Pouvoir/Police, une histoire de sado-masochisme

Nous sommes les témoins de toute l’étendue de la dévastation française, dont une hémorragie des effectifs par démissions dans la Police et la Gendarmerie compte tenu de la dégradation des conditions de travail, légales et matérielles, dans un pays où un policier se suicide par semaine dans le silence du pouvoir, de l’administration et des médias, à cause d’un boulot qui a été rendu insupportable. C’est pourtant de longue date que les forces de l’ordre sont maltraitées par le pouvoir. Jean Dutourd le faisait remarquer en son temps dans ce petit conte métaphorique :

Il était une fois, un imbécile qui avait un chien appelé Perdreau. Ce chien était comme tous les chiens, c’est-à-dire qu’il ne jugeait pas son maître et lui était raisonnablement attaché. Il lui rendait les services que rend un chien. Il grognait quand il voyait un individu à l’allure inquiétante. Il aboyait quand quelqu’un sonnait à sa porte.

Un jour deux types à moto descendirent de leur engin et s’avancèrent d’un air menaçant vers l’imbécile qui les regardait venir avec un sourire d’imbécile, il croyait qu’ils venaient lui demander du feu, en fait, ils voulaient lui prendre son portefeuille. Le chien ne s’y trompa pas, il leur sauta dessus en hurlant et les mit en fuite. L’imbécile criait « Perdreau, viens ici ! Messieurs pardonnez lui, il n’est pas méchant.  Ah la sale bête ! Tu vas voir la tournée que tu vas prendre. Les deux voyous sautèrent sur leur moto et partirent très loin. L’imbécile corrigea le chien qui n’y comprit rien, mais n’en continua pas moins à aimer son maître, car les chiens sont fatalistes. Ils savent que les hommes ont des réactions illogiques.

Il y eut plusieurs incidents de ce genre, chaque fois que le chien croyait faire son métier de chien, l’imbécile lui tapait dessus et se confondait en excuses auprès des chenapans, voleurs, et bandits de tout poil que mordait le malheureux animal. Il disait que celui-ci était idiot, sanguinaire, et qu’il n’arrêtait pas de commettre des bavures.

On a beau être chien et plein de bonne volonté, on finit par se lasser de recevoir des coups. Le chien Perdreau se lassa, cela se sut assez vite dans le quartier. L’imbécile habitait un pavillon, une nuit, un cambrioleur escalada le mur, le chien entrouvrit un œil dans sa niche pour chien et le referma, incontinent. Le cambrioleur cambriola en toute tranquillité. L’imbécile s’arracha les cheveux et corrigea le chien, lequel reçut philosophiquement sa correction, n’étant pas à une inconséquence près de la part de son patron.

Une autre nuit, ce fut un autre cambrioleur qui vint, ce cambrioleur-là avait un surin qu’il planta dans la bedaine de l’imbécile qui en mourut. En partant, l’assassin caressa le chien en disant « bon toutou ». Le chien pensa, car les chiens pensent : « Voilà la première parole aimable que j’ai entendue depuis longtemps ».

Cette histoire est celle des Français, de leur Police et de leurs élus. Ils battent leur chien depuis trente ans, et s’étonnent aujourd’hui que le chien ait des états d’âme.