Certains auteurs assimilent l’épisode de la Guerre entre les Atlantes et les Athéniens (- 9 600 av. J.-C. selon Platon) à celui qui aurait eu pour théâtre l’Égypte de Ramsès III et que l’on situe vers 1250 av. J.-C. En effet, ce pharaon a laissé la description d’un événement survenu vers cette date et que l’on pourrait intituler « Guerre entre l’Orient et l’Occident » avec, comme sous-titre, « Égyptiens contre Hyperboréens ». Nous trouvons confirmation de cet événement dans l’Histoire Grecque et dans les inscriptions du temple égyptien de Medinet-Habou.

L’Histoire Grecque, tout d’abord, confirme qu’une invasion de l’Égypte eut bien lieu, ayant pour auteurs les « Hyperboréens » qui, venant de la mer du Nord, traversèrent la Méditerranée, après avoir fait alliance avec leurs frères de sang, c’est-à-dire les habitants de l’Ancienne Italie et les « Libyens ».
Des inscriptions du temple de Medinet-Habou, il résulte que les Hyperboréens entreprirent une grande expédition vers le Sud, occupèrent la Grèce (sauf Athènes et l’Attique inexpugnables), débarquèrent en Crête et à Chypre, poussèrent jusqu’en Asie (sous ce nom les Anciens ne désignaient que l’Asie Mineure), attaquèrent l’Égypte par terre et par mer. Au cours de cette entreprise, ils purent franchir le Delta du Nil avec une puissante flotte, mais ils furent finalement battus.
Les inscriptions de Ramsès III disent que les « Hyperboréens » étaient « venus des îles et de la terre ferme placée sur le grand cercle d’eau, du bout du monde et du « neuvième arc »…
Les Égyptiens établissaient donc exactement le lieu d’origine de leurs ennemis : Les Hyperboréens avaient leur rocher royal sur l’île de Basileia. Fière comme si elle avait été taillée dans la masse, émergeant sur la mer avec ses rochers rouges, blancs et noirs, riche de minerais de cuivre (d’où la thèse identifiant les restes de l’Atlantide avec Héligoland).
Les peintures murales égyptiennes représentent ces conquérants nordiques la tête protégée par des casques à cornes, ou « branchus », munis d’écussons ronds et leurs femmes coiffées de longues tresses. Cette description des casques à cornes est aussi celle des couvre-chefs des Shardanas, l’un des « Peuples de la Mer » qui avait été en guerre contre les Égyptiens entre 1400 et 1200 av. J.-C. Les Chroniques égyptiennes rapportent que les « Peuples de la Mer » se servaient d’armes de cuivre et de bronze, mais aussi de fer. Les armes de fer les plus anciennes d’Égypte datent de 1200 av. J.-C. : il est normal qu’elles aient été portées par les Hyperboréens durant leur grande expédition militaire.
Ces peuples, qualifiés de « peuples de la mer », qui effectuèrent leur marche à travers l’Europe pour se lancer au-delà de la Méditerranée étaient originaires de la Suède méridionale, du Danemark et de l’Allemagne du Nord Il faut noter à cette occasion que l’usage par l’Allemagne des couleurs rouge, blanc et noir pour son drapeau de 1866 à 1933 et pour d’autres emblèmes par la suite correspond à la description de l’île de Basileia faite par les Égyptiens comme nous venons de le voir, montrant la très grande ancienneté dans l’utilisation de ces couleurs par les peuples germaniques). Ces « peuples de la mer » étaient, dit Ramsès III, les Phères (les Frisons), les Saksar (Saxons) et les Denen (Danois) auxquels s’allièrent les Turscha (Tyrrhéniens), les Sekelesa (Sicules ou Siciliens), les Sardana (Sardes) et les Vasasa que nous identifions avec les populations de la Corse.
Nous avons vu précédemment (voir l’article La Corse fut-elle une colonie Atlante ?) que ces « peuples de la mer » avaient bien envahi et conquis la Corse et cela signifie que le type de statues-menhirs montrant des personnages portant des casques à cornes, découvert au lieu-dit « Plateau de Cauria » en juillet 1964 par Roger Grosjean ne représente pas des autochtones mais bien ces envahisseurs qui ne seraient autres que les successeurs et les vainqueurs des dernières colonies atlantes de la Méditerranée Occidentale. Mais laissons la parole à Roger Grosjean :
« Les Mégalithiques utilisaient comme armes des flèches terminées par des pointes taillées dans la pierre dure locale et l’obsidienne. Ils n’avaient sans doute pas de métal ni d’armes de bronze (…) Nous en déduisons que les statues de la Civilisation Mégalithique Corse représentaient les chefs et les guerriers ennemis tués au combat. Cette tradition est attestée ailleurs qu’en Europe : les statues Türücks d’Orkhoust, en Sibérie du Sud, représentaient également autour des tombeaux les ennemis vaincus, c’est ce que nous rapportent les annales chinoises de Tchéou (une confirmation ethnologique de cette invasion se retrouve dans les pratiques magiques du « Mazzerisme » corse, proche parent du Chamanisme sibérien). Pourquoi les Mégalithiques prenaient-ils tant de peine à représenter dans la pierre dure leurs ennemis ? Les raisons en sont multiples : acte magique qui tendait à enfermer dans la pierre l’esprit belliqueux de l’adversaire pour qu’il ne puisse plus jamais se manifester ou trophée qui rappelle les encoches faites sur une arme de guerre ou de chasse autant de fois qu’elle a tué, tradition que l’on retrouve aujourd’hui sur les chars, avions et bateaux de la guerre (…) Cette théorie permet d’expliquer le soin avec lequel sont représentés sur ces statues non seulement les armes, mais l’habillement étrange des ennemis – alors que bras et jambes sont négligés -, de considérer ces statues comme le répertoire sacré des ennemis exterminés (…) Deux des dernières statues découvertes dans l’alignement n° 1 Stantari du plateau de Cauria nous ont mis sur la voie. La représentation de Cauria n° 2 et n° 4 est assez fidèle avec, au centre, l’épée-dague soutenue par un baudrier scapulaire. Perpendiculairement à la pointe de l’épée une ceinture pagne qui fait le tour de la statue supporte sous le ventre une sorte de devanteau et, par derrière, un motif vestimentaire curviligne. De dos, une gravure verticale représente soit la colonne vertébrale, soit la lanière du baudrier. La tête porte des cupules pariétales de 7 cm de diamètre et de 3 cm de profondeur. Ces alvéoles ne peuvent être que des réceptacles et seules des cornes de bovidés vraies ou fausses pouvaient être fixées dans ces cavités pour représenter un casque cornu. Il n’existe qu’un peuple qui correspond aux représentations des statues-menhirs armées de Corse, c’est l’un de ces « Peuples de la mer » qui firent trembler l’Égypte entre le XIVe et le XIIe siècle av. J.-C. : les Shardanes. Les comparaisons entre les représentations des statues-menhirs armées de Corse et les magnifiques bas-reliefs de Medinet-Habu retraçant le combat naval aux portes de l’Égypte vers 1190 av. J.-C., entre la flotte égyptienne et la coalition des Shardanes et des Philistins, sont tellement troublantes qu’elles suggèrent naturellement une identité d’origine détaillée dans le tableau ci-après :
| MEDINET-HABU | STATUES-MENHIRS ARMÉES DE CORSE |
| CORNE ornant les casques des Shardanes | CORNES réelles ou factices fixées dans les cupules-réceptacles des casques représentées sur les statues Scalsa-Murcia, Filitosa 13, Cauria 2 et 4 |
| CASQUES hémisphériques | Principalement représentés sur les statues Filitosa 1, 3, 4, 7, 13, Cauria 2 et 4 |
| CASQUES à rebord sinueux et à couvre-nuque accentué | Principalement représentés sur les statues 5 et 6 |
Roger Grosjean Poursuit :
« Nous continuerons ces quelques comparaisons en prenant aussi bien comme exemple les Shardanes que leurs alliés les Philistins qui portent tous deux, en dehors du casque et de la coiffure qui les différencient… les mêmes armes et équipements » :
| MEDINET-HABU | STATUES-MENHIRS ARMÉES DE CORSE |
| BOURRELETS de protection des clavicules et des omoplates | Représentés sur les statues Filitosa 5, 6 et 7 |
| CORSELET ventral et dorsal dont la majorité porte cinq sillons soit quatre bandes | Représenté au dos des statues Filitosa 13 et Scalsa-Muria |
| CEINTURES | Les statues-menhirs corses en portent dans leur grande majorité |
| TUNIQUES à bandes perpendiculaires | Peuvent être représentées au dos de la statue Filitosa 10 |
| Longues ÉPÉES | Portées par les statues Filitosa 1, 5, 6, et Valle |
| DAGUES à garde relevée | Portées par les statues Filitosa 7, Scalsa-Muria, Cauria 2 et 4 |
| PORT et POSITION du poignard (ou de la dague très courte) | Statues Filitosa 3, 4, 5 et la statue « U Cantonu » |
(Lignes sont extraites de l’ouvrage de Roger Grosjean La Corse avant l’Histoire, éditions Klincksieck, Paris, 1966, p. 65-68, 69-70 et 71.)
Ce luxe de détails apportés par Roger Grosjean sur cet épisode de la Préhistoire de la Corse nous amène donc à refuser l’assimilation entre ces « Peuples de la mer » (originaires de la Suède méridionale, du Danemark et de l’Allemagne du Nord) et les Atlantes dont Platon nous a relaté la guerre contre les Athéniens vers 9600 ans av. J.-C.
Pourtant, il ne serait pas improbable que les races nées très à l’Ouest de l’Atlantide se soient rapprochées de l’Afrique du Nord et qu’elles aient influencé le monde méditerranéen bien que certains traditionnalistes supposent que cette influence serait venue du fabuleux Continent de « Mu », ou bien aussi, que la Méditerranée a été la « conjonction » entre les deux continents engloutis.
Mais, plus intéressante serait l’hypothèse suivant laquelle les zones nord-orientales de l’Atlantide se seraient étendues jusqu’au nord de l’Europe. Dans ce cas, la théorie qui voudrait que les Atlantes et les Hyperboréens n’aient formé qu’un seul et même peuple serait en partie fondée.
Il est d’autre part vraisemblable que l’Atlantide eut des relations avec cette « Hyperborée » mystérieux sanctuaire des cultes apolloniens, des hautes traditions orphiques, dont toutes les traditions nous mentionnent l’existence.
Quoi qu’il en soit, les peuples bruns aux yeux noirs que les Anciens appelaient « Ligures », tailleurs de pierre émérites, devenus plus tard métallurgistes du bronze sous des influences extérieures, ont reçu la visite de peuples aux yeux bleus, aux cheveux blonds, venus des régions hyperboréennes ou peut-être de la région danubienne, et qui se répandirent au début des temps historiques, à l’âge du fer, des îles britanniques à la mer Noire.
La « conjonction » de ces deux pôles de la Tradition Hyperboréenne (l’Arménie et les contrées nordiques) peut être trouvée dans l’aire méditerranéenne. L’Hyperborée, c’est le seuil boréal auquel vint buter la civilisation méditerranéenne, lorsque celle-ci prit conscience d’elle-même, plusieurs millénaires avant Jésus-Christ. Combien de millénaires ? Il est difficile de le dire. L’archéologie nous révèle des civilisations de plus en plus anciennes, qui nous reportent au mésolithique, sept à huit mille ans avant notre ère. Mais s’il est relativement aisé de fouiller les vieux plateaux de l’Anatolie ou de l’Iran, il n’est pas facile de soulever la calotte glaciaire, pour savoir ce qui pourrait se cacher dessous. Et pourtant, il est probable qu’il y eut un « seuil boréal », unissant le continent eurasiatique au continent américain ; et il y eut aussi une civilisation archaïque qualifiée de « Boréale » (recherches archéologiques des grands lacs américains) ; une civilisation du cuivre, de l’étain, et plus tard, du bronze, de l’ambre aussi – cette résine fossile -, qu’attestent des relations très anciennes entre pays nordiques et pays méditerranéens. Ceci nous permet d’atteindre au deuxième Millénaire, au temps de la domination crétoise, puis mycéenne, en ces temps où sont nés, précisément, ces Mythes de l’Hyperborée. Les Égyptiens nous parlent des « Peuples de la Mer », contre lesquels eurent à se défendre les rois de la Dix-Septième et de la Dix-Huitième Dynastie, que finit par mater Ramsès III, en 1190… Mais l’audace de ces Hyperboréens se serait aussi manifestée par les voies terrestres, franchissant les cols des montagnes, les lacs, les fleuves, l’Istros (le Danube), l’Eridan (le Pô) ou le Borystène (le Dniepr), descendant vers les plaines déjà réputées fertiles de la Ligurie, de la Tyrrhénie, de l’Illyrie, de la Thrace et de la Macédoine.
Ce sont ces peuples originaires du prolongement nordique de l’Atlantide, animés du mythe de l’Éternel Retour propre aux peuples germano-scandinaves, et rameutant au passage leurs « frères de sang » méditerranéens, que nous pouvons identifier comme étant les descendants des rescapés nordiques de l’Atlantide et les proches cousins de l’ « Homo Atlanticus ».
Ces « Peuples de la Mer », qualifiés de Pélasges, d’Hyperboréens et parfois même d’Atlantes, par les auteurs grecs, empruntèrent le chemin des grandes migrations vers le Sud en recoupant très exactement l’aire de peuplement des « Atlanto-méditerranéens » à tel point que certains ont pu les confondre avec les Atlantes eux-mêmes, pourtant bien antérieurs de plusieurs millénaires.
Laurence Talbot, dans son ouvrage fondamental, Les Paladins du monde occidental (Éditions du Cercle Français du Livre, Paris 1965, p. 30 et suivantes), a remarquablement résumé notre thèse quand elle affirme : « Pour les Grecs, les Pélasges étaient les gens de la haute mer : pelagos. Par « haute mer », il ne faut pas entendre le large par rapport aux côtes, mais la mer des régions hautes ou sumériennes. Pour les Hellènes, l’expression « Peuples de la Mer » qui, après les Pélasges, s’est appliquée aux Achéens, a toujours comporté dans la légende quelque chose à la fois de terrible et de grandiose qui ne pouvait pas avoir trait à des marins du pays. Quand Platon, qui le tient de Solon, « le plus sage d’entre les sept sages », rapporte dans son Timée qu’au début de leur histoire, la Grèce et l’Egypte ont été conquises par des peuples de la Mer venus de l’Ouest, c’est à ceux-là qu’il est fait allusion : à ceux de la haute mer occidentale, c’est-à-dire de l’ATLANTIQUE NORD. D’ailleurs, à l’heure actuelle, scientifiquement, les pélagiens sont des poissons qui descendent des mers du Nord pour se répandre périodiquement… dans la Méditerranée.
Jean Angelini
