Le projet politico-religieux du creuset juif et la mystique de la laïcité

L’idéologie n’est qu’une version actualisée, moderne, de la foi religieuse. Voici la paternité et le cheminement des idées d’où est, au fil des siècles, issue la laïcité si chère au régime de la République française.

La laïcité passe pour un concept mettant la religion simplement de côté. En réalité, depuis la Révolution française et tout au long du XIXe siècle, les travaux de ceux qui vont être les pères spirituels de la République, montrent qu’il y a un double mouvement mis en œuvre : un mouvement de destruction du catholicisme, et un mouvement de remplacement immédiat de ce dernier par une nouvelle religion soutenant le nouveau régime. A partir de 1789, notamment avec le Club des Jacobins et la franc-maçonnerie, véritable « Église » pour la République, on va rechercher cette religion nouvelle, et l’élaborer à partir d’éléments composites. Les Jacobins sont les véritables théologiens de la République, ils en construisent le dogme. Depuis la chute de l’Empire romain et Clovis, la structuration théologico-politique du peuple français a cette double base : la monarchie organiquement liée à l’Église. Conscients de cette réalité historique et anthropologique, les idéologues de la Révolution vont s’attacher à remplacer cette double base, par une contre-monarchie (la République), et par un contre-catholicisme (la religion des Lumières, de la raison et de la laïcité).

Selon Vincent Peillon, ex ministre socialiste de l’Éducation nationale, disposant sans doute de connaissances probantes de par son appartenance à la communauté juive, les racines de la laïcité qui a été appliquée à la France, a-t-il eu l’occasion de dire publiquement ou dans son ouvrage Une religion pour la République, sont d’une part la kabbale (source du millénarisme), et d’autre part l’illuminisme (partie intégrante de la gnose). A propos du millénarisme et de la gnose, nous renvoyons à notre article Religion des droits de l’homme : les origines, classé dans la thématique Philosophie politique fondamentale.

Deux époques sont à distinguer dans la kabbale : la kabbale des juifs en Espagne et la kabbale moderne. Dans la kabbale des juifs en Espagne, le peuple juif est le centre de la Création, le centre de l’histoire, mais il n’est pas encore vu comme le moteur de l’histoire. Apparaitra ensuite au XIIIe siècle un messianisme juif actif, le mouvement millénariste, qui consiste à hâter les temps messianiques et la venue du Messie (voir notre article La pensée juive veut « réparer le monde »), d’abord par des actions de piété, mais aussi par des actions politiques. Ce messianisme actif va s’amplifier au cours des siècles, jusqu’à la kabbale moderne qui commence au XVIe siècle avec le rabbin kabbaliste Isaac Louria. Ce dernier voit le peuple juif en tant que seul et unique moteur de l’histoire, qui va apporter la rédemption et fera aboutir les temps messianiques pour l’ensemble de l’humanité, avec le peuple juif régnant au-dessus des autres nations. Et illuminisme ensuite, porté entre autres par Jakob Böhme à partir du XVIe siècle, sorte de théosophie et de néo-christianisme ésotérique qui veut se passer de l’Église et des prêtres.

Dans l’intervalle, Flavius Mithridate, fils d’un rabbin, s’est au XVe siècle inscrit dans le courant des juifs kabbalistes qui deux siècles plus tôt se convertissent au christianisme et tentent d’y faire pénétrer la kabbale. Pic de la Mirandole (XVe siècle toujours), essaie lui aussi dans son Traité des 900 conclusions philosophiques, d’élaborer un syncrétisme entre kabbale juive et christianisme, affirmant que l’on ne peut comprendre la divinité du Christ et la sainte trinité qu’en partant de la kabbale. Le tout donnera naissance à une « kabbale chrétienne », que l’on retrouvera dans la kabbale à venir de Jacob Frank. Le christianisme étant une hérésie du judaïsme importée sur le sol européen, tout ce petit monde reste en définitive dans l’entre-soi.

Vint ensuite au XVIIIe siècle Jacob Frank, lequel se prenait pour la réincarnation de Sabbatai Tsevi (lequel s’était lui-même pris pour le Messie et a été vu comme tel par de nombreux juifs). Jacob Frank fait partie de ces juifs kabbalistes qui ont été acceptés dans les sphères de la haute noblesse et de l’aristocratie européenne. Avec Jacob Frank, et avec les révolutions matérialistes qui vont suivre au XIXe siècle, ce rôle du peuple juif « moteur unique de l’histoire » tel qu’il était vu par Isaac Louria, va être élargi aux non-juifs.

Apparait pour poursuivre « Junius Frey ». Personnage trop méconnu, au rôle pourtant primordial dans ce qui va arriver à la France, Moses Dobrushka de son vrai nom, alias Franz Thomas von Shönfeld, alias Junius Frey, il est le petit cousin de Jacob Frank. Extrêmement riche, Junius Frey, dont une rumeur affirme que sa conversion au catholicisme était feinte, sera anobli par l’Empereur d’Autriche Joseph II, adoptant alors l’alias Franz Thomas von Shönfeld. Il a reçu enfant une formation littéraire classique juive, enseignement de la Torah, du Talmud, ainsi qu’un enseignement secret « Sabbataïste ». Lorsque 1789 se déclenche, il va immédiatement faire action d’ingérence dans les évènements en écrivant des textes favorables à la Révolution. Il rentre en France par Strasbourg en 1792, et rejoint le Club des Jacobins où il va devenir un membre dominant (dixit l’historien juif Gershom Sholem spécialiste de la kabbale et de la mystique juive). Junius Frey, reprenant et transformant la kabbale frankiste, sera l’auteur d’un traité théologico-politique l’articulant à la philosophie des Lumières, pour asseoir la République naissante. Les penseurs du XIXe siècle, notamment Pierre Leroux mais surtout Edgard Quinet (qui sera le maître à penser de Ferdinand Buisson et de Jules Ferry), vont ensuite reprendre à leur tour des éléments théoriques du traité théologico-politique de Junius Frey, lequel explique que tout régime a sa propre théologie et que la démocratie moderne en construction ne peut pas échapper à cette règle. La tentative d’instauration par Robespierre d’un culte à la déesse « Raison » procède évidemment aussi de cela.

Dans sa lutte contre le catholicisme et poursuivant l’idée de le remplacer, la franc-maçonnerie (une affaire pétrie de références juives) va sous la IIIe République continuer à se servir de ce « néo-christianisme kabbalistique », aboutissement de l’action d’Isaac Louria, Flavius Mithridate, Pic de la Mirandole, Jacob Frank et Junius Frey. Personne ne l’ignore, c’est le catholicisme honni des révolutionnaires que le peuple français a inscrit dans son tréfonds anthropologique depuis le Ve siècle. Tout le processus de la laïcité de remplacement est contenu dans l’ensemble de ce cheminement. Cette « nouvelle religion », intrinsèque à la République, avance donc masquée sous couvert de laïcité et d’athéisme, mais elle a bien dans son ADN la structure même d’une religion.

Les juifs religieux attendent le retour du Messie, et l’avènement du Paradis terrestre qu’il est supposé apporter dans ses valises (doctrine également nommée Millénarisme). De son côté, la pensée révolutionnaire du « républicanisme messianique » a en guise de Messie l’avènement de la Paix, de la Fraternité sur terre, la disparition des frontières et le retour à l’Eden là encore… (le camp du « progrès »). Ce volet « pacifiste » du messianisme politique, républicain, est donc de la même eau que la condition du retour du Messie pour les juifs religieux à qui les politiques progressistes l’ont en définitive emprunté. Le processus messianique est global, général, un bouleversement mondial complet à tous les niveaux. Cette « religion de la République » est porteuse de ce messianisme actif. Dans la mystique du socialisme, on a comme moteur principal de l’histoire, les classes laborieuses, le prolétariat que le philosophe marxiste hongrois Georg Lukash appelle « la classe Messie de l’histoire ». Avec le messianisme républicain, ce sont tous les citoyens qui vont être le moteur de l’histoire. La religion de la République française est en fait un processus messianique, puisque la Révolution est toujours en cours, elle n’est pas achevée (dixit toujours Vincent Peillon). La Révolution française se terminera avec l’arrivée des temps messianiques. On a un véritable parallèle entre mystique républicaine et mystique socialiste, aux racines communes qui est la kabbale.

Le socialisme (au sens large, communisme inclus) en France ayant abandonné les classes laborieuses de souche française pour se tourner vers le tiers-mondisme, et puisqu’il faut toujours un « moteur » à l’histoire selon la mystique kabbalistique, c’est l’immigration qui est désormais considérée par l’oligarchie (notamment depuis les préconisation de son laboratoire d’idées socialiste Terra Nova) comme une nouvelle classe messianique que l’on va chercher dans ce que Marx aurait pu appeler « l’armée de réserve du Capital », les classes laborieuses du Tiers-monde, ceci sans considération des modifications démographiques pour les pays occidentaux où l’on souhaite les implanter dans des proportions qui vont à terme « tuer » les peuples historiques de ces zones, essentiellement l’Europe. Peu importe la race, la culture, la religion des populations, du moment qu’elles peuvent être utilisées dans le projet politique et religieux porté par certainss juifs, à la base de toute cette entreprise progressant sous cape.

Mais en réalité, la victoire de la laïcité et de la République n’a toujours été que partielle sur l’esprit français. Les Français vivent cependant sous l’empire d’une religion dont la plupart ignorent même l’existence. Depuis la IIIe République et les hussards noirs, on leur a fait entrer dans le crâne qu’ils étaient républicains. Mais les gens ne savent pas ce qu’est vraiment la République, parce que la nature de ce régime ne peut pas être comprise si on ne saisit pas son idéologie, son essence. La greffe n’a jamais pleinement pris. Pire, les républicains actuels sont comme des « gardiens du Temple » qui voient leur édifice s’effondrer. Une institution politique ne pouvant perdurer dans le temps que si elle est soutenu par une religion et une idéologie, les républicains se sont donc battus pour fabriquer cette religion, cette idéologie support de la République, et l’imposer, parce que l’adhésion collective profonde est indispensable à la survie du régime. En crise cependant actuellement, le régime et la laïcité ont besoin pour perdurer d’une « régénération », preuve que contrairement aux apparences la République est bien une greffe qui n’a pas pris. La régénération, indissociable du « monde nouveau » théorisé par les Lumières, est une constante des idéologues de 1789 et de leurs successeurs toujours existants et actifs au plus haut de l’appareil politique et étatique français, avec en arrière-plan le Grand Orient de France. Les problèmes économiques et sociaux dont il est responsable et que l’on voit émerger de façon extrêmement grave ces dernières décennies, ne sont en fait que la surface des choses. Le fond de l’histoire de la République est profondément religieux. Certaines figures politiques actuelles promeuvent de façon plus affichée que d’autres cette religion de la laïcité.

Kabbale millénariste et illuminisme gnostique sont avec la franc-maçonnerie qui leur est idéologiquement associée, le cœur nucléaire de la « religion des droits de l’homme » et du laïcisme. Cet article a été titré en projet politique. Après examen de ce qui précède, il est clair que le projet républicain est avant tout de nature métaphysique. Le projet d’un monde constamment en mouvement, en construction (la symbolique du « bâtisseur » franc-maçon), où aucune Vérité n’est considérée définitive.

La laïcité imposée à la France est en définitive une histoire juive, à laquelle est inféodée toute la classe politique républicaine. Par l’importation du christianisme d’abord, hérésie du judaïsme, à partir du IVe siècle, puis par l’invention de la laïcité ensuite, le peuple du territoire qu’est devenu la France, vit donc sous une idéologie sans aucun lien avec son identité véritable et originelle faite du substrat identitaire européen, celte, grec, latin, germanique, scandinave et slave. L’âme européenne a été violée.

A plusieurs reprises depuis le VIe siècle, la France a légitimement tenté de se libérer de cette ingérence. N’y étant pas parvenue, on fait passer ces tentatives pour des faits anormaux et odieux. Les vainqueurs imposent toujours leur version orientée de l’histoire.

Pour la petite histoire, Lénine prendra pour pseudonyme… Frey.

Rappel chronologique des fondements de la laïcité appliquée à la France

  • Kabbale des juifs en Espagne
  • Flavius Mithridate
  • Pic de la Mirandole
  • Kabbale moderne d’Isaac Louria
  • Illuminisme
  • Jacob Frank
  • Junius Frey