L’expérience de Asch : la fabrique du conformisme

Situation familière : une collègue se lance dans une diatribe dégoulinante de moraline, un autre embraye sur les bienfaits de la diversité et quand vient enfin votre tour, n’osant pas émettre d’opinion contraire, vous vous contentez d’un vague hochement de tête.

Si vous vous êtes déjà retrouvé dans cette situation, cet article est pour vous ! Car si la pression sociale est un phénomène connu. Une expérience psychologique réalisée en 1951 a montré que les gens sont bien plus influençables qu’ils voudraient le croire, parfois au point de déformer la réalité sans s’en rendre compte.

Voici en quoi consiste cette expérience fascinante et surtout quelles leçons en tirer pour résister au discours dominant.

Solomon Asch (1907-1996) est un pionnier américain de la psychologie sociale. Sa fameuse expérience est extrêmement simple : quel bâton a la même longueur que celui de gauche, A, B, ou C ?

Vous répondez “le bâton C”, n’est-ce pas ? 

Vient maintenant le cœur de l’expérience : vous n’êtes pas seul. Dans la pièce avec vous se trouvent d’autres participants, secrètement complices de l’expérience. Avant que vous ayez pu répondre, ils mentent et disent tous « B ».

Répondez-vous toujours « C » ? 

L’expérience de Asch : une seule personne est testée, les autres mentent volontairement

Les résultats montrent que 37% des personnes testées se conforment à l’avis du groupe.Ils répondent « B » alors qu’ils voient pertinemment que la bonne réponse est « C ».

C’est en partie à cause de ce désir de conformisme qu’il est difficile pour certaines personnes d’exprimer une opinion politique différente en public. Comme les complices de celui qui mène l’expérience, les médias répètent constamment la doxa officielle et, quand on demande enfin aux gens leur avis, ils répètent mécaniquement ce pour quoi ils ont été conditionnés.

Heureusement, pas de fatalité : des solutions existent pour s’émanciper !

Les variantes de Asch : comment résister à l’idéologie dominante ?

Solomon Asch a testé plusieurs variantes de son expérience, toutes très instructives sur la psyché humaine. Elles permettent d’en tirer des outils de défense intellectuelle pour résister à la pression du groupe.

1. L’importance du nombre

Lorsque le sujet n’a contre lui qu’une seule personne, son avis n’est pas influencé. Lorsqu’il est face à deux complices, 14% des sujets se soumettent à la mauvaise réponse. Face à 3 personnes, ils sont 32%. À partir de 7 personnes le taux de conformisme plafonne autour de 37%. Ainsi, il vous sera plus facile de parler politique en tête-à-tête que face à un groupe de plusieurs personnes idéologiquement opposées à vous. Inversement, il vous sera plus facile de convaincre une personne seule si vous êtes épaulé de plusieurs partenaires.

2. Trouver un allié

C’est moins le fait d’être minoritaire qui pousse au conformisme, que le fait d’être absolument seul. Lorsque celui qui mène l’expérience demande secrètement à un des complices de répondre normalement, alors le taux de conformisme s’écroule de 37% à 5%. Pour combattre le conformisme du groupe, trouvez-vous un ami qui pense comme vous.

3. Parler en premier

C’est évident mais pour être influencé par les autres il faut qu’ils se soient exprimés avant vous. Alors parlez en premier !

4. Diviser pour mieux régner

Autre variante testée par Asch : lorsque les complices donnent des réponses fausses mais différentes (certains « A », d’autres « B »), le taux de conformisme diminue. Ainsi, il vous sera plus facile d’exprimer vos idées si vos interlocuteurs ne sont pas unis par la même doctrine.Par exemple si vous discutez avec un modéré de centre-droit, un abstentionniste et un LFI plutôt qu’avec trois LFI.

5. Aimez-vous

D’autres études ont montré qu’une faible estime de soi va de pair avec le désir de se faire aimer des autres. Prenez-soin de vous, cultivez-vous et faites de votre vie le reflet heureux de vos convictions. Vous serez moins sensible aux opinions erronées de la majorité. 

Une question de culture ?

Dernier point intéressant : il semble que la soumission au groupe dépend de la culture. Si la société encourage les initiatives individuelles, comme c’est le cas en Occident, alors le sujet a moins tendance à se soumettre à la pression du groupe. Au Liban, à Hong Kong ou au Brésil, la culture est moins individualiste et en conséquence le conformisme y est plus élevé. Chez les Bantous du Zimbabwe, le taux de conformisme grimpe jusqu’à 51%.

Être conscient de ses faiblesses

Dans le combat politique qui nous occupe, il est primordial d’être conscient de ses faiblesses pour mieux les surmonter. Et si vraiment, vous n’arrivez pas encore à parler de vos idées dans la vraie vie, commencez sur le net pour vous habituer. Fixez-vous 6 mois d’expérimentation avant de commencer à en parler autour de vous. Exprimer à visage découvert ses idées est aussi un excellent moyen de les normaliser dans l’espace public.

En espérant que cet article vous aura donné quelques outils d’autodéfense intellectuelle pour mieux résister à la pression idéologique ! Et si ce genre d’expériences comportementales vous intéressent, lisez le Petit traité de manipulation à l’usage de honnêtes gens, de Joule-Beauvois, un régal.

Et n’oubliez pas les bons conseils du Spadassin intrépide :