Le retour de l’Ethnos

Le naufrage économique de la Grèce en 2008 et ses conséquences sociales, l’assaut migratoire et les changements démographiques structurels, ou encore la crise identitaire et la baisse de l’influence de l’Eglise orthodoxe, ont amené de plus en plus de Grecs à se tourner vers la voie du nationalisme radical. Mais pas seulement… La part sacrée de l’identité grecque s’incarne désormais dans mouvement d’essence religieuse, fondé en 2006 : l’Ellinaïs, ou Association sacrée des fidèles de l’ancienne foi hellénique.

Anti-individualiste, abolissant la distinction moderne et décadente entre sacré et profane, appliquant les rites ancestraux (aussi bien familiaux que communautaires) de façon très formaliste qu’elle peut lire dans le texte en relisant L’Iliade, Ellinaïs inscrit son action dans le grand retour de la conscience ethnique : la religion des Grecs antiques est avant tout la religion ethnique des Grecs de souche, et s’il est possible de devenir grec par naturalisation il est impossible de devenir membre de l’Ellinaïs sans être Grec de souche et prouver sa lignée. Comme toute Église chrétienne, l’Église orthodoxe grecque ne fait aucune différence d’origine ethnique entre ses croyants : n’importe quel Mélanoderme à la nationalité grecque acquise récemment y trouve sa place à partir du moment où il est en possession de documents administratifs le désignant comme Grec. A rebours de cet existentialisme chrétien, Ellinaïs est donc un mouvement essentialiste, car l’important n’est pas ce que l’on fait (Existence), mais ce que l’on est et d’où l’on vient (Essence). La rupture est donc radicale, au sens premier du mot, ce qui concerne les racines. 

En grec, d’ailleurs, le mot peuple se traduit de quatre façons, correspondant à des formes différentes de perception du concept : « génos » (soit famille, clan, tribu, base de l’organisation sociale), « laos » (réunion d’hommes, c’est-à-dire réunion des guerriers, terme homérique), « démos » (la communauté civique, c’est-à-dire à base juridique), et « ethnos » (la communauté biologique). L’Église orthodoxe a choisi son camp, celui du démos. Ellinaïs le sien, celui de l’ethnos et constitue donc une forme de réveil de la conscience ethnique des Grecs d’aujourd’hui.

Se considérant comme le successeur historique de la vraie religion nationale grecque, celle des Grecs homériques d’avant le christianisme (Nietzsche disait que la christianisation de l’Europe a été la plus grande catastrophe de l’histoire de l’humanité), Ellinaïs revendique 350 000 membres (sur 10 millions de Grecs) et organise des cérémonies religieuses dans plusieurs régions du pays, notamment en Attique. Face à l’Église orthodoxe – grande persécutrice historique du paganisme et qui considère avec haine le mouvement comme une abomination remettant en cause son pouvoir temporel sur la nation grecque – Ellinaïs a déjà gagné plusieurs procès pour avoir le droit de célébrer ses cérémonies (solstices, équinoxes, mariages religieux, fêtes civiques, baptêmes païens, enterrements) dans les anciens temples et sanctuaires antiques (y compris l’Acropole d’Athènes et le temple d’Apollon à Delphes), une action publique qui vise à se réapproprier l’espace sacré que l’Histoire lui a légué.

Afin de transformer un mouvement de renaissance d’abord d’origine intellectuelle et universitaire en mouvement populaire païen vivant et charnel, Ellinaïs a même fini par obtenir une reconnaissance de statut de religion comme les autres par les tribunaux et une plainte contre l’État grec est en cours pour discrimination religieuse auprès de la Cour internationale de justice de La Haye. Tout comme l’Asatruarfelagidh en Islande, les Gorseddau au Pays de Galles et en Cornouailles, Romuva en Lituanie, Nova Roma en Italie ou la Comunidad Odinista en Espagne, l’activisme d’Ellinaïs constitue une sorte d’avant-garde politico-religieuse dans le grand mouvement européen de renaissance raciale et culturelle qui nous concerne tous, de Lisbonne à Vladivostok, comme une torche prête à enflammer un champ de paille le moment venu. Un exemple de combat à suivre !

La jeunesse du mouvement Ellinaïs