A la face du monde, et sans la moindre vergogne, un coup d’état va avoir lieu en France ce mois de février 2025, perpétré par l’actuel occupant de l’Elysée, qui souhaite voir son homme lige Richard Ferrand nommé à la tête du conseil constitutionnel en remplacement de Laurent Fabius, autre élément systémique.
Ce poste est l’un des plus importants du régime, si ce n’est le plus important dans le calendrier actuel, car celui qui préside le conseil constitutionnel fixe les paramètres possibles du débat public et de l’action autorisée. Ce que le pouvoir peut faire, ce qu’il ne peut pas faire, ce qui lui est interdit, de quelle manière et sur quelle question consulter le peuple, c’est à bien des égards à cet endroit que cela se décide, et pas ailleurs.
Laurent Fabius, le sortant, membre majeur du Parti socialiste, ancien premier ministre de François Mitterrand, éclaboussé par le scandale du sang contaminé par le virus du sida, a travaillé à sa manière à transformer le conseil constitutionnel en verrou antidémocratique par excellence. Son esprit pense que nous sommes dans une société travaillée par « l’extrême-droite », par une tentation populiste, par les pulsions identitaires, discours bien connu, et les institutions dont il se voulait gardien doivent selon lui avoir pour fonction d’empêcher cette protestation populaire, l’empêcher de mordre sur la vie politique en place. Il se voyait comme l’homme qui allait mater cette insurrection, verrouiller les institutions, empêcher le peuple de se mêler de ce qui le regarde. C’est le sempiternel discours de cette camarilla oligarchique qui s’accroche au pouvoir, exprimée par Jean-Noël Barrot à l’occasion des élections législatives de 2024, « La seule majorité possible, c’est celle qui va de la droite modérée à la gauche modérée ».
Il est remplacé par Richard Ferrand, c’est pour ainsi dire acquis, ce qui confirmerait l’emprise du Parti socialiste « canal historique » sur les institutions de ce pays. En effet, il faut bien comprendre que le Parti socialiste, s’il a été vaincu à répétition dans les urnes, s’il n’est plus qu’une peau de chagrin qui tente de survivre dans le marigot du Nouveau front populaire dans l’ombre de Mélenchon, contrôle encore par ses hommes en place issus de la Mitterrandie et de la branche Rocardienne, l’ensemble des grandes institutions, même s’il est désavoué par le peuple.
Pourquoi la nomination de Richard Ferrand, s’il est nommé avec la complicité d’une majorité de parlementaires, est-elle si importante. Il sera là pour neuf ans, durée du mandat. Ce qui veut dire que non seulement il survivra à Emmanuel Macron, mais il survivra au président qui suivra. La fonction qui est donc confiée à Richard Ferrand, avec le profil qui est le sien, c’est de poursuivre le travail de Laurent Fabius, lequel avait vu monter la revendication pour un référendum sur l’immigration, ou sur la réforme des institutions, Fabius qui avait dit lors de la séquence 2021/2022 qu’il n’y aurait pas un tel référendum, qu’il serait celui qui y fera obstacle, parce que le conseil constitutionnel c’est le « temple du droit », c’est le temple de « l’État de droit », et tant qu’il le dirigerait il n’y aurait pas de consultation populaire sur ces sujets. Il faut d’ailleurs rappeler qu’à l’occasion de la « loi immigration », le conseil constitutionnel s’est permis de censurer des articles importants de cette loi, et de dire que l’immigration n’était pas une « question sociale ou économique », argument particulièrement malhonnête, donc impropre au référendum. Tout ce verrouillage correspond à la dialectique historique des temps présents. On a vu ces dernières années que plus le peuple exprimait de désaccord avec la politique imposée, plus on cherchait à l’empêcher de traduire sa révolte politiquement. On peut en donner trois exemples :
– à l’Assemblée nationale avec le « front républicain » fédération des proscrits et des vaincus coalisés pour empêcher les révoltés (par le bulletin de vote) de se faire entendre,
– au conseil constitutionnel avec le verrouillage référendaire,
– et dans les médias du Système, fascinants à observer d’un point de vue sociologique et ethnologique, avec ce débat sur une chaîne du service public il y a quelques jours à propos du droit du sol, de l’immigration et comment celle-ci change le pays, débat au cours duquel Rachel Binhas (journaliste associée à la gauche et au magazine Marianne) a évoqué l’inquiétude du peuple français sur la modification du paysage culturel, social, anthropologique, identitaire qui est le sien, sous les ricanement et moqueries autour de la table, montrant l’incapacité de ces gens de prendre au sérieux la simple expression de cette inquiétude. On organise des débats sur la télévision de service public pour expliquer que le débat ne devrait pas avoir lieu.
Tout ce qui relève du régime a pour fonction en ce moment d’empêcher le peuple d’être entendu. Du conseil constitutionnel au service public en passant par l’Assemblée nationale, on constate que le régime se radicalise au rythme où il est désavoué, et cette nomination participe de ce mouvement.
Richard Ferrand n’est pas l’incarnation du « vieux sage » que l’on espère ou que l’on imagine à la tête d’une pareille institution. On se trouve devant le vieux briscard, le vieux roublard, l’aventurier politique, l’apparatchik, le technocrate, l’homme du scandale de la Mutuelle du Mans, mais pas devant le vieux sage. On se trouve devant un homme qui est choisi pour sa fidélité au régime, pour son appartenance au Parti socialiste canal historique qui s’est prolongée dans la Macronie, poursuite du Parti socialiste par d’autres moyens. Un homme qui sera nommé avec ces convictions. Alors quand dans quelques jours le conseil constitutionnel va encore empêcher les Français de se prononcer sur une question importante, on nous dira que c’est l’État du droit », et le droit se présentera à nous à la manière d’une révélation divine, objective, sans contestation possible.

Il va falloir rappeler que si le conseil constitutionnel est « indépendant » institutionnellement, cela ne veut pas dire qu’il est dénué d’orientation idéologique. C’est le rapport au droit qui se pose avec ce sujet. Nous sommes en Occident dans des sociétés qui ont accordé un tel pouvoir au droit, au juge (conseil constitutionnel ici ou cours suprêmes ailleurs), que celui-ci prétend appliquer le droit alors qu’il crée désormais un nouveau droit, il ne se contente plus d’appliquer le droit tel que le souhaitait celui qui le rédige, le législateur, il se substitue indument au législateur, il a basculé dans la spéculation créatrice dans l’application du droit, le « super législateur » dans nos sociétés c’est devenu le juge. Il faut rappeler l’histoire de l’évolution du conseil constitutionnel sous la Ve République. A l’origine en 1958, il est là pour le contrôle formel de la loi, et pour rien d’autre. Mais à partir de 1971, il y a une forme de coup de force opéré par le conseil constitutionnel qui s’auto-attribue, s’approprie la matière et se met à l’interpréter sous un biais idéologique, il sort de sa fonction historique. De là, il peut tirer toutes les conclusions qu’il souhaite du droit. Plus on interprète le droit à partir de principes généraux, plus on est capable de lui faire dire ce que l’on veut. Et la faiblesse du politique a été de laisser faire, de se laisser déposséder. C’est ainsi que s’est opéré un coup de force, un quasi coup d’état des juges à l’intérieur des institutions de la Ve République. Il n’y a plus de continuité institutionnelle entre la constitution du Général de Gaulle et celle des Fabius Ferrand et consorts, il y a un coup de force maquillé derrière l’idée d’une « progression du droit ». Au fil du temps, le politique s’est permis de confier toujours davantage de pouvoir au conseil constitutionnel, mais sans jamais consulter le peuple.
Sur la question de l’immigration, fondamentale, qui risque de changer la nature même du peuple français, ce dernier n’a jamais été consulté. Et ils viennent nous explique que c’est une bonne chose qu’il ne l’ait pas été parce qu’il ne devrait pas avoir son mot à dire sur cette question. De ce point de vue, comment parler encore sérieusement de démocratie ?
On ne peut se satisfaire de la situation présente. Il est anormal de considérer comme le fait l’oligarchie qui détient le pouvoir que le peuple ne doit pas être consulté sur les sujets qui LUI importent. Il y a une contradiction aujourd’hui entre d’une part ce qu’ils appellent « l’état de droit » qui est en fait la tyrannie d’une caste maquillée derrière un culte constitutionnel, et d’autre part une conception véritable de la souveraineté populaire, qui n’a en réalité jamais existé en France républicaine. Il faut noter par ailleurs que, par le plus extraordinaire des hasards, Richard Ferrand s’était déclaré favorable à ce qu’Emmanuel Macron puisse faire un troisième mandat contrairement aux dispositions légales actuelles, et qu’il envisageait pour cela une modification de la constitution. Emmanuel Macron nomme quelqu’un qui est pour son troisième mandat à la tête du lieu où il est en capacité de modifier la constitution permettant ce troisième mandat. Nous sommes strictement dans le domaine du coup d’état, et dans la République des copains et des coquins.
