La mystique des peines courtes

Les peines courtes d’emprisonnement sont le nouveau gadget, la nouvelle illusion d’un pouvoir qui ne sait plus quoi inventer pour prétendre lutter contre une délinquance qu’il refuse de combattre comme il le faudrait, et le nouveau mantra répété dans les médias, au prétexte que « ça marche ailleurs », aux Pays-Bas donnés en exemple ou on ne sait où, pays dont les autorités ne sont pas plus fiables dans la présentation de leurs méthodes et de leurs résultats que les françaises et tout autant décrédibilisées puisqu’elles ont, sous la même idéologie de mansuétude en matière pénale, mis leurs pays dans la même merde. Alors réfléchissons deux secondes pour tous ces perroquets médiatiques qui semblent incapables de le faire.

Contre un délinquant endurci et connu de la justice, il va de soi que le fait de le faire séjourner une semaine ou deux en prison ne peut avoir strictement aucun effet dissuasif, c’est de la franche rigolade.

Alors restent les autres, qui sont de deux types : 

– la petite racaille qui est également un délinquant endurci mais encore inconnu des services de police et de justice parce qu’il n’a pas eu l’occasion de se faire attraper, inconnu selon l’adage « pas vu pas pris » ; sur lui, une peine courte prononcée par une justice trompée croyant avoir affaire à un primo délinquant, par n’aura pas davantage d’effet que sur le délinquant qu’elle connaît déjà.

– et le véritable primo délinquant, qui manque de chance et se fait serrer à son premier écart. Il n’y a que sur ce dernier, et à la condition qu’il s’agisse d’un « Alexandre-Benoît » ou d’un « Charles-Edouard » momentanément égaré, ce qui est de nos jours plutôt exceptionnel dans la faune productrice de crimes et délits, qu’une peine courte d’emprisonnement peut éventuellement impressionner et dissuader de recommencer ; pour un crapaud de quartiers sensibles en revanche, qui a pour copains des petits voyous au milieu desquels il a lui aussi grandi, un passage d’une semaine ou deux derrière les barreaux sera, c’est bien connu, davantage reçu comme un baptême, une distinction honorifique au sein de la communauté délinquante.

Alors il faut replacer ces effets d’annonce sur une efficacité présumée de la peine courte, à leur niveau de manipulation de l’opinion, et se demander à quel niveau d’angélisme, d’utopie, d’aveuglement, d’obstination à ne pas vouloir faire preuve de sévérité, faut-il se situer pour croire que cette mesure poudre aux yeux puisse avoir un quelconque effet positif dans la lutte contre la délinquance et les incivilités ?…