L’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir a constitué la dernière illustration en date de la prise de contrôle du politique par la technocratie et l’économique. Les prémisses de cette Révolution commencent par le trafic très douteux qui a été l’occupation principale de la République de Venise à partir des XII-XIIIè siècles. Venise, alliée fidèle de la papauté et principal animateur du parti Guelfe, face aux Gibelins essentiellement représentés par les princes européens qui se défendaient contre leur mise sous la tutelle temporelle de l’Église (voir l’exemple de l’Allemagne ainsi tombée sous le diktat papal avec l’épisode de Canossa). Venise, dont la principale activité n’était donc pas le commerce des tissus ou des épices, mais le trafic de métaux précieux.
Pendant presque un siècle, la République de Venise a pratiqué une démonétisation des pièces d’argent de tous les royaumes d’Europe, qu’elle coulait en lingots ensuite échangés contre des lingots d’or fournis par les Mongols qui à la suite de Gengis Kahn avaient établi le plus grand empire au monde, résultant du pillage de toute l’Asie. Les transactions se faisaient sur les ports de la Mer Noire, au nord de l’Anatolie et en Géorgie, au point que Venise a acquis en Europe le plus gros stock d’or qui ait jamais existé. A partir de là, elle a commencé à monétiser cet or, les fameux Ducats, et à spéculer sur le prix de métaux précieux, entraînant la première grande crise bancaire d’Europe vers 1325 où les banques florentines se sont effondrées suite à la baisse de l’or provoquée par Venise qui en avait un stock considérable.
Les princes européens, pour mener leurs politiques, avaient l’habitude de pratiquer des « mutations », c’est-à-dire des changements de valeurs qui pouvaient avoir plusieurs formes, refrapper de nouvelles pièces avec une teneur moins importante de métal précieux, d’un poids moins important, ou bien comme l’avaient fait les rois de France instituer une monnaie de compte indépendante non frappée exprimant les valeurs des pièces dans cette monnaie dématérialisée. L’Église, concomitamment à l’action vénitienne, a commencé à affirmer que les princes n’avaient pas le droit de pratiquer ces « mutations ». A partir de cette prise de position de l’Église contre les mutations, le pouvoir des princes a été considérablement affaibli, et c’était le but. Si bien qu’il ne leur est plus resté d’autre solution que de faire de grands emprunts. C’est les débuts de la Banque moderne, c’est à partir de là que les banques ont commencé à prospérer, puisque le « seigneuriage » (la différence entre le prix de revient des pièces et leur valeur imposée par le prince) dès lors n’existait pratiquement plus. Ce siècle est important dans la mesure où s’est installée une théorie complètement matérielle de la monnaie puisque même l’Église disait « la substance de la monnaie c’est l’or, le métal précieux ». En conséquence de quoi, au lieu d’être une institution, ce qu’elle avait été depuis l’Antiquité, la monnaie est devenue un bien, une marchandise. De là commence le règne des orfèvres dans toute l’Europe, qui forts de cette nouvelle conception, se sont mis à émettre de la monnaie fiduciaire, pièces comme le faisaient les princes, puis billets, la chose tendant à démontrer que l’économie peut donc fonctionner sans le politique, par le jeu du marché. Les orfèvres sont donc devenus les concurrents, les ennemis des rois. C’est de ce moment que commence l’émission de billets dans une quantité sans rapport avec les stocks réels de métal précieux qu’ils détenaient.
Les siècles vont passer, voyant la création de la Banque d’Angleterre, des autres Banques centrales, de la Banque de France, qui sont en réalité des banques privées avec l’apparence de la « normalité étatique », mais dont l’objet était évidemment le gain, le rendement pour leurs actionnaires, et non l’intérêt général public. Et s’installe une emprise de plus en plus grande du pôle économique selon le souhait de la philosophie des « Lumières » partisane de cette séparation de l’économique et du politique héritée de l’émergence concurrente des orfèvres. Napoléon crée un droit spécial, le Code de Commerce. Le XIXème siècle est bien sûr celui d’une accélération et d’une montée en puissance de la finance avec la Révolution industrielle. Finance qui était jusqu’à présent peu ou prou au service du souverain, des princes, mais qui s’est émancipée de ce pouvoir.
Le rôle des banques va croître, jusqu’à la non convertibilité du dollar en or, sous Richard Nixon en 1971, qui a entraîné une explosion de la spéculation sur les monnaies et les taux d’intérêt. Viendra ensuite sous Bill Clinton dans la pratique bancaire internationale l’abrogation de ce qu’était la prudente et salutaire séparation d’activité entre banques de dépôt et banques d’investissement. Apparaitront ensuite ces nouveaux instruments de spéculation que sont les « produits dérivés ». Aujourd’hui, ce genre de produits bancaires atteint des niveaux absolument astronomiques. Ce sont des paris, que font les plus grandes banques avec notre argent, puisqu’elles cumulent désormais l’activité de dépôt et d’investissement, et dans ces derniers les produits dérivés occupent aujourd’hui une place dominante au point que par exemple la Banque des règlements internationaux estime leur encours à 800 000 milliards de dollars. Les risques ne représentent pas cette somme, mais si on considère qu’ils représentent peut-être 10 % de cette somme, cela fait tout de même 80 000 milliards, somme colossale. Si bien que nous vivons dans un monde où une douzaine de banques dites « systémiques » tiennent désormais en otage le système et les États. Nous sommes entièrement dans une « Matrix » bancaire mondiale. Les banques systémiques sont surtout américaines, mais pas seulement, les groupes français Société Générale, BNP, Crédit Agricole-Crédit Lyonnais, BPCE/Natixis/Caisse d’épargne, en font partie, qui échappent au contrôle national, étant contrôlées directement par la Banque centrale européenne. La réglementation bancaire est prise en charge par la profession elle-même. La Banque des règlements internationaux, à Bâle, banque elle aussi privée, règlemente pour le monde entier le système bancaire. Les banquiers règlementent les banquiers, se jugent entre eux. Notre Autorité de régulation est aussi une Cour de justice qui règle les problèmes spécifiquement bancaires. Ses membres sont des banquiers. Ce monde tourne en vase clos. Aucune puissance étatique politique n’interfère dans tout cela. La monnaie est la pierre angulaire de tout l’édifice institutionnel national, européiste et international actuel.
Les institutions sont intimement liées à la monnaie, et les deux tendent à prendre leur indépendance définitive vis-à-vis des populations. Nous tournons dans un système technique qui n’a plus rien à voir avec l’organisation humaine ou avec l’organisation de la vie sereine en société que normalement représente le fait politique. Le fait économique domine actuellement définitivement le fait politique, techniquement, intellectuellement, en France et dans tous les états occidentaux. Le coup d’État du monde de la finance et de l’État profond mondialiste ayant porté Emmanuel Macron au pouvoir en est la plus parlante illustration. Aujourd’hui, tout ce qui tourne autour des partis politiques, des élections, n’est plus en réalité qu’une sorte de jeu de rôle dans lequel l’essentiel est caché. Tous les États qui sont dominés par la monnaie qui n’est pas sous contrôle politique, ne sont pas des États indépendants. L’argent est aujourd’hui une arme entre les mains d’un pouvoir qui n’a pas de légitimité. Nous sommes sous la tutelle d’un pouvoir financier qui échappe totalement à la démocratie. Nous sommes dans une féodalité mondiale. Les États sont devenus des faux-nez (fait illustré par les placements de Mario Draghi, Mario Monti, Lucas Papademos, etc.).
