De la permanence idéologique du budget en terre de France

La loi de finance pour 2025 proposée par le nouveau gouvernement prévoit donc des hausses d’impôt et moult mesures qui vont s’attaquer au pouvoir d’achat de la masse, sans s’attaquer aux véritables postes où il y a matière à faire cesser le délire des dépenses. On le pressentait. Il n’y a rien à attendre d’une équipe faite de la même eau que celle dans laquelle baigne la France depuis cinquante ans. Eu égard à ce qu’est déjà la hauteur record des prélèvements obligatoires en France, d’aucuns parlent donc de matraquage fiscal. Soyons plus réalistes et précis, en parlant de « braquage fiscal ». Le terme semble plus adéquat.

Derrière cette opération qui consiste à presser toujours davantage ce citron que l’on nomme « contribuable » jusqu’au dernier centime, il faut comprendre qu’il y a une forme de dérapage qui n’est pas seulement celui des dépenses publiques, mais celui d’une certaine conception de l’État.

On dit souvent à la manière d’une blague qu’une religion est une secte qui a réussi. Eh bien il peut être dit de même que l’Etat est un gang qui a réussi, une mafia qui a réussi à éliminer tous ses concurrents et qui exerce dès lors un monopole sur ceux qu’il administre.

Comme toutes les mafias, il repose sur un racket de « protection », le pizzo en Italie, la jiziya appliquée aux vaincus (dhimmis) dans les territoires conquis par l’islam, dans le cadre d’un « pacte de protection » hypocrite et léonin : vous me donnez de l’argent et en échange j’assure votre protection, et si vous ne me donnez pas d’argent, par ailleurs il risque de vous arriver des misères avec moi. Un racket de protection par l’Etat qui se veut double. Protection physique d’abord : c’est le grand récit du Léviathan de Hobbes, vous renoncez à la possibilité de la violence physique individuelle parce que l’État assurera la sécurité physique de tous. On peut constater aujourd’hui que malgré le braquage fiscal que nous connaissons, nous ne sommes pas protégés physiquement, la première mission de l’État n’est pas assurée. Protection sociale ensuite : c’est celle de la crèche à l’Ehpad. Tout au long de votre vie vous serez protégés socialement, vous serez instruits, l’État prendra soin de vous. Encore une fois, on peut constater l’échec de cette prétention à la protection.

Alors comment définir le rapport à l’impôt ? L’impôt, pour chacun d’entre nous d’une manière et à des degrés variés, c’est comme un toucher rectal avec un gant de crin, c’est-à-dire l’une des opérations les plus désagréables que l’on puisse ressentir dans la vie, avec le passage chez le dentiste si nécessaire, mais dans tous les cas on préfèrerait s’en passer, surtout quand on comprend que l’État baigne dans une inflation de dépenses telle qu’il ne maîtrise plus rien, ce qu’on pourrait appeler l’incontinence budgétaire et fiscale.

Que voit-on en ce moment ? Un gouvernement qui nous demande de le qualifier de courageux, parce que l’État regarde la situation et se dit que pour sauver les finances publiques du saccage laissé par cinquante ans de dérive (le dernier budger en équilibre français date de 1974), il y a encore de l’argent à gratter dans les poches des Français, il y a encore de l’argent durement gagné qui dort, que l’on peut prendre de différentes manières, des taux qu’on peut élever, des taxes qu’on peut créer. Et il y a aussi une catégorie de personnes qui n’ont pas assez donné apparemment, ceux qu’on aime présenter comme les super riches. Et là est la grande ruse du discours présent, dire aux classes moyennes sentez-vous rassurées, ce n’est pas pour vous, ça n’est pas vous qui allez casque cette fois-là, ça n’est pas vous qui allez souffrir, ce sont ceux qui sont au sommet, eux, les accapareurs qui ont confisqué le bien de tous, et c’est une rhétorique particulièrement efficace parce qu’elle laisse croire aux classes moyennes qu’elles seront épargnées, et les voilà qui se disent pour peu que quelqu’un souffre davantage que je souffre, alors ce n’est pas grave. Le problème, c’est que ces classes moyennes sont déjà dans cette situation de pressurisation fiscale. Mais puisque d’autres souffriront encore plus, eh bien ça ne va pas si mal. C’est la logique du socialisme qui nous revient (qui n’a jamais quitté la place en fait), un socialisme « de droite », c’est l’universalité du socialisme en France et dans le monde occidental, socialisme de gauche, socialisme du centre, socialisme de droite molle… Du point de vue de ce socialisme, mieux vaut être également pauvres qu’inégalement riches. C’est ce qu’ils nomment généralement la « justice sociale ».

Barnier ou pas, la France ne sort pas de ses rails mortifères. Cette permanence idéologique rappelle quel est le rôle de la « droite » dans un système qui est celui du socialisme mental : la gauche dépense, dépense encore, ne cesse de convertir les caprices et besoins des uns et des autres en droits fondamentaux qui doivent être assurés par l’État et la dépense publique. Et lorsque ça éclate trop, lorsque les choses ont trop dérivé, lorsque l’obésité morbide de l’État est confirmée, on demande au docteur droite de se présenter pour faire quelques corrections, quelques rapiéçages, autrement dit une année bissextile sur deux on lui demande de « rétablir les comptes publics ». Cette droite, c’est l’indécrottable idiot utile, le dindon à qui l’on confie le soin de faire quelque chose, qui n’apprend jamais la leçon, y va de bon cœur trop content d’exercer un peu le pouvoir, et qui prendra les coups du mécontentement.

Dès lors, la logique exprimée, avec le visage austère des contrôleurs de l’État, c’est qu’il faut taxer davantage, mais c’est pour votre bien. Pourtant, il arrive que quelqu’un émette l’idée que l’on pourrait dépenser moins, et qu’ainsi on taxerait moins. C’est tout à fait exact, mais on a compris que cette formule ne fonctionne pas, nulle part en Occident. On vous dit qu’on « coupe les dépenses ». En réalité on ralentit l’augmentation des dépenses, il faut le comprendre, vous allez continuer de dépenser trop mais moins rapidement, mais toujours dans la même direction.

Il faut donc inverser la formule, il faut taxer moins pour dépenser moins, c’est-à-dire qu’il faut rétrécir les capacités de confiscation du pouvoir, il faut limiter ses prétentions au périmètre d’action politique, parce que l’État est un monstre administratif qui toujours croît, toujours s’étend : c’est la théorie du choix public en sciences politiques, l’État n’est pas l’incarnation de l’intérêt général quoi qu’il en dise, il est trop souvent un intérêt particulier parmi d’autres, qui a intérêt à toujours s’étendre davantage en multipliant ceux qui vivent de lui et qui ont besoin de lui, si n’arrivent pas au pouvoir des gens vertueux et impitoyables pour le contenir. C’est la logique de l’assistanat généralisé. Tout le monde est assisté d’une façon ou d’une autre. Quand des grands patrons nous disent qu’ils ont besoin de l’immigration massive pour faire face à la « pénurie de main d’œuvre dans les métiers en tension », ils demandent une subvention déguisée pour ne pas avoir à faire des gains de productivité.

La logique inverse à celle qui a cours dans l’universalité du socialisme en France, on la nomme « To starve the beast », il faut affamer la bête, obliger l’État à avoir moins de ressources pour éviter qu’il ne se disperse en mille opérations. D’autant que dans la deuxième moitié du 20e siècle, l’État en Occident a quitté ses fonctions régaliennes fondamentales (armée, police, justice, battre monnaie). Il ne s’est pas contenté d’ajouter quelques missions sociales (éduquer, soigner), il a transformé la société en une forme de champ d’expérimentation sociale et idéologique permanent, et les ressources de l’État sont aujourd’hui utilisées pour sans cesse réorienter la société. Et quand la population est réfractaire par rapport aux orientations qu’on lui impose plus qu’on ne lui propose, on vampirise le commun des mortels, on le taxe, on l’impose, on le détrousse, pour fournir ensuite un État administratif idéologique qui se donne pour tâche de « rééduquer » le pigeon.

De ce point de vue, ce qui nous manque, c’est vraiment la logique d’un État qui ait le sens de ses véritables missions. Aujourd’hui, on a à ce point intériorisé cette catégorie du socialisme mental que même la droite classique au pouvoir fonctionne comme la gauche, en se disant qu’il y a encore et encore matière à taxer, et celui qui le refuse est qualifié d’égoïste, comme d’habitude. Tant que l’on ne sortira de cette logique perverse de l’universalité du socialisme économique, les choses n’auront aucune chance de s’arranger.

Il y a des dépenses inutiles, elles sont connues, le multi-étage administratif qui finit par ailleurs par étouffer l’activité économique. Et il y a des dépenses nuisibles, là où lorsque l’État par exemple finance avec l’argent du contribuable ces associations militantes à coups de milliard (plus d’un milliard par an), associations qui poursuivent ensuite l’État pour l’empêcher de faire son travail lorsqu’il est question d’immigration et d’empêcher les indésirables de quitter le sol français, ou de tant d’autres questions. Les lieux de coupe sont nombreux. Les dépenses pharaonesques pour rendre la Seine « baignable », avec quel succès !

A voir tout cela, il y a une révolte mentale nécessaire qui consiste à faire le constat que cette philosophie ne fonctionne pas. Le tout-à-l’État ne fonctionne pas, parce que quand l’État promet tout, il se donne le droit de tout vous prendre ou presque. Y aura-t-il révolte des contribuables ? La dernière fut celle des Gilets Jaunes contre une hausse de taxe sur le carburant venue écraser la mobilité de gens qui étaient déjà à la limite de ce qu’ils pouvaient endurer. Soit dit en passant, les gauches municipales rêvent aujourd’hui de réduire la mobilité du commun des mortels, et rêvent d’interdire l’entrée dans les grandes villes de ceux qu’ils voient comme les ploucs en disant que leurs voitures ne sont pas à la hauteur des standards écologiques des temps présents. Mais il se peut que le contribuable des temps présents soit devenu une créature domestiquée qui consent à ce qu’on la vole pour peu qu’on vole toujours davantage son voisin.