Le « sentiment », une maladie française

Le mot a envahi toute l’expression des bouches médiatiques, à tout propos, avec une aggravation dans la fréquence de l’usage depuis quelques mois, on l’entend jusqu’à l’overdose. « Un sentiment de… », « J’ai le sentiment que… », « Les Français ont le sentiment que… ». C’est devenu un réflexe conditionné dont la plupart sont désormais prisonniers. Même Marine Le Pen commentant la réquisition prononcée contre elle au procès des assistants parlementaires du Rassemblement national a le « sentiment que l’on veut sa mort politique », alors qu’elle sait que c’est une évidence, mais il faut qu’elle utilise le mot sentiment. C’est surréaliste. J’ai le souvenir très clair que l’expression est née avec Lionel Jospin alors premier ministre (1997-2002) et son « sentiment d’insécurité » des Français. Elle a connu un succès foudroyant. Mais elle est le symptôme d’une société française qui inconsciemment n’a plus la vision du concret, un sentiment n’étant qu’une impression, donc relevant du subjectif, c’est-à-dire qui n’a pas forcément d’existence réelle, ce qui est bien l’infâme manœuvre de négation que voulait faire passer Lionel Jospin prétendant ainsi qu’il n’y avait pas d’insécurité. Le funeste Eric Dupond-Moretti en fera une utilisation outrancière. Une société qui patauge dans la langue de coton, la communication de velours, sans véhémence, sans jamais un mot plus haut que l’autre, et dans la fuite devant les réalités. Le mot a été prolongé par deux autres, plus récents, « fantasme » et « complotisme », utilisés par la canaille politico-médiatique systémique (pléonasme) contre toutes les réalités dénoncées par « l’extrême-droite », comme par exemple la submersion migratoire extra-européenne et la transformation du corps social qui en découle. Le « sentiment » est très révélateur des raisons pour lesquelles la France va si mal, car ce que l’homme est incapable de désigner, il ne peut pas l’affronter, le moindre étudiant en première année de psycho sait cela. La France rend malade.

Florent de Mestre