Je suis un passionné de cinéma asiatique, et de Jidageki Chanbara en particulier, les films du Japon féodal et « de samouraï ». Le genre recèle des productions spectaculaires et bien connues comme Ran ou Kagemusha. J’en ai vu des dizaines. Certains recèlent des moments magiques, de pure beauté esthétique, par leurs costumes bien sûr, par leur musique, par leurs décors, et je pense notamment à cette scène incroyable dans Ran pour laquelle Kurosawa a fait peindre couleur or un champ entier de hautes herbes, donnant sous l’éclairage des projecteurs dans la nuit noire un effet d’une extraordinaire beauté inspiré de la technique des laques Shikki.
Mais de tous les Jidaigeki que j’ai eu l’occasion de voir, celui qui à mes yeux reste le plus poétique, le plus beau, le plus émouvant dans sa globalité, est Après la pluie (雨あがる, Ame agaru), réalisé par Takashi Koizumi, assistant de Kurosawa, d’après un scénario de ce dernier, magnifique film que je tenais pour ces raisons à évoquer et à mettre en exergue sur le terrain culturel.
Après la pluie évoque deux choses : à quoi l’on juge vraiment la valeur d’un homme, et quand la supériorité contrarie le fait de trouver sa place dans cette vie.

Ihei Misawa, un samouraï sans seigneur (ronin) et sa femme Tayo voyagent et se trouvent momentanément dans l’impossibilité de traverser un fleuve en crue en raison de pluies abondantes. Par le fait du hasard, cet homme d’une droiture, d’un coeur, d’une excellence au sabre et d’une humilité hors normes va être remarqué par le seigneur du fief, Nagai Izuminokami Shigeaki, qui lui proposera dans un premier temps de prendre la fonction vacante de maître d’armes, projet qui sera contrarié par la révélation du fait que Misawa a participé à des duels primés (pour la bonne cause, mais un samouraï ne combat pas pour de l’argent, c’est déshonorant). Le fleuve redevenu traversable, le couple reprend sa route, quand le seigneur comprenant qu’il a affaire à un homme sans pareil, galope en personne pour tenter de le rattraper. Cette issue n’est pas définie, le couple arrivant face à la mer pendant que Shigeaki cravache son cheval, le spectateur peut imaginer qu’il les rattrape à temps, ou pas.
L’une des dernières scènes du film montre Tayo, que l’on entend en voix off comme s’adressant à son époux, et lui disant : « Tu as beau être hors pair, tu ne sais où t’épanouir. C’est étrange n’est-ce pas ? Mais pour moi c’est bien comme ça. Tu ne pousses personne sur le côté ni ne prends la place de personne. Si la chance le veut, tu aides les sincères, même pauvres, à trouver le bonheur et l’espoir. »
Florent de Mestre

