A l’heure du Solstice d’hiver

Des païens, Pierre Vial dit que la Nature est leur temple. Le propre du paganisme est l’expérience directe du sacré, des grands souffles, des grands rythmes du Cosmos. Nous sommes sur Terre ici régis par les cycles solaires, dans lesquels s’inscrivent bien sûr les solstices que l’on peut assimiler à de grandes respirations. Avant que le concept de ville ne se développe avec ses entassements de population, dans une vie de ruralité de nos ancêtres cette conscience était beaucoup plus aisée, la respiration du Cosmos dans laquelle on doit s’inscrire venait immédiatement au corps, à l’âme, nous plaçant à la fois dans une santé naturelle et une hygiène spirituelle. Tradition populaire européenne et rite enraciné, les célébrations des solstices s’inscrivent dans cette démarche.

C’est la version nordique de la fête solsticiale d’hiver, le Jul, qui sera décrite ici, mais il en existe d’autres bien sûr liées à d’autres régions de notre continent européen, chacun peut l’adapter selon ses propres résonances et ses éléments de folklore local.

Cette période du solstice d’hiver est celle où la nuit devient de plus en plus longue. Si le solstice en lui-même a lieu le 21 décembre, on peut fixer le commencement de sa période de préparation festive au début du mois de décembre. Ici encore, il faut noter que le christianisme n’a fait que singer, pour se faire accepter par les populations d’Europe, la tradition païenne en plaçant son Avent au début du mois de décembre, quatre semaines avant la date qu’il établira en tant que naissance de son dieu, située le 25 donc proche de la date du solstice.

La fête du solstice d’hiver, parce qu’il fait froid, que la nuit est davantage présente, s’est naturellement imposée comme une fête très familiale, intime. On décore notre intérieur de maison, parfois notre extérieur, Le solstice d’été par opposition fait davantage se tourner vers l’extérieur, vers le clan, la communauté, que vers la famille. Le solstice d’hiver n’est pas le « grand nombre », mais celui du noyau originel, la famille, un petit groupe d’amis. Il se prépare à travers des travaux d’artisanat, de confection, et bien sûr de cuisine. Avec s’agissant des victuailles des évocations symboliques la bûche traditionnelle du dessert étant la représentation de celle que l’on plaçait naguère, de grosse taille pour durer toute la nuit, ornée de rubans et de branches de houx, dans l’âtre de la cheminée. En matière de décoration et de fabrication artisanale, la couronne aux quatre bougies (rouges si possible – les quatre saisons, les quatre points cardinaux), ligaturée de ruban rouge, peut être suspendue ou posée sur la table ; on allume une bougie (celle orientée à l’Est) la première semaine, une deuxième s’y ajoute la semaine suivante, et ainsi de suite pour les avoir toutes allumées au 21 décembre, la quatrième étant toujours celle orientée au Nord, parce que c’est là que sont nos origines. Les pommes – fruit symbolisant traditionnellement l’éternelle jeunesse dont on orne la couronne sont là pour rappeler la permanence vitale. Noix ou fruits de saison peuvent être également utilisés, tous gages de prospérité matérielle et spirituelle pour l’année à venir. Nous vous proposons en fin d’article une recette de pain d’Épices à laquelle faire participer les enfants.

Deux couleurs sont comme chacun sait très présentes à cette occasion, le rouge et le vert. Le rouge parce qu’il est la couleur du sang sacré, de la caste guerrière, de la vigueur, de la vitalité, de la fulgurance divine ; le vert qui montre la permanence de la vie malgré la pétrification du monde par l’hiver (pour les arbres feuillus), vert promesse du nouveau printemps à venir.

Au sommet du sapin, la figure traditionnelle est celle d’un coq, nullement une étoile, élément de pollution chrétienne symbolisant son « étoile du berger » suivie par les rois mages pour se rendre sur le lieu de naissance de Jésus. Ce qui est célébré dans cette spiritualité païenne, c’est la permanence de la vie à travers les cycles, au-delà de ceux qui la portent, et l’arbre en est sans doute la représentation la plus parlante chez les Anciens.

Si l’on souhaite faire des cadeaux traditionnels (en supplément de ceux auxquels la modernité nous fait recourir), chacun des enfants doit recevoir un petit pain, si possible rond pour symboliser la roue solaire, et un objet en bois ; un objet en fer pour les garçons ; un objet en fil pour les filles, ruban brodé, foulard ; le père et la mère s’offrent mutuellement un cadeau dont la nature est laissée à leur discrétion mais qui doit s’inscrire dans le cadre de cette fête.

Les Scandinaves utilisent une Tour de Jul, que l’on allume après que chacun ait découvert son cadeau et avant le début du repas… bougeoir en terre cuite, sorte de pyramide tronquée, aux faces ajourées de motifs (rune hagal et cœur). Elle symbolise la Montagne sacrée des origines située au nord du monde (auquel nous sommes polarisés), présente dans tous les cultes indo-européens.

Pas de solstice sans veillée. Elle est le moment d’allumer trois bougies, une rouge pour le souvenir des morts de la famille, une bleue pour le clan en témoignage de fidélité à tous les parents et amis, une verte pour les enfants à venir, vitalité promise. Relativement courte, elle se termine peu après minuit, elle est le moment de raconter des histoires, lire des poèmes, jouer d’un instrument.

Au basculement du jour qui se lève, c’est bien sûr la victoire symbolique de la vie sur la mort, par le retour dans le cycle de la lumière et le début de l’allongement des jours.

En dernier lieu, nous ne pouvons que conseiller de vous tourner vers l’ouvrage de Jean Mabire et Pierre Vial, Les Solstices histoire et actualité aux éditions du Lore.

Pain d’Épices

Ingrédients :

375 gr de farine, 300 gr de miel dur (parfum au goût de chacun), 75 gr de sucre roux, 1 verre de lait, 80 gr de beurre, 1 œuf, 1 sachet de levure, 1 cuillère à café de graines d’anis, 1 cuillère à café de quatre épices, 5 fleurs de cardamome.

Matériel :

1 moule à cake rectangulaire et des emporte-pièces

Réalisation : (mettre un point en début de chaque ligne)

Mettre la farine dans un saladier, creuser un puits et ajouter la levure, l’œuf entier et les épices (pour la cardamome n’ajouter que les petites graines brunes extraites de la coque).

Mélanger le tout.

Faire fondre le miel et le sucre, ajouter le beurre et le lait en remuant avec une cuillère en bois.

Verser petit à petit ce mélange dans le saladier farine-épices et mélanger jusqu’à obtenir une pâte homogène.

Laisser reposer l’ensemble 1 heure à température ambiante.

Faire chauffer le four à 150° et enfourner durant 75 minutes dans le moule beurré ou garni de papier cuisson.

Démoulez votre plaque de pain d’épices et laissez-la refroidir. Vous pouvez alors découper vos formes à l’emporte-pièce et les glacer au sucre.