Du populisme

« Est souverain celui qui peut exclure les dissidents du débat public à l’aide de la matraque du populisme ».

Ce que le juriste Carl Schmitt formulait ainsi il y a environ cent ans de manière si percutante à propos de l’état d’exception, décrit aujourd’hui la tentative des « démocrates » autoproclamés de discriminer toute concurrence politique. Celui qui qualifie les autres de « populistes » ne veut en réalité plus débattre, mais stigmatiser et anéantir politiquement. Le terme s’est révélé particulièrement utile dans le combat politique en face-à-face, car il est très connoté négativement. De plus, le populisme est particulièrement utile en raison de l’impossibilité de le définir de manière claire. Il peut donc parfaitement être utilisé comme « surface de projection » pour désigner des ennemis.

Le populisme s’applique donc en tant que concept à tout le monde et à personne, car personne ne peut dire avec précision ce qu’est exactement le populisme. Peut-être que la définition suivante, proposée par Adrian Walch de l’Université d’Erfurt, s’en rapproche le plus : « Dans les conflits entre populisme et démocratie libérale, il ne s’agit pas (…) d’un débat entre démocrates et non-démocrates, mais d’un conflit interne à la démocratie entre différentes interprétations de la croyance en la légitimité démocratique ». Les populistes ne voient dans la souveraineté du peuple que la seule source de légitimité politique, tandis que les représentants de la social-démocratie s’appuient sur diverses sources de légitimité internationale, telles que l’UE ou les Nations Unies.

Le concept de « cordon sanitaire » mis en œuvre en Allemagne, en Belgique et en France, ne peut que conduire à encore plus de populisme. Car en raison du cordon, les problèmes sociaux soulevés par les populistes et qui ont fait grandir les partis populistes ne sont ni abordés ni corrigés, ce qui accroît encore davantage le mécontentement.