Vider les écuries d’Augias et réhabiliter les gibets

La France ne peut plus se permettre de propulser au pouvoir suprême des parvenus, souvent ignares et incompétents, dont l’art exclusif se résume à la séduction des foules et à la soumission aux puissances de l’argent. Les masses, sans réflexion, présentent un caractère à la fois violemment effrayé par le changement, et hasardeux. La peur du lendemain étreint au quotidien l’homme de la rue ; aussi ne cherche-t-il jamais à modifier un système politique qui lui fournit, bon an mal an, mais régulièrement, sa pitance ; il n’accepte de changer le système constitutionnel et idéologique (et avec quelle brutalité !) qu’en cas de catastrophe majeure, c’est-à-dire trop tard et avec pertes et fracas. En outre, la masse apprécie d’être séduite, sans qu’elle possède les éléments intellectuels indispensables à la compréhension des rouages sous l’empire desquels elle vit ; aussi répète-t-elle en chœur la propagande officielle, et soutient-elle l’énergumène le plus ignoblement faiseur de promesses qui vient la caresser dans le sens du poil, c’est-à-dire celui qui voit à court terme. L’homme d’Etat pense à la prochaine génération, l’homme politique pense à la prochaine élection. Nous n’avons plus que des hommes politiques. Les esprits lucides savent que l’on ne séduit pas une foule à coups de réprimandes, ou de promesses de souffrances, ou par la dispute, et rarement par l’intelligence pure. On la séduit en batifolant et en frimant. La foule démocrate, volontairement entretenue dans peu d’instruction et abêtie par son caractère massif, est une coquette et une midinette qui couche facilement avec des séducteurs véreux. Or l’exercice du pouvoir d’Etat ne fonctionne pas autrement qu’une union matrimoniale. Qu’attendre par conséquent d’un mauvais coucheur ? Nous ne pouvons plus nous autoriser à placer n’importe qui au pouvoir, ni d’hypocrites ennemis de la patrie.