Nous sommes aujourd’hui quasiment 8 milliards d’humains sur cette planète encombrée. Les estimations portent le chiffre à 10 milliards à la fin de ce siècle. Quiconque a quelque peu le sens des réalités sociales, économiques, alimentaires et politiques, ne peut plus désormais hausser les épaules devant cette progression géométrique et vertigineuse qui avertit les plus indifférents et les plus optimistes que, de toutes façons, « quelque chose » aura lieu d’ici là à l’échelle planétaire. Le « règne de la quantité n’est décidément plus seulement un problème de philosophie « traditionnelle ». En attendant que la machine explose – avec nos corps – elle nous écrase. Tristesse et laideur. Uniformisation et accélération. Le monde n’a plus besoin de vous, ni de moi… Nous voyons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière… écrit Paul Valéry dans La Crise de l’Esprit.
Seuls les êtres éveillés (car on peut définir la masse, la majorité, comme ceux qu’un profond sommeil mental détourne de tout problème civique ou spirituel) sont à même de se rendre compte que les mots sonores que les édiles ont fait graver aux frontons des bâtiments publics sont aujourd’hui vidés de leur sens. Parmi eux, le mot de civilisation que l’écrivain catholique Georges Bernanos remplace par celui de système. L’auteur de La France contre les Robots s’en explique dans une conférence à la Sorbonne le 7 février 1947. On remarquera qu’à l’époque cette école n’était pas le cloaque gauchiste qu’elle est devenue. Il faut noter, puisque nous citons Bernanos, que nonobstant le fait qu’il soit catholique, donc naturellement inscrit dans son époque où la France était encore la « fille aînée de l’Eglise » (le paganisme identitaire n’a pas encore à l’époque l’audience qu’il commence à avoir), catholique c’est-à-dire, pour nous païens identitaires, un suiveur de cette importation sémite illégitime qu’est le christianisme sur le sol européen, il y a chez cet auteur de très intéressantes réflexions à connaître. La même chose peut être dite de Léon Bloy (1846 – 1917). Deux auteurs dignes d’intérêt pour tout partisan de l’identité historique et combattant la machine mondialiste. Bernanos dit donc en 1947 à Paris :
« Je dis système pour ne pas dire civilisation car il apparaît de plus en plus que le système qui se présente à nous (ou plutôt dans lequel nous sommes peu à peu absorbés) n’est pas une civilisation mais une organisation totalitaire et concentrationnaire du monde, qui a pris la civilisation humaine comme de surprise, à la faveur de la plus grande crise que l’histoire ait jamais connue et dont le double aspect matériel et spirituel peut se définir ainsi : la déspiritualisation de l’homme coïncide avec l’envahissement de la civilisation par les machines prenant à l’improviste une Europe déchristianisée, une Europe déspiritualisée, capable de sacrifier, presque sans lutte, à l’intelligence pratique et à sa brutalité efficiente, à l’intelligence pratique monstrueusement hypertrophiée, toutes les autres formes supérieures de l’activité de l’esprit… » (Numéros des Cahiers de l’Herne consacrés à Bernanos).
C’est Bernanos encore qui dans Français si vous saviez (1945) parle de matériel humain. Cette expression, qu’il utilise avec horreur, devenue ressources humaines pour lesquelles on a été jusqu’à créer une fonction de direction dans les entreprises, les célèbres DRH, nous l’entendons dans les médias, utilisée avec la meilleure conscience du monde… C’est ce « matériel » qui, convenablement manipulé, permet à ceux qui disposent de budgets suffisants de propagande, d’accéder au pouvoir « par la volonté du peuple ». Autant parler, dans un barrage hydro-électrique, de la « volonté » que manifeste l’eau de se précipiter sur les pales des turbines par les conduits que lui ont aménagés les ingénieurs !
Le suffrage universel, nous dit l’immense Alexis Carrel avec la plus parfaite lucidité dans Réflexions sur la conduite de la vie (1950, publication posthume) vient de la croyance en l’égalité des individus. Cette croyance n’est cependant qu’une fantaisie de l’esprit… Beaucoup d’individus à travers le monde ne dépassent pas l’âge psychologique de dix ans. Si certains optimistes en doutaient encore, les vidéos sur les réseaux sociaux répandant à n’en plus finir des comportements de crétins sont venues apporter toutes les certitudes nécessaires. La majorité d’entre eux n’atteint jamais la majorité mentale. Ce sont cependant ces sous-hommes qui, grâce au suffrage universel, donnent son ton à la politique de la nation. Conclusion : c’est grâce à ces médiocres présents en masse que le système se maintient.

