Nous y sommes. Et c’est évidemment anormal. Avec l’imposition massive de populations extra-européennes par la culture ou par l’ethnie, avec la politique obsessionnelle de la non-discrimination, nous avons affaire aujourd’hui à un phénomène nouveau, en l’occurrence à des totalitarismes d’essence communautaire et à un État qui semble totalement impuissant, qui est devenu un « self-service normatif » où chaque communauté va chercher sa loi, sa façon de réprimer les autres, ses droits, et instrumentalise l’action judiciaire à des fins communautaires privatives. Chacun, en tant que communauté, qui exige « sa » loi. Et l’État, le législateur, très mous et clientélistes, cèdent aux demandes de lois mémorielles ou catégorielles de toutes sortes dans une surenchère des lobbies virulents qui les sollicitent. La traduction de lobby est groupe de pression. A la vérité, il s’agit davantage de groupes « d’oppression », pour reprendre la formule de Philippe Muray.
Loi sur tel ou tel génocide, sur l’esclavage des Noirs, sur les propos « sexistes », « homophobes », « handiphobes », « lesbophobes », « transphobes », mots qui n’ont aucun sens. Il faut s’arrêter sur ces constructions. Généralement quand on a une phobie on va voir un psychiatre pour s’en débarrasser. La phobie, c’est tout de même une pathologie mentale. Donc, le fait d’utiliser ce mot est déjà très révélateur du totalitarisme qu’il cache. On assène à ceux que l’on qualifie ainsi qu’ils sont mentalement malades, « il faut vous soigner mon bon Monsieur, vous rééduquer ». Ce qui explique d’ailleurs la venue « préventive » de certains lobbies dans les écoles, pour mouler tout de suite l’enfant à la « pensée correcte ».
La diarrhée normative qui accompagne ces revendications est évidemment grotesque. Et juridiquement inutile puisqu’en matière d’homophobie par exemple, il suffisait de continuer à appliquer les lois déjà existantes. Le code pénal contenait de longue date des articles réprimant l’outrage au sens général du terme sans avoir à préciser et rentrer dans la nature de celui-ci, tout magistrat étant bien évidemment à même d’apprécier ce qui est constitutif ou non d’expressions outrageantes.
Nous vivons donc désormais dans un pays où l’État-nation est complètement éclaté en communautés de toutes sortes, puisque c’est le propre du multiculturalisme. La cohésion nationale a été détruite, et finalement le seul aujourd’hui en France qui n’ait pas trop le droit d’être défendu, c’est l’homme blanc hétérosexuel et valide. Lui, a le droit de se taire et d’encaisser, alors que chaque autre communauté, sous couvert de lutter pour des choses à l’apparence sympathique, mène une surenchère qui conduit en définitive au flicage et au conflit. La revendication communautariste est antipathique. Chaque communauté qui crie, hurle, revendique, est de fait antipathique aux autres. Un individu qui ne parle que de lui, on le trouve casse-pieds. Il en va de même des groupes de personnes. Cela crée de la mésentente et du ressentiment. Un État doit en principe faire primer l’intérêt général et transcender les intérêts catégoriels. C’est le b-a-ba que l’on apprend à tous les étudiants en droit public. Or, l’État à l’heure actuelle est en décomposition. Il ne joue plus ce rôle de transcendance et par conséquent il abandonne les rênes à la société civile et au militantisme de certaines associations, militantisme fondé sur la culture du narcissisme. Le culturalisme est à l’esprit ce que le culturisme est au corps : de la gonflette narcissique. Chaque groupe se sent supérieur aux autres, veut être reconnu, fait sa « pride », sa fierté, son numéro d’ego. Et aujourd’hui, il ne s’agit même plus d’être indifférent à toutes ces manifestations, il faut être pour, il faut admirer, il faut approuver. C’est un véritable totalitarisme de l’ego, d’un ego partisan, d’un « nous » hypertrophié. Et ne pas y adhérer vous fait prendre le risque d’être persécuté par les tribunaux.
Or, dans une société normale, la liberté d’expression tend à protéger l’expression de toutes les opinions, et pas seulement les opinions qui ont la faveur du pouvoir ou d’une majorité. Mais la France n’est plus une société normale. Dire quelque chose qui plaît à tout le monde, c’est facile. La véritable liberté d’expression, c’est à l’inverse de pouvoir formuler des opinions pouvant heurter l’État ou une partie de la population. C’est ça la véritable liberté d‘expression, c’est de pouvoir exprimer ce qui dérange. N’avoir le droit de dire que ce qui plaît, ou ce avec quoi la majorité est d’accord, ce n’est pas de la liberté. En conséquence, il est donc évident que de toutes les opinions existantes, celle qui doit être par-dessus tout protégée dans son expression c’est précisément l’opinion minoritaire, ou celle qui refuse l’orthodoxie officielle en place. Sans cette protection, on bascule de fait dans la dictature de la pensée. Nous y sommes depuis cinquante ans, la première loi scélérate Pléven datant de 1972.
