (le vent d’ouest) et de Notos (le vent du sud)

Qu’était ce royaume de Thulé dont parlèrent les Grecs et les Romains ? Il s’agissait d’une contrée située la plus au nord des terres habitables. Pythéas le navigateur, parti de Marseille en 330 av. J.-C., revint, en déclarant avoir touché l’île de Thulé lors de son périple dans l’Atlantique nord.

Vers 1928, l’archéologue arctique Therkel Mathiassen publia le récit des fouilles qu’il entreprit au nord de la terre de Baffin (là où s’est trouvé le pôle magnétique dans les années 1980), et en divers endroits du Groenland et de l’Alaska.

Plus récemment, on y découvrit des vestiges d’habitations antiques, et nous savons que Bal Gangadhar Tilak, nationaliste et indépendantiste Indien, situait l’origine des Aryens dans les régions arctiques avant la dernière glaciation en s’appuyant sur les Védas et l’Avesta.

Les traditions hindoues font, elles aussi, remonter la civilisation des Aryens dans les régions polaires et occidentales ; il y est question de l’Île Blanche, où des sages allèrent jadis s’instruire. Cette île Blanche a été assimilée à l’Angleterre, dont le nom antique Albio vient de albus, blanc ; mais il s’agit d’un nom latin donné à l’Angleterre à cause de ses blanches falaises.

Il fut un temps où ces contrées, aujourd’hui glacées, possédèrent une végétation analogue à celle de nos contrées, preuve évidente et irréfutable des cycles de refroidissement et réchauffement intrinsèques à la vie de la planète sur le temps long, sans lien aucun avec l’activité humaine, l’industrie, preuve de l’escroquerie des fables sur un réchauffement d’origine anthropique et sur la prétention à contrecarrer ces changements par l’application d’une politique d’écologie charlatanesque autant punitive qu’inutile et stupide. L’explorateur et alpiniste Edward Whymper y a trouvé des vestiges de bouleaux, de sapins, de peupliers, de chênes, de noyers, de châtaigniers et même de magnolias. Par ailleurs, l’estomac de mammouths gelés trouvés en Sibérie contenait des débris de saule, de feuilles de bouleau, d’aulne, de peuplier.

Maintes légendes des Inuits racontent qu’il y eut jadis un peuple bâtisseur de grandes maisons, le peuple des Tunit, mystérieux géants habitants de l’Arctique.

En 1890, Etienne-Félix Berlioux fait paraître, à Lyon, un ouvrage intitulé A la recherche de la nation et de la cité des Hyperboréens. Il fait de l’Hyperborée la Celtide du Nord et voit dans les Hyperboréens les prédécesseurs des druides et des bardes gaulois.

Dans sa Mythologie (livre II), Apollodore écrit que les pommes d’or enlevées par Hercule se trouvaient dans l’Atlantide des Hyperboréens.

Et selon Pomponius Méla, Orphée, celui qui inconsolable descendra au royaume des Enfers pour tenter d’en ramener son épouse la dryade Eurydice, était un prêtre hyperboréen, un prêtre du soleil, car le dieu de l’Hyperborée était Apollon, surnommé l’Hyperboréen, ce qui nous montre bien que la primitive religion était solaire.

Cette religion apollonienne, nous la retrouverons à Delphes et dans l’île de Délos en Grèce, et l’on dit que l’aïeul de Platon, ayant été envoyé à Délos pour la défendre contre les troupes de Xerxès, y trouva des tablettes de bronze rapportées de l’Hyperborée sur lesquelles était gravé le dogme d’un dieu rémunérateur et la doctrine de l’immortalité de l’âme.

Ce sont deux vierges hyperboréennes, Argé et Opis, qui auraient apporté à Délos le culte du dieu Apollon. Opis, équivalent à Ops, cet antique vocable signifiant à la fois oeil et visage en grec, formé d’une seule lettre, le Psi, avec voyelle d’appui, le psi ayant la forme d’un trident. C’est le nom de la plus vieille divinité nordique d’où est venu celui de la ville sacrée d’Uppsala, en Scandinavie, contrée bien proche de l’Hyperborée.

On peut voir sur l’île de Délos les restants de la grande statue de marbre mutilée du dieu Apollon et, sur le mont Cynthe, la caverne du soleil, le plus antique sanctuaire de l’île. En y montant, on y lit sur une roche : Αθηνά Εργάνη (Athéna Ergané).

Apollon descendait dans cette île tous les dix-neuf ans et y restait, disait-on, du commencement du printemps à la fin de l’été. Ce retour périodique se rapporte à la période astronomique appelée cycle de Méton, ce qui indiquerait des connaissances astronomiques déjà développées.

Et voici que Diodore de Sicile écrit que, chez les Hyperboréens, la lune paraît très rapprochée et que l’on y distingue clairement des montagnes, ce qui laisserait supposer, contre toute vraisemblance, qu’une certaine forme de téléscopes existait déjà.

L’Hyperborée était gouvernée, disait-on, par un prêtre-roi que l’on faisait descendre de Borée. Les anciennes traditions de la Suède, de la Grèce et même de l’Inde situent dans les contrées nordiques un peuple en possession de hautes doctrines religieuses dont on fait le point de départ de la tradition primordiale. Hicatée et quelques autres disaient qu’au-delà de la Gaule, existait dans l’Océan, du côté du septentrion, une île aussi grande que la Sicile où habitaient les Hyperboréens.

En Grèce, on dépeignait les Hyperboréens comme un peuple vivant dans un pays au climat tempéré et fertile ; peuple d’une grande piété, de mœurs très pures. L’année comportait une nuit de six mois et un jour de six mois selon Virgile (Géorgiques, livre III).

Ces traditions, que l’on retrouve chez les orphiques, furent partagées par les pythagoriciens. Le pythagorisme, a dit Matila Ghyka (poète, romancier, ingénieur électrique, mathématicien, historien, militaire, avocat, diplomate et ministre plénipotentiaire roumain au Royaume-Uni durant la fin des années 1930 jusqu’en 1940), puisa ses sources dans les traditions nordiques hyperboréennes.

Serait-ce à cette origine que remonterait la légende de Proserpine passant six mois sur la terre et six mois dans le royaume des ombres ?

En descendant vers le 79°, où la nuit n’est que de quatre mois, on trouverait peut-être ces années singulières partagées en trois saisons.

La mort d’Adonis (40 jours) représenterait l’absence du soleil pendant ce laps de temps et aurait pris naissance sous le 68° degré.

Sous le 60° degré, où se trouvent Saint-Pétersbourg, Stockholm, Oslo, Helsinki le soleil disparaît pendant trois jours.

C’est donc sous cette latitude que serait née l’idée de la mort du dieu soleil (ou solstice d’hiver) et de sa résurrection au bout de trois jours, durée il faut le noter qui sera impudemment empruntée par le christianisme plagiaire pour assimiler Yeshua ben Yosef (Jésus) ressortant du tombeau, à l’astre solaire afin de se faire accepter par les populations pré-chrétiennes. On peut suivre ainsi la descente de l’humanité vers des contrées méridionales au fur et à mesure que se refroidissent les contrées nordiques.

Pour l’astronome et mathématicien français Jean Sylvain Bailly (Lettre sur l’Atlantide de Platon et sur l’ancienne histoire de l’Asie, dans le cadre de sa correspondance avec Voltaire), l’île Ogygie d’Homère, l’Atlantide de Platon, l’Hyperborée, le Spitzberg, sont une seule et même chose. Et il pense que le déluge d’Ogygès était le souvenir de la submersion de l’île d’Ogygie et, par la suite, de l’Atlantide.

Il semble donc que l’on entrevoit comme à travers un prisme déformant ce qui touche aux plus antiques traditions de l’humanité, et une fois de plus nous voyons que la légende renferme souvent des éléments d’histoire. L’Edda, recueil de la mythologie nordique, est à considérer comme un des plus vieux ouvrages du monde. Le mot « Edda » signifie aïeule, l’aïeule de toutes les doctrines. Olof Rudbeck a recueilli dans l’Edda 75 passages que l’on retrouve chez les auteurs grecs ou latins. Ses enseignements étaient gravés en caractères runiques sur des pierres que les moines chrétiens, au XIe siècle, fidèles exécutants du totalitarisme monothéiste, détruisirent en grande partie, les considérant comme écrits en caractères « magiques ».