Mécanismes de l’effondrement

Au moment où la France est menée dans la récession, le krash de la dette, les pénuries, l’appauvrissement, et l’économie de guerre par son suivisme servile du plan mondialiste du Grand Reset et de la provocation criminelle faite à la Russie et au monde multipolaire par l’ancien pouvoir américain et l’Otan à travers l’Ukraine, il est intéressant de relire ces passages extraits de Survivre à l’effondrement économique (2011), de Piero San Giorgio, éditions Le Retour aux Sources.

Historiquement, nous assistons au début de la défaillance de l’idéologie du progrès.

La manière d’envisager le monde et le sens donné à la réalité par les individus et les institutions de l’ère agraire étaient faits pour une société d’économies locales, peu connectées entre elles, où il y avait peu de gens et beaucoup de ressources. Or, l’ère industrielle a rapidement transformé le monde en un village global, hautement interconnecté, avec une très grande population et des ressources de plus en plus rares. Ce système est devenu dysfonctionnel, cannibale et destructif. Sa fin approche car il est obsolète. Son effondrement est inéluctable.

Pourquoi certaines sociétés s’effondrent-elles ? Peu de gens peuvent imaginer que les sociétés riches et puissantes dans lesquelles ils vivent peuvent s’effondrer. Si une société n’arrive pas à s’adapter à des changements destructifs, les tensions peuvent devenir des crises incontrôlables, et si rien ne redresse la situation, la société commence à se disloquer.

Dans son livre Effondrement, le chercheur américain Jared Diamond étudie les raisons pour lesquelles les sociétés réussissent à survivre ou disparaissent. Il identifie cinq causes d’effondrement : 1. Les dommages environnementaux. 2. Un changement climatique. 3. Des voisins hostiles. 4. La fin de l’aide et du soutien des peuples amis voisins. 5. L’échec des dirigeants à trouver des réponses constructives aux problèmes et à donner du sens à la nouvelle réalité.

Si chaque situation est unique, une cause fréquente de l’effondrement des sociétés dans l’histoire est la convergence de plusieurs de ces cinq facteurs. Ces problèmes affaiblissent la société et provoquent des troubles internes voire des guerres civiles. Rapidement, des envahisseurs externes profitent de ces faiblesses pour l’attaquer et la détruire.

Le problème le plus fréquent est la raréfaction des ressources, souvent provoquée par la croissance de la population et par ses habitudes non durables. Dans les sociétés agraires, il s’agissait de la raréfaction de l’eau potable, de la raréfaction de la nourriture, du bois ou d’autres matériaux essentiels. Les villages et les villes qui s’établissaient originellement à des endroits qui disposaient de beaucoup de ressources – comme des terres fertiles, une rivière poissonneuse, une forêt giboyeuse, etc. – voyaient leur population prospérer et s’accroître, utiliser de plus en plus de ressources et travailler de plus en plus de terres agricoles, coupant les arbres, polluant les rivières, tuant tout le gibier et pêchant tous les poissons. Avec le temps, du fait d’une trop grande pression démographique sur les terres travaillées pour produire suffisamment de nourriture, celles-ci se dégradent, s’érodent, s’appauvrissent ou se désertifient. La productivité faiblit. Le prix d’accès aux ressources s’accroît rapidement car il faut aller les chercher de plus en plus loin, ou bien il faut financer des guerres pour aller piller les ressources d’autres peuples.

Le coût de maintenance d’une société en expansion devient vite trop élevé. C’est le cas de tous les empires décrits par Paul Kennedy dans son célèbre livre Naissance et déclin des grandes puissances et par Joseph Tainter dans The collapse of complex societies. Les empires étendent leur puissance sur des territoires afin de contrôler des ressources, mais le coût des empires augmente aussi. Il y a des routes et des lignes de communications à protéger, des dépôts et des voies d’approvisionnement de plus en plus longues qu’il faut sécuriser, des frontières à surveiller, des bases et des garnisons régionales qui doivent être maintenues contre la volonté des populations locales, et enfin des opérations de police contre les récalcitrants qui doivent être menées. Une bureaucratie vite immense et inefficace doit être mise en place pour gérer le tout. Un tel coût attise les convoitises, ce qui crée une culture de la corruption, des luttes de pouvoir à tous niveaux, et augmente encore les coûts et la résistance à tout changement.

Les conflits démarrent souvent lorsque les populations commencent à penser qu’elles ont des objectifs différents de leurs voisins, et qu’il est devenu socialement acceptable de résoudre les conflits par la force. La violence devient d’autant plus courante que les besoins réels des populations ne sont plus couverts et si les traditions culturelles et ethniques l’encouragent. Se mettent alors en place des facteurs culturels bien connus qui banalisent la violence et la focalisent sur une cible bien identifiée : sentiments de supériorité, dévalorisation des autres, autoritarisme, culture monolithique, idéologie dogmatique, etc. Enfin, la baisse de la résilience constitue un autre facteur à prendre en compte. Une société trop aisée, trop peu habituée aux souffrances et aux efforts physiques et intellectuels, se corrompt et émousse ses réflexes. Elle ne sait plus valoriser ce qu’elle a obtenu avec trop de facilité. Elle tend à créer une culture narcissique, matérialiste et oisive qui génère une jeunesse de moins en moins compétitive uniquement préoccupée par sa jouissance immédiate.

Le coup de grâce est souvent provoqué par un changement d’équilibre quelconque. Désemparées, débordées, ces civilisations abandonnent la lutte et se désagrègent totalement pour enfin disparaître.

Si tout cela vous rappelle une civilisation proche de chez vous, c’est que vous avez compris la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Dans le temps long, sur les 200 000 ans d’existence humaine, l’ère industrielle actuelle n’est qu’un petit moment. La mécanisation nous a permis de croître et de consommer des ressources renouvelables et non renouvelables à une vitesse non durable. Alors que ces ressources arrivent à leur fin et que les écosystèmes majeurs commencent à s’écrouler, nous avons réuni les conditions de l’effondrement de la société industrielle globale.

C’est la tempête parfaite qui s’approche. Ce « perfect storm », déclencheur de crises globales, peut commencer à tout moment et partout, puisque le système se compose désormais de dynamiques chaotiques.

L’histoire de l’épopée humaine peut en définitive être regardée à travers un prisme d’éco-analyse qui montre que les sources énergétiques déterminent la structure des économies, des politiques et des cultures humaines : la transition d’une vie de chasseurs-cueilleurs à celle d’agriculteurs se fait par la maîtrise de l’agriculture et l’élevage, l’accumulation de surplus rend possible l’accroissement de la population, des développements technologiques (écriture, outils, etc.) et la spécialisation et sophistication des classes sociales.

Il y a deux voies de sortie à une telle crise systémique. La société peut évoluer vers le bas. Le système s’effondre avec des dégâts irréversibles. La civilisation régresse alors vers un système moins complexe qui retrouvera un point d’équilibre similaire à celui que nous avons connu avant l’ère industrielle. Ici, les questions sont : quelle quantité de stress notre société peut-elle encaisser avant de régresser et cette régression va-t-elle se faire rapidement, brusquement ou progressivement ? Le processus de perturbation et de régression peut prendre la forme de la séquence d’événements suivants : • Phase de déflation suivie par l’hyperinflation, fin de la plupart des monnaies papier. • Augmentation des prix des matières premières. • Tensions internationales, guerres pour les ressources. • Rupture de l’économie globale, panne des chaines logistiques longues. • Chômage de masse. • Chute du réseau électrique. • Chute du réseau de distribution d’eau. • Chute du système d’évacuation et de filtrage des eaux usées. • Effondrement des services de maintien de l’ordre. • incendies, panique, pillages, violences. • Perte totale de contrôle de l’État. • Chaos général, nettoyages ethniques, famines. • Crise sanitaire grave, maladies, épidémies. • Citadins fuyant les villes et se répandant dans les campagnes. • Effondrement du système hospitalier et de soins. • Forte baisse de la population. • Retour à l’ordre par épuisement et regroupement autour de noyaux organises. • Retour à une économie de production agricole locale. • Reconstruction sur un modèle de société plus simple et plus local.

La société peut aussi évoluer vers le haut, en développant de nouvelles manières de fonctionner à l’échelle globale, en changeant sa culture et son système de fonctionnement.

Voilà quels sont les mécanismes de l’effondrement. Il y a un choix de société à faire et il nous reste peu de temps.