La volonté de manipulation de la population par l’idéologie qui tient la France se manifeste même là où on ne le soupçonnerait pas. C’est une réalité, qui n’a rien à voir avec la paranoïa ou la théorie du complot. Elle s’exerce insidieusement entre autres à travers la subversion du vocabulaire.
Les exemples sont nombreux, mais prenons celui du mot tolérance pour engager le propos. Habilement détourné de son sens premier et véritable par les apôtres de la panmixie, le mot désigne aujourd’hui dans les esprits le fait d’être bienveillant à l’égard d’autrui : on est sympa, on est « tolérant ». Alors que son sens réel est celui d’accepter sans autoriser formellement, de supporter, ce qui sous-entend donc une notion relative à ce qui est désagréable, gênant. On supporte la douleur, ou le voisin trop bruyant. Ce qui nous est agréable n’a pas besoin d’être supporté. Un sens réel bien éloigné de la « cool attitude » et de « l’ouverture à l’Autre » que la pensée gauchiste a implanté dans les cerveaux.
« La perversion de la Cité commence par la fraude des mots ». Ces mots peu connus de Platon sont plus que jamais d’actualité. Car personne n’échappe à l’immense entreprise d’aseptisation du vocabulaire qui pullule dans les médias et autres instances du politiquement correct. Pour la bonne forme, rappelons qu’un mot est généralement utilisé pour désigner des objets ou des réalités consacrés par l’usage. Ce qui fait que chacun peut comprendre autrui sans trop de malentendus. Ça, c’est pour le principe, car dans les faits, il en va tout autrement. En effet, les convenances terminologiques du politiquement correct, nous ont plongé dans l’euphémisme trompeur. Ainsi, le balayeur est devenu un technicien de surface, le chômeur un demandeur d’emploi, la grève un mouvement social, le clochard un sans domicile fixe, le nain une personne de petite taille, le pédéraste un gay, le sourd un malentendant, le nègre un black, le maghrébin un jeune, la prostituée une travailleuse du sexe, le bordel un salon de massage, l’avortement une interruption volontaire de grossesse, le réfugié un requérant d’asile, le clandestin un sans-papiers, le vol une dépossession, la prison un espace carcéral, le vandalisme une incivilité, le viol collectif une tournante, le voyou un sauvageon, la délinquance concrète un simple sentiment d’insécurité, etc. Comment en est-on arrivé à de tels abus de langages, proches d’une véritable novlangue ? (pour ceux qui n’auraient encore jamais entendu ce terme ni lu George Orwell, c’est un néologisme qui désigne le langage volontairement appauvri afin de rendre impossible l’expression des idées qualifiées de critiques ou subversives par le régime).
L’émasculation du vocabulaire naît – et ce n’est pas étonnant – à l’époque des « Lumières ». Un arrêt du conseil du parlement de Rouen en date du 12 juin 1787 interdit d’appeler bourreaux ceux qu’il faudra désormais appeler les « exécuteurs des jugements criminels », et l’Assemblée nationale recommande, le 24 décembre 1789, de les appeler « citoyens exécuteurs ». De prime abord, on pourrait penser que cette « périphrase angélique » n’est qu’un petit glissement sémantique, un petit allègement verbal de la disgrâce, destiné à éviter de choquer les âmes sensibles. En somme, qu’il s’agit d’utiliser de jolis mots pour contourner une réalité qui n’est pas très folichonne… Évidemment, il n’en est rien. Quiconque a vaguement étudié les techniques de manipulation et de désinformation, sait que le choix partial du vocabulaire agit comme forme de pensée préfabriquée. En clair, en apprenant à parler politiquement correct, on apprend à penser politiquement correct. Le langage aseptisé ne sert donc plus à décrire la réalité en tant que telle, mais est utilisé comme une arme dialectique au service d’une idéologie. En l’occurrence celle de l’utopie égalitaire marxiste qui a engendré récemment des néologismes technocratiques comme le droit-de-l’hommisme.
Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (seconde partie, page 52 de la collection classiques Garnier : Œuvres politiques), préfigurait déjà bien le politiquement correct lorsqu’en 1755, il déclare : « Celui qui chantait ou dansait le mieux, le plus beau, le plus fort, le plus adroit, ou le plus éloquent, devint le plus considéré ; et ce fut là le premier pas vers l’inégalité et vers le vice ». En associant l’inégalité et le vice, il associe de facto aux vices les hommes véritablement supérieurs. Pour supprimer le vice, il faut donc éliminer l’inégalité, donc la conscience que l’on a de la supériorité de certains, donc de cette supériorité elle-même. L’euphémisation du vocabulaire n’est que la prolongation de cette logique de négation des réalités et de nivellement des différences.
La manipulation du vocabulaire est ensuite devenue une spécialité marxiste-léniniste. Vladimir Volkoff, qui fut un bon connaisseur des techniques de désinformation et de manipulation de l’opinion, nous dit que « le communisme ne s’est pas contenté d’exiger que l’on agît comme il fallait et que l’on pensât comme il fallait : il a voulu que l’on parlât comme il fallait, sachant bien que la pensée est impuissante sans parole et qu’un certain vocabulaire condamne non seulement au mensonge exprimé mais au raisonnement tordu. » Un seul exemple : en russe le terme bolchevik signifie majoritaire, pourtant Lénine en a décoré sa faction alors que celle-ci était… minoritaire. Les communistes ont systématiquement recours à ce procédé parce qu’ils ont toujours refusé la réalité pour en créer une autre, en accord avec leur idéal de l’existence. C’est que leur vision égalitaire et indifférenciée de la société s’accorde assez mal avec la nature humaine (et la Nature en général d’ailleurs). Car la nature humaine n’est pas vraiment spontanément « ouverte sur l’autre, tolérante, et antiraciste ». D’où cette idée d’un Homme nouveau domestiqué, censé sublimer ses instincts « animaliers » (jugés sales et irrationnels), afin de s’épanouir dans un utopique bonheur collectif transcendé par la fraternité universelle et le progrès illimité. Malheureusement comme on n’a encore jamais fait rentrer une pièce carrée dans un trou rond sans en arrondir les angles, le résultat de l’« expérience » communiste s’est soldé au bas mot par une centaine de millions de morts, soit la plus grande boucherie idéologique de l’Histoire.
Les choses se sont véritablement gâtées pour le monde occidental lorsqu’au début des années soixante, de Gaulle déclare sous forme d’une boutade : « Donnons la culture à la gauche, ça les occupera ! », considérant probablement que seules l’Économie et la Diplomatie étaient des matières « sérieuses » dignes de la droite. Ce faisant, il a mine de rien laissé le terrain culturel complètement libre a des gens qui, depuis Gramsci, avaient compris que la culture et le vocabulaire, c’était ce qu’il y a de plus important ! La façon dont on prend en charge les enfants, la façon dont on les élève, ce qu’on leur transmet, est bien ce qu’il y a de plus important pour une société. C’est pourquoi ce fut une monumentale connerie que fit de Gaulle en abandonnant le champ de l’enseignement et de la culture de façon monopolistique à la gauche. La transformation des esprits par la transformation du langage. D’aucuns pourraient croire que c’est un sujet très secondaire dans les politiques mises en œuvre, que c’est du « gadget sociétal » de la bobo-gauche, par rapport à des sujets plus prégnants dans le quotidien des gens tels que le chômage, l’insécurité ou le pouvoir d’achat. Or, le sujet est absolument fondamental puisque par la transformation du langage on n’aboutit à rien de moins qu’à un changement de civilisation. Pas étonnant donc, qu’après bientôt soixante-dix ans d’hégémonie culturelle et de monopolisation du métapolitique, on en soit arrivé quasiment à une novlangue. Cette domination totale du champ culturel par la gauche a favorisé le règne de la pensée unique et l’instauration du consensus qui rassemble aujourd’hui, dans une commune adhésion au système, tous les partis politiques mensongèrement parés du qualificatif « démocratiques ».
Le triomphe définitif du politiquement correct sur la Vérité, a eu lieu avec l’avènement de « l’État providence ». En corollaire à cette vision de l’existence s’est opéré un immense ramollissement des esprits et de la morale. De la langue de bois marxiste, on est passé à la langue de coton social-démocrate. Les mots cherchent à embellir, et le négatif est toujours présenté sous son meilleur jour. Bienvenue à l’ère de la « communication positive » ! L’art des formules floues et de l’euphémisation devient l’arme préférée de la caste politique et de la caste médiatique. Tous les domaines de l’activité humaine se retrouvent gangrenés par cette sournoise mentalité moralisante qui consiste à adoucir la réalité pour en dissimuler les caractères désagréables. À ce propos, il est assez révélateur de constater que le champ lexical de l’immigration actuelle est particulièrement touché par l’aseptisation du langage. Ah ! Ces fameux « jeunes » des « banlieues difficiles » qui provoquent une « montée de l’insécurité » ! Et ces « migrants » qui ainsi dissimulés n’ont plus rien de clandestin. Langue du plus beau bois, en chêne massif ! Avec une telle prudence rhétorique, on peut légitimement conclure que le « débat » sur l’immigration évolue dans un univers particulièrement déconnecté du réel. À force de s’interdire de prononcer un certain nombre de mots, la France d’aujourd’hui est en proie à une crise criminelle grave. Dans ce pays où l’on ne peut plus appeler les choses par leur nom, la réalité qui a été fabriquée par des bureaucraties de gens repliés sur eux-mêmes, renfermés dans des ministères et des salles de rédaction, cette réalité leur est devenue insoutenable. Ces gens ne parlent jamais que de délinquance et de délinquants, ils disent délits lorsqu’il faudrait dire crimes, et incivilités lorsqu’il faudrait dire délits. Or, tout psychologue, même débutant vous le dira, ce que l’être humain ne sait pas désigner, il ne peut pas l’affronter. Si l’on ne doit retenir qu’une seule chose de ce sujet formidablement important, c’est que ce pays est dans la fuite devant la réalité. Les euphémismes sirupeux trahissent donc non seulement une certaine répugnance à voir et nommer clairement la réalité, mais surtout une volonté de diminuer le domaine de la pensée afin de verrouiller le débat. La réduction au minimum du choix des mots aide indirectement à atteindre ce but.
De plus, la langue de bois prétendument démocratique et plus réellement marxiste culturelle est le chef-d’œuvre de la désinformation puisqu’il est impossible de la parler sans devenir, par l’effet du vampirisme, désinformé et désinformant en même temps. Des individus de bonne foi (mais souvent aussi de mauvaise) – les fameux « idiots utiles » de Lénine, se transforment alors, sans s’en rendre compte, en caisses de résonance et se mettent à propager, en toute bonne conscience, un vocabulaire orienté idéologiquement. Alors qu’il aurait fallu renforcer le sens critique face à cette entreprise de décérébration collective, les cours d’étymologies ont été purement et simplement supprimés des programmes scolaires. Or, pour connaître le sens réel des mots il faut en avoir étudié l’origine dans les langues anciennes. Sans âme et sans histoire, les mots, comme les Français, deviennent alors de plus en plus désincarnés, de plus en plus vides de sens, de plus en plus privés de l’étymologie, de l’histoire de la langue, bref de tout réalisme linguistique, et par conséquent n’opposent plus guère d’obstacles à la propagation d’idées abstraites marxistes ou prétendues nouvelles.
La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force. Ces trois slogans scandent l’ouvrage de George Orwell, 1984. Dans le roman, la population est abreuvée de cette propagande par les ministères de la Vérité, de la Paix, de l’Amour, et de l’Abondance. La réalité dans les démocraties occidentales a basculé dans les cauchemars totalitaires décrits par Huxley et Orwell. Les parallèles sont saisissants. « On exige du citoyen, non seulement qu’il ait des opinions convenables, mais aussi des instincts convenables. S’il est naturellement orthodoxe, il saura, en toutes circonstances, sans réfléchir, quelle croyance est vraie, quelle émotion est désirable » (du même ouvrage). En Grande-Bretagne, de longue date désormais, le gouvernement a tranché : l’islam n’est pas en cause, il ne contient rien de mauvais. En conséquence, il a été décidé le 17 janvier 2008 d’employer une nouvelle terminologie pour désigner le terrorisme islamique. Depuis, les autorités dans tous leurs communiqués y font référence sous le terme « activités anti-islamiques ». Le mensonge, c’est la vérité… Le « cépalislam » politico-médiatique s’est répandu comme on le sait, chez nous également.
Brouiller le sens des mots, c’est brouiller les esprits, et permettre de leur imposer n’importe quoi. En revanche, quiconque possède les mots, possède la pensée, et si on possède la pensée, on possède tout le reste. Le combat culturel, c’est avant tout la guerre des mots. Avant Platon, Confucius lui aussi s’est exprimé sur le sujet : « toute subversion commence par celle du vocabulaire ».

