Les théories politiques du leadership l’associent de manière exclusive en Occident à la démocratie représentative et le considèrent comme une caractéristique intrinsèque de celle-ci. C’est dire que l’idée même de poussées autoritaires, l’idée d’une teneur autoritaire du leadership au sein des systèmes démocratiques relèverait à leurs yeux de l’insoutenable. Le deuxième mot de ce paragraphe est théorie, et c’était la théorie en place en effet. Mais ce temps est révolu, depuis le très étrange épisode Covid-19 qui a été l’occasion pour le pouvoir des démocraties représentatives de se montrer extrêmement autoritaire avec la population, bafouant impunément les libertés publiques élémentaires, et se livrant à un véritable exercice de dressage à grande échelle de la population. Seuls les plus solides mentalement ont eu la ressource pour résister à cette poussée autoritaire inhabituelle, une première sous les régimes du « camp du Bien ». Et l’on sait qu’en toute chose, l’acte fondateur ouvre à sa réitération.
Par opposition à l’autoritarisme, le leadership correspondrait à l’invention démocratique de relations de pouvoir où les personnes ne seraient pas traitées comme des choses ou des sujets cantonnés dans des statuts prescrits. Le propos est au conditionnel. Car là encore, c’en est terminé. Depuis sept ans, les Français ont été traités comme des choses, à un degré inégalé, dans la continuité des « sans-dents » d’un François Hollande qui a trouvé suffisamment de ces « ploucs » qu’il méprise pour l’élire député. Il est malheureusement notoire qu’existe dans le lot humain un contingent d’abrutis dont la couche de crasse qui enserre leur cerveau défaillant est véritablement invincible.
Le principal fondateur de la sociologie allemande Max Weber avait évoqué cette teneur autoritaire du leadership dans ses considérations sur la « démocratie plébiscitaire ». Il voyait dans le leader politique en « Occident » l’expression achevée de l’homme politique professionnel. Il le situait dans le sillage du leader charismatique incarné, par le passé, dans les deux figures du magicien et du prophète d’une part, du chef de guerre élu, du chef de bande, du condottiere d’autre part. Mais il le considérait comme un produit propre à l’Occident, issu du démagogue antique avant d’emprunter les traits du « chef de parti » parlementaire qui s’est formé sur le sol de l’État constitutionnel. En fait Weber envisageait le leader sous deux angles complémentaires participant de la double dimension de la Herrschaft, tout à la fois autorité acceptée et puissance contraignante, disposition à obéir et exposition à la contrainte. De ce point de vue, le leader politique relève de la figure du démagogue. C’est un partisan qui cherche à triompher dans la lutte avec d’autres leaders pour l’exercice de l’autorité. Il en appelle aux masses sur le registre émotionnel en vue d’entretenir la croyance en la légitimité auprès de ses « suiveurs ».
Mais le leader s’avère également un homme de pouvoir qui exerce la responsabilité, notamment dans le recours à la violence. Le leader qui se sait détesté a besoin d’une garde rapprochée, de prétoriens pour se prémunir de la colère qu’il peut faire naître dans le peuple. Sous cet angle, ses « suiveurs » sont les membres de sa « constellation politique », qu’il faut distinguer de ceux qui n’en font pas partie, ses électeurs ou ses sympathisants dans la masse de la population. Le leader qui vire tyran, « ne dure que parce qu’il a cinq à six ministres à sa solde, lesquels commandent à six cents capitaines à qui obéissent six mille hommes, etc. La tyrannie produit une armée de sous-fifres, de tyranneaux, de complices, la banalité du mal » (dixit François Bousquet). D’ailleurs, à parler de « tyrans », des hommes qui ont fait ce qu’ils ont annoncé, contrairement au spectacle que nous donne le monde politique contemporain, qui ne se sont pas « brûlé la bouche » selon l’expression, qui ont véritablement œuvré de façon bénéfique à l’amélioration de la vie dans leurs pays respectifs, nous n’en connaissons que trois au XXe siècle, Benito Mussolini, Francisco Franco, et Adolf Hitler. Et par un curieux hasard, ce sont les affreux qui n’appartiennent pas au lot des pays autoproclamés « camp du Bien ».
Le leader peut être un Grand homme, le tyranneau ne l’est jamais.
