Considérations sur le duel

« Le pire danger, c’est d’être lâche. Les escrimeurs savent que, dans une affaire sérieuse, si l’on a une seule minute, par pusillanimité ou distraction, ce que l’on appelle le dessous du fer, on est perdu.  » (Léon Daudet, La France en alarme, 1904)

« Pour notre part, nous regrettons l’épée, avec l’usage de porter l’épée s’est en allée la vieille urbanité française ; on est toujours poli avec un interlocuteur qui peut vous entrer quelques pouces de fer dans le ventre si vos manières n’ont pas l’aménité convenable. L’abolition du duel achèvera de nous rendre le peuple le plus grossier de l’univers : tous les lâches, sûrs de l’impunité, vont devenir insolents. Et puis c’était réellement pour un jeune homme de coeur une amie sûre et fidèle qu’une épée de bon acier bien trempé et bien franc. L’homme gagnait à ce commerce intime avec le métal ; il en prenait les qualités rigides, la loyauté inviolable, le vif éclat, la netteté incisive, et cette union tacite était si bien comprise, que le plus grand éloge que l’on pût donner à quelqu’un, c’était de dire qu’il était brave comme son épée. Mais nous sommes dans une époque peu chevaleresque, et la prosaïque savate doit remplacer la jolie épée française, ce bijou aigu, cet éclair d’acier qui du moins brillait dans la nuit avant d’arriver à la poitrine d’un homme. » (Théophile Gauthier)

« Un duel, considéré comme une cérémonie du culte de l’honneur ou même réduit en son essence morale à une forme de jeu viril, requiert une parfaite unicité d’intention, un état d’esprit austère et homicide » (Joseph Conrad)

« Richelieu a interdit les duels. Il a fait une loi pour empêcher deux mâles adultes de se défier à coups d’épée, tu te rends compte ? L’homme occidental ne s’en est jamais remis. De là au congé paternité, ça s’est fait dans la foulée. » (Giuliano da Empoli, Le mage du Kremlin)

À quoi reconnaît-on la bassesse d’une époque ? À ce qu’elle ne recherche plus l’honneur ! Le monde moderne est confort, consensus et barbarie… Pourquoi le duel ? Pour mettre fin aux déchaînements barbares, pour renouer avec la responsabilité, et pour allier enfin l’élégance à la virilité. Parce que le duel est le symbole à la fois d’un art de vivre, d’une esthétique et d’une « vue du monde ». Art proprement européen, il est l’apanage d’une aristocratie des âmes fortes, celle qui préfère l’honneur à la vie et ne vit vraiment qu’en défiant la mort. Parce qu’une société armée est une société de courtoisie mutuelle. Les manières de communiquer sont toujours polies quand chacun doit être responsable de ses actes avec sa propre vie. Car le duelliste allie les deux qualités que tout homme digne de ce nom doit réunir : « l’amour de la vie et le mépris de la mort » (Ernst Jünger)

Avec Jean-Marie Le Pen comme témoin