La culpabilisation de l’homme par Dieu est propre au monothéisme. C’est un révélateur essentiel du masochisme qui caractérise le monde sémite dans son rapport au divin. La tradition européenne antique, qui ne fait pas usage de ce stratagème de domination, se révèle beaucoup plus saine. Il est plus que temps de rétablir la primauté de la pensée européenne sur son propre sol.
Dieux européens, et dieu sémite… La différence entre la conception antique européenne, grecque en l’occurrence, du rôle du divin (par ailleurs pleine de sagesse dans sa condamnation de la démesure), et la conception orientale sémite du rapport de l’homme à Dieu, conception sadique, soumettant l’homme à un dieu culpabilisateur et punisseur, apparaît pleinement à travers les extraits suivants tirés de Un samouraï d’Occident de Dominique Venner (2013) :
Loin d’être des modèles de perfection, les héros d’Homère sont sujets à l’erreur et à la démesure en proportion même de leur vitalité. Ils en paient le prix, mais jamais ils ne sont soumis à une justice transcendantale punissant des péchés définis par un Dieu extérieur à eux. Ni le plaisir des sens, ni celui de la force, ni les jeux de la sexualité ne sont assimilés au mal. Seule la démesure est montrée comme une faute pouvant mettre en péril l’ordre de la vie.
L’interprétation courante a trop négligé la signification profonde d’un moment essentiel du chant III de L’Iliade, qui répond par avance au poids effrayant que d’autres religions feront peser sur les hommes avec l’idée de la Chute et de la Faute. C’est le moment où le vieux roi Priam convie la belle Hélène sur les murailles de Troie afin de lui décrire les deux armées en présence, alors qu’une trêve vient d’être conclue. Bien consciente d’être la cause involontaire de la guerre, Hélène gémit, disant qu’elle voudrait être morte. Priam lui répond alors avec une infinie douceur qui nous surprend : « Non ma fille, tu n’es coupable de rien. Ce sont les dieux qui sont coupables de tout ! »*. Délicatesse et hauteur de vue stupéfiantes de la part du vieux roi, dont tous les fils seront tués. Mais de la part d’Homère, quelle généreuse et supérieure sagesse aussi, qui libère les humains de la culpabilité imaginaire dont les accableront d’autres croyances.
En plaçant ces paroles dans la bouche de Priam, Homère ne dit pas que les hommes ne sont jamais coupables des malheurs qui les frappent. Il montre ailleurs combien la vanité, l’envie, la colère, la bêtise et autres travers peuvent provoquer des calamités. Mais dans le cas précis de la guerre de Troie, comme dans beaucoup de guerres, il souligne que l’essentiel échappe à la volonté des hommes. Ce sont les dieux, le sort ou le destin qui décident. Des siècles d’histoire connue nous ont enseigné combien est sensée cette interprétation. Comment ne pas être frappé par sa sagesse alors que tant de religions accusent les humains et leurs péchés supposés de tous les désastres dont ils sont victimes, y compris les tremblements de terre**.
Mais les mots de Priam ont une portée plus vaste encore. Ils suggèrent que, dans la vie des humains, bien des fautes sont souvent l’effet du sort. Cette distance par rapport aux mystères des existences, ce respect pour autrui sont une constante dans les poèmes de L’Iliade. On peut y voir une preuve du haut niveau de civilité et de sagesse du monde que décrit Homère, à tel point qu’en comparaison le nôtre pourrait souvent paraître barbare.
*En effet, c’est à l’instigation de la déesse Aphrodite que Pâris est le séducteur et le ravisseur d’Hélène.
**L’Église interpréta l’épouvantable raz-de-marée qui détruisit Lisbonne en 1755 comme une punition céleste à l’instar de ce que fut, selon la Bible, le sort réservé à Sodome et à Gomorrhe, détruites en raison de l’immoralité de leurs habitants.

